L’armée américaine veut croire au potentiel de ce nouveau bijou technologique qui lui rendrait de grands services dans sa lutte contre les drones : le système Hermes

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

L'armée américaine veut croire au potentiel de ce nouveau bijou technologique qui lui rendrait de grands services dans sa lutte contre les drones : le système Hermes

Le 15 juillet 2026, l’US Army a scellé un partenariat de recherche avec Auriga Space, une start-up californienne qui veut abattre les drones non plus avec des missiles, mais avec des aimants.

L’accord signé entre les deux parties est un CRADA, pour Cooperative Research and Development Agreement. Concrètement, Auriga Space et le centre d’armement de l’US Army, le DEVCOM Armaments Center, s’engagent pour trois ans à partager données et expertise afin de développer un accélérateur électromagnétique capable de contrer les essaims de drones. Pas d’achat, pas de commande ferme mais un accord de recherche, une poignée de main formelle en quelque sorte par laquelle le Pentagone évalue une technologie avant d’y engager le moindre dollar.

Le système en question s’appelle Hermes. C’est un lanceur électromagnétique containerisé, logé dans un conteneur de trois mètres de long, pensé pour être déplacé là où un essaim de drones menace le plus : base avancée, navire, site sensible. Auriga prépare son premier tir en extérieur pour cet été !

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Le calcul qui fait mal aux arsenaux

On l’a déjà dit et répété sur ce site mais un drone d’attaque jetable coûte quelques milliers d’euros. L’intercepteur qui l’abat, lui, coûte des millions (3,4 millions d’euros pour un Patriot PAC-3). Abattre un appareil à quelques milliers d’euros avec un missile à 3,4 millions, c’est une victoire à la Pyrrhus qui n’est pas viable à terme.

Ce déséquilibre a éclaté au grand jour cette année. Durant la campagne militaire américaine contre l’Iran, les forces des États-Unis ont tiré plus de 1 000 intercepteurs Patriot et n’en ont reçu que 172 en remplacement, selon une analyse du Center for Strategic and International Studies, un centre de réflexion de Washington. Le déficit est tel que les stocks ne seront pas reconstitués avant 2029 au plus tôt. Face à des essaims conçus pour saturer les défenses, la logique de l’intercepteur cher et lent à produire touche ses limites.

Le goulot d’étranglement n’est pas qu’une question d’argent. Les moteurs-fusée à propergol solide qui propulsent les Patriot et les THAAD reposent sur un oxydant, l’ammonium perchlorate, dont les États-Unis ne comptent qu’un seul producteur national. Quels que soient les milliards votés par le Congrès, la chaîne de production ne peut pas accélérer au-delà de ce verrou chimique.

C’est précisément ce que l’électromagnétique promet de contourner.

Comparé à ceux des Etats-Unis ou de la Chine, la France est plutôt économe avec son défilé du 14 juillet qui ne lui coûte « que » 4,5 millions d’euros

Le pari des aimants

Le principe est celui des trains à sustentation magnétique. Au lieu de brûler de la poudre, le lanceur d’Auriga fait léviter un projectile et l’accélère le long d’un rail grâce à des champs magnétiques pilotés par ordinateur, sans aucun contact entre le projectile et le tube. Plus de moteur-fusée, donc plus de dépendance à l’ammonium perchlorate.

Cette différence de physique se traduit aussitôt en différence d’économie. Sans tube à nettoyer ni propergol à remplacer, un lanceur électromagnétique peut recharger et tirer en quelques secondes : c’est ce que les militaires appellent un magasin profond, la capacité d’enchaîner cible après cible sans attendre le camion de ravitaillement. Une fois le lanceur construit, le coût de chaque tir se réduit à peu près à celui de l’ogive et du guidage de l’intercepteur, car la partie chère et réutilisable, le lanceur lui-même, survit à des centaines de tirs, là où un moteur-fusée est consommé à chaque coup.

L'architecture électromagnétique d'Auriga utilise la lévitation magnétique pour éliminer tout contact avec le canon, tout en offrant des profils d'accélération ajustables par logiciel.
L’architecture électromagnétique d’Auriga utilise la lévitation magnétique pour éliminer tout contact avec le canon, tout en offrant des profils d’accélération ajustables par logiciel.

Auriga, la start-up qui veut électrifier la défense

Auriga Space n’a rien d’un géant de l’armement. Fondée en 2022 par Winnie Lai, une ancienne cadre de la start-up de lancement électromagnétique SpinLaunch, l’entreprise a levé un peu plus de 12 millions de dollars (environ 10,4 millions d’euros), entre capital-risque et subventions du Pentagone. Elle détient déjà un contrat de recherche de la Missile Defense Agency et une bourse de 1,25 million de dollars (près de 1,06 million d’euros) de l’AFWERX, la cellule d’innovation de l’armée de l’Air.

Son ambition dépasse d’ailleurs la défense antiaérienne. Auriga construit des pistes d’essai baptisées Thor et Prometheus pour éprouver à très grande vitesse des matériaux et des composants, et vise à terme un objectif spectaculaire : un lanceur électromagnétique de plusieurs kilomètres capable de catapulter de petits satellites en orbite.

Le canon anti-drones et le tremplin spatial partagent la même brique technologique, une dualité qui séduit toujours les investisseurs autant que des militaires.

Un retour dans une course déjà lancée

Les États-Unis avaient été des pionniers de l’arme électromagnétique avant d’y renoncer. La marine américaine a englouti environ un demi-milliard de dollars sur quinze ans dans un canon électrique naval, avant de geler le programme en 2021, butant sur l’usure des rails.

Cependant, en février 2025, la marine a rouvert des essais de canon électromagnétique à White Sands, au Nouveau-Mexique, pour le compte du Joint Hypersonics Transition Office. General Atomics a relancé en 2025-2026 son propre railgun (nom anglais du canon électrique ou électromagnétique), capable de tirer à Mach 6 avec des variantes de 3 à 32 mégajoules, et l’a proposé aussi bien pour le bouclier antimissile Golden Dome que pour les futurs « cuirassés » de classe Trump.

Auriga, avec son approche anti-drones containerisée, ouvre une troisième porte. Trois voies différentes, une même conviction : l’électricité peut remplacer la poudre !

Sauf que, pendant les années d’hésitation américaine, d’autres n’ont pas attendu. Le retour des États-Unis se fait en réalité en position de rattrapage, dans une compétition mondiale déjà bien engagée.

La course mondiale à l’arme électromagnétique :

Acteur Système / programme Application visée Statut (2026)
Auriga Space (États-Unis) Hermes, lanceur électromagnétique containerisé Lutte anti-drones Recherche ; premier tir extérieur prévu à l’été 2026
General Atomics (États-Unis) Railgun multi-mission (3 à 32 MJ, Mach 6) Missiles, drones, menaces hypersoniques Relancé en 2025-2026, proposé pour Golden Dome
US Navy (États-Unis) Canon électromagnétique naval Frappe et défense Gelé en 2021, essais rouverts en 2025
ISL (France-Allemagne) Railgun, projet THEMA Défense antiaérienne et anti-missile Premier tir en champ libre en 2026
Japon (ATLA) Railgun naval Anti-navire et anti-aérien Tir embarqué en mer dès 2023, le plus avancé
Chine Railgun naval Frappe navale Testé depuis 2018, statut incertain
Turquie Şahi 209 / ASELSAN TUFAN Défense En développement

La France a la flotte la plus opérationnelle du monde grâce à ces trois piliers qui ont permis de construire un modèle envié même par les Américains

Une promesse encore à tenir

Reste que rien n’est joué. Aucune nation n’a encore mis en service une arme électromagnétique pleinement opérationnelle : ni les États-Unis, ni le Japon, ni la Chine. La technologie a beau exister en laboratoire, elle n’a jamais franchi la marche de l’industrialisation à grande échelle. Une inconnue majeure plane en outre sur le pari d’Auriga : l’appétit électrique. Personne ne sait encore combien d’énergie réclame chaque tir, ni si une base avancée ou un navire pourra la fournir sans refonte lourde de son architecture.

Un accord de recherche n’est pas un contrat de production, et le premier tir en extérieur de Hermes, cet été, ne sera qu’une étape. Les États-Unis reviennent dans la course à l’électromagnétique, poussés par l’urgence des drones et l’épuisement de leurs missiles. Il leur reste à prouver qu’ils sauront, cette fois, aller jusqu’au bout… là où ils s’étaient arrêtés il y a cinq ans.

Sources :

  • Defense Daily, Auriga Space Adapting Electromagnetic Launch Tech For Counter-Drone Interception, (15 juillet 2026)
    https://www.defensedaily.com/auriga-space-adapting-electromagnetic-launch-tech-for-counter-drone-interception/advanced-transformational-technology/
    Compte rendu du CRADA entre Auriga Space et le DEVCOM Armaments Center et description du lanceur Hermes.
  • sUAS News, Auriga Space and U.S. Army DEVCOM-AC Partner on Operationalizing Electromagnetic Launch Technology for Counter-Drone Defence, (15 juillet 2026)
    https://www.suasnews.com/2026/07/auriga-space-and-u-s-army-devcom-ac-partner-on-operationalizing-electromagnetic-launch-technology-for-counter-drone-defence/
    Communiqué détaillé sur l’accord, la logique de magasin profond et le positionnement face aux essaims de drones.
  • NextGen Defense, The Railgun Returns: General Atomics Unveils a Reinvented Electromagnetic Weapon, (27 octobre 2025)
    https://nextgendefense.com/railgun-general-atomics-weapon /
    Sur le retour du railgun de General Atomics et l’état des programmes japonais, chinois et turc.
  • Auriga Space, Auriga Space and U.S. Army DEVCOM-AC Partner on Operationalizing Electromagnetic Launch Technology for Counter-Drone Defense (15 juillet 2026)
    https://www.aurigaspace.com/news/auriga-space-and-u-s-army-devcom-ac-partner-on-operationalizing-electromagnetic-launch-technology-for-counter-drone-defense
    Communiqué de presse officielle sur le partenariat

Image de mise en avant : Une représentation artistique du futur système de défense antimissile d’Auriga Space.

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high-tech

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