L’Allemagne est la grande absente de cette nouvelle alliance européenne qui souhaite mutualiser les flottes d’A400M alors qu’elle a la plus grande du monde

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

L'Allemagne est la grande absente de cette nouvelle alliance européenne qui souhaite mutualiser les flottes d'A400M

Plusieurs membres de l’OTAN veulent partager avion, coûts et heures de vol pour combler l’un des angles morts les plus tenaces de la défense européenne : le transport aérien stratégique.

L’annonce est tombée en marge du sommet de l’OTAN, lors du Defence Forum d’Ankara. La Belgique, la Croatie, la France, la Pologne, l’Espagne, la Türkiye et le Royaume-Uni ont signé un « projet à haute visibilité » destiné à bâtir, à terme, une flotte multinationale articulée autour de l’Airbus A400M.

Rien de contraignant pour le moment, mais un cadre politique et institutionnel qui pose la première pierre d’une capacité partagée… avec une absence notable : l’Allemagne !

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L’Europe sait aligner des chasseurs de premier plan depuis des années, mais elle peine encore à projeter ses unités loin et vite dans ce qu’on appelle le transport aérien stratégique (déplacer des troupes, des blindés, du matériel lourd sur des milliers de kilomètres), secteur longtemps resté sous dépendance vis-à-vis des gros porteurs américains.

L’A400M a été conçu précisément pour combler l’espace entre le tactique C-130 et le stratégique C-17. Le mutualiser permettrait de change d’échelle : au lieu que chaque pays entretienne isolément une petite flotte fragile, plusieurs nations partageraient une capacité commune.

Le principe porte un nom (désolé pour l’anglissime): le « pooling and sharing », dans la langue de Molière « mise en commun et partage ». Les pays participants mettent des avions dans un pot commun, se répartissent les coûts et les heures de vol, et coopèrent sur la maintenance, la formation des équipages, la logistique des pièces détachées et même les achats. L’intérêt saute aux yeux pour les petits utilisateurs : un seul appareil immobilisé en maintenance lourde ampute une large part d’une flotte nationale réduite.

Diluée dans un parc partagé, cette immobilisation devient absorbable.

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Cinq opérateurs, deux candidats

Cinq des sept pays exploitent déjà l’A400M ; deux, la Croatie et la Pologne, n’en possèdent aucun. Ces derniers ne rejoignent pas le projet pour y apporter des avions, mais pour accéder à une catégorie de transport lourd dont ils sont justement aujourd’hui dépourvus, sans devoir lancer une coûteuse acquisition nationale.

C’est tout le sel de la formule : elle permet d’acheter de l’accès à une capacité plutôt qu’une flotte entière.

Les flottes d’A400M des sept pays participants :

Pays A400M en service Statut
France 25 Opérateur
Royaume-Uni 22 Opérateur
Espagne 14 (sur 27 commandés) Opérateur
Türkiye 10 Opérateur
Belgique 7 Opérateur (flotte binationale avec le Luxembourg)
Croatie 0 Candidat à l’accès partagé
Pologne 0 Candidat à l’accès partagé

La grande absente : l’Allemagne

Un nom manque à l’appel, et non des moindres… L’Allemagne, premier opérateur européen de l’A400M avec 53 appareils livrés, ne participe pas à l’initiative. Le silence est d’autant plus parlant que Berlin avait, en 2019, imaginé sa propre unité multinationale de transport aérien à Lechfeld : faute de partenaires internationaux, le projet avait capoté et les treize appareils prévus ont rejoint le parc national ordinaire. Que le plus gros contributeur potentiel reste à l’écart pose une vraie question sur l’ampleur réelle que pourra prendre la flotte partagée.

L’A400M lui-même traîne un passé chargé. Retards à répétition, surcoûts massifs, capacités livrées au compte-gouttes : l’appareil a longtemps incarné les ratés de la coopération industrielle européenne. Le temps a  cependant fait son œuvre. Avec plus de 135 exemplaires en service et 270 000 heures de vol cumulées, il est devenu, selon Airbus, la colonne vertébrale de la mobilité aérienne des grandes nations européennes de l’OTAN.

C’est cette maturité retrouvée qui rend aujourd’hui la mutualisation crédible.

Un modèle déjà éprouvé dans le ciel

Le projet A400M se calque sur une autre formule qui a déjà fait ses preuves : la flotte multinationale de ravitailleurs MRTT (des Airbus A330 transformés en avions-citernes).

L'A300MRTT est un exemple de système réussi de flotte mutualisée en Europe.
L’A300MRTT est un exemple de système réussi de flotte mutualisée en Europe – crédit : OTAN

Basée à Eindhoven, aux Pays-Bas, opérationnelle depuis 2020, elle appartient à l’OTAN et se partage entre plusieurs nations qui mettent en commun appareils, coûts et heures de vol.

Elle s’est déjà déployée, notamment pour soutenir les évacuations depuis l’Afghanistan et participé à des exercices jusqu’en Indo-Pacifique. Neuf appareils sont aujourd’hui en service sur les douze commandés, et la dixième machine s’apprête à être livrée. La Finlande vient tout juste de rejoindre le dispositif, portant le club à neuf nations.

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De l’intention à la flotte, le vrai test

Un projet à haute visibilité, dans le jargon de l’OTAN, c’est un affichage politique, pas encore une flotte en vol. Toute la valeur du dispositif dépendra de la capacité des sept nations à passer de la déclaration commune à une véritable architecture de soutien : conversion des pilotes, simulateurs partagés, qualification des mécaniciens, stocks de pièces mutualisés, planification des maintenances lourdes, répartition des heures de vol annuelles.

L’Europe a posé la première pierre d’une capacité qu’elle réclame depuis vingt ans. Il lui reste à prouver que, cette fois, elle saura bâtir dessus et peut-être à convaincre l’Allemagne de monter à bord !

Source :

  • OTAN, NATO Allies expand strategic airlift capacity, (7 juillet 2026)
    https://www.nato.int/en/news-and-events/articles/news/2026/07/07/nato-allies-expand-strategic-airlift-capacity /
    Communiqué officiel de l’Alliance sur le projet A400M et l’entrée de la Finlande dans la flotte MRTT, avec le détail du principe de mutualisation.
  • Airbus, NATO paves the way towards a Multinational A400M Fleet, (7 juillet 2026)
    https://www.airbus.com/en/newsroom/press-releases/2026-07-nato-paves-the-way-towards-a-multinational-a400m-fleet /
    Communiqué de l’industriel présentant l’initiative, les capacités visées et le bilan de la flotte mondiale d’A400M.
  • ESUT (Europäische Sicherheit & Technik), NATO richtet multinationale A400M-Flotte ein, (juillet 2026)
    https://esut.de/2026/07/meldungen/72605/nato-richtet-multinationale-a400m-flotte-ein /
    Éclairage allemand sur l’absence de Berlin et l’échec du projet d’unité de transport de Lechfeld en 2019.

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