Après 29 ans de chantier, le croiseur nucléaire russe Admiral Nakhimov vient de regagner sa base. Le navire en ressort méconnaissable, avec 176 cases de lancement, soit le plus gros arsenal de missiles jamais vu sur un bâtiment de surface.
Près de trente ans à quai. Un siècle, à l’échelle militaire. Et soudain, ce géant des mers ressurgit, gonflé d’une puissance de feu qui dépasse tout ce qu’alignent les marines occidentales. Mais derrière les chiffres, des faiblesses bien réelles.
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Un mastodonte de retour après 29 ans
L’événement a été confirmé le 26 juin 2026 : le croiseur Admiral Nakhimov a regagné son port d’attache de Severomorsk, dans le Grand Nord russe. Vingt-neuf ans qu’il avait disparu de la circulation, immobilisé pour une refonte hors norme. Et quelle bête. À 28 000 tonnes, c’est le plus gros navire de combat de surface au monde derrière les porte-avions, trois fois le tonnage d’un destroyer américain. Remis à flot en juillet 2025, il a repris la mer tout seul en août, du jamais-vu depuis 28 ans, avant d’attaquer la dernière ligne droite de ses essais. Pour la modernisation navale russe, c’est l’un des plus gros coups de ces dernières décennies, au terme d’une des refontes les plus complexes jamais tentées dans le pays.
Un arsenal sans équivalent au monde
La modernisation a été si poussée que les analystes considèrent ce croiseur comme un navire quasiment neuf à l’intérieur. Ses systèmes de missiles ont été entièrement remplacés pour lui offrir le plus grand arsenal de missiles longue portée jamais vu sur un bâtiment de surface. Ils logent dans 176 cases de lancement vertical. Pour mesurer l’exploit, comparons aux navires les plus armés de la planète :
| Navire | Pays | Cases de lancement |
| Admiral Nakhimov | Russie | 176 |
| Type 055 | Chine | 112 |
| Arleigh Burke Flight III | États-Unis | 96 |
L’écart est saisissant. Avec ses 176 cases, le navire russe écrase la concurrence. Les 80 premières accueillent les missiles russes les plus modernes : le missile de croisière Kalibr, le missile antinavire supersonique Oniks et le redoutable missile hypersonique Zircon. Les 96 autres sont dédiées à la défense antiaérienne, avec une version navalisée du célèbre système S-400. De quoi saturer n’importe quelle défense adverse. À tel point qu’un seul plein de munitions coûterait environ 460 millions d’euros.
Un chasseur de sous-marins redoutable
La puissance de feu ne fait pas tout. Côté chasse sous-marine, le croiseur a lui aussi pris du muscle. Il embarque désormais un système anti-torpilles, le Paket-NK, doublé d’un lanceur de missiles anti-sous-marins, l’Otvet. Ajoutez à cela jusqu’à trois hélicoptères Ka-27 spécialisés dans la traque des submersibles, et vous obtenez un bâtiment capable de débusquer un sous-marin à grande distance, puis de l’envoyer par le fond. Un vrai atout dans la zone de la flotte du Nord, justement là où les sous-marins de l’OTAN sont censés patrouiller.

Le seul de sa catégorie côté russe
Ce bâtiment occupe une place à part dans la marine russe. C’est même le seul navire du pays à pouvoir tenir tête aux meilleurs bâtiments américains et asiatiques, le Type 055 chinois ou les destroyers sud-coréens Sejong the Great. Le truc, c’est que les ingénieurs soviétiques avaient vu grand. Ils ont laissé une marge d’évolution énorme dans la conception d’origine. Quarante ans plus tard, une bonne rénovation suffit donc à remettre l’engin au niveau. Et côté missiles de croisière, la Russie reste l’un des meilleurs élèves de la planète.
Le talon d’Achille caché
Tout n’est pas rose pour autant. Les experts pointent plusieurs failles derrière cet arsenal clinquant. D’abord, ses radarset ses liaisons de données seraient à la traîne face aux dernières générations chinoises et américaines. Ensuite, et c’est plus gênant, le croiseur n’a reçu aucun traitement pour réduire sa signature radar. Pas de furtivité, donc : on le repère et on le suit de loin sans difficulté. Le même problème touche d’ailleurs les destroyers américains Arleigh Burke et tous les gros navires russes. Et avoir le plus gros arsenal du monde ne sert pas à grand-chose si l’adversaire vous détecte le premier.

Les derniers essais avant le verdict
Avant le feu vert de la marine, le navire doit encore tout repasser au crible. Cette dernière campagne d’essais vérifie chaque système du bâtiment refondu, de la propulsion aux radars, en passant par la navigation, les communications et les interfaces d’armement. Le tout au large du Grand Nord, dans les mers Blanche et de Barents. S’il décroche son examen, le croiseur deviendra le navire amiral de la flotte russe et enverra son sister-ship Pyotr Velikiy à la casse. La facture, elle, donne le vertige : jusqu’à 4,6 milliards d’euros pour la refonte, alors que le budget de départ tournait autour de 600 millions. Un dérapage colossal.
Un port stratégique au cœur de l’Arctique
Le port d’attache choisi n’est pas un hasard non plus. Severomorsk, sur la rive est de la baie de Kola, abrite le quartier général et le gros de la flotte du Nord. Son intérêt tient en une phrase : la mer y reste libre de glace toute l’année, ce qui est rarissime dans cette région polaire. Mais il y a plus. C’est aussi là que mouille l’essentiel de la flotte sous-marinenucléaire russe, sous-marins d’attaque comme lanceurs d’engins porteurs de missiles balistiques. En y ramenant son croiseur, Moscou renforce un point déjà central de son dispositif militaire dans l’Arctique.
Sources :
- Naval News
- Army Recognition
- The Defense News
- The Barents Observer
- 19FortyFive
- Wikipédia
