Cette pépite français qui revendique le drone d’interception le plus rapide d’Europe s’alliera finalement avec le géant britannique Babcok

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Cette pépite français qui revendique le drone d'interception le plus rapide d'Europe s'alliera finalement avec le géant britannique Babcok

Comment la pépite alsacienne a finalement trouvé son partenaire industriel en dehors de l’Hexagone.

Le 16 juin 2026, à l’occasion du salon Eurosatory à Villepinte, ALM Méca, petite entreprise alsacienne de dix-sept salariés basée à Eschbach au nord de Strasbourg, a annoncé une alliance stratégique avec Babcock France, la filiale française du groupe britannique Babcock International. Au cœur du partenariat : le drone intercepteur Fury, un appareil ultra-véloce capable de voler à 700 kilomètres par heure pour neutraliser les drones hostiles.

L’objectif affiché des deux partenaires : finaliser le développement du Fury et préparer son industrialisation, avec en ligne de mire le contrat de la compétition ELISA lancée par la Direction générale de l’armement (DGA) en avril 2026, dotée d’une enveloppe de 18,7 millions d’euros.

Depuis le printemps 2025, la situation d’ALM Méca avait été identifiée comme stratégique par les pouvoirs publics, qui cherchaient à éviter un rachat par des capitaux étrangers et avaient sollicité plusieurs grands industriels français pour reprendre la mise. Le partenariat finalement noué avec Babcock France n’est pas exactement celui qui avait été initialement envisagé… et cela soulève tout de même quelques questions.

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ALM Méca. La société, créée et dirigée par Laurent Schaal, s’est d’abord forgée une solide réputation dans l’usinage de précision appliqué à l’aéronautique et à la défense. Un savoir-faire d’atelier, presque artisanal, dans une région (l’Alsace) qui cultive depuis longtemps une tradition d’excellence industrielle.

Puis, l’entreprise a entrepris une grosse réorientation en se lançant dans la conception d’un système complet : un drone intercepteur pensé pour neutraliser les drones hostiles bon marché qui saturent désormais les champs de bataille modernes. Le projet a été lancé sur fonds propres, sans programme étatique structurant, sans implication directe de la DGA. Un pari rare dans l’industrie de défense française, où les grands programmes naissent généralement dans les bureaux d’études des grands groupes.

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Le résultat s’appelle Fury et t ses caractéristiques techniques en font effectivement un produit à part avec une une vitesse de pointe de 700 kilomètres par heure, soit environ trois fois la vitesse de la majorité des drones qu’il doit intercepter. Un score atteint grâce à un choix radical : le microréacteur à kérosène, conçu en interne. Une technologie rare et complexe à maîtriser, qui place ALM Méca dans une catégorie technologique très étroite. L’entreprise est aujourd’hui la seule PME française capable de produire des microturbines pour drones à ce niveau de performance, comme l’avait souligné en mars 2025 la question orale du député Théo Bernhardt (Bas-Rhin) au ministère des Armées.

Les autres caractéristiques du Fury sont à l’avenant. Longueur autour de 1,1 mètre, poids à vide inférieur à 6 kilogrammes, capacité à encaisser 30 G en manœuvre, plafond opérationnel de 5 000 mètres, portée initiale de 40 kilomètres que la nouvelle version V2 portera à 120 kilomètres. Une machine compacte, ultra-manœuvrante, conçue pour traquer les drones hostiles à des vitesses jusqu’ici inaccessibles dans le monde des intercepteurs cinétiques.

Bref, un bijou technologique made in Alsace !

Laurent SCHAAL, gérant d’ALM Méca et Pierre Basquin, Chief Executive Aviation & CEO France de Babcoc à droite pose avec un drone Fury.
Laurent SCHAAL, gérant d’ALM Méca et Pierre Basquin, Chief Executive Aviation & CEO France de Babcoc à droite pose avec un drone Fury.

Fury face aux références mondiales : peu de concurrents directs

Voici pour comparaison, les principaux drones intercepteurs cinétiques disponibles ou en développement que nous avons identifiés dans le monde :

Intercepteur Origine Vitesse Portée Statut
ALM Méca Fury France (Alsace) 700 km/h (microréacteur) 40 km (V1) / 120 km (V2) Démonstrateur volant, candidat ELISA
Anduril Roadrunner-M États-Unis ~ 850 km/h (turbojet) Non communiquée En service, vente Koweït 2 Md$ (juin 2026)
DELAIR ASPIK France (Toulouse) Non communiquée (électrique) Courte à moyenne Partenariat DELAIR-CERBAIR 16 juin 2026
Destinus Hornet Block 2 Suisse Élevée (microturbine) 70+ km Intégré au système Garmr MRS de Diehl Defence
Diehl Cicada Allemagne Non communiquée ~ 5 km Intégré au système Garmr SRS de Diehl Defence
TYTAN Technologies Allemagne Non communiquée Courte Partenariat avec Hensoldt, 3 000 unités/mois fin 2026
Fortem DroneHunter F700 États-Unis Lente (électrique avec filet) Très courte En service, 12 systèmes alliés US (oct. 2025)

Le Fury joue dans la même cour que le Roadrunner-M d’Anduril, qui est aujourd’hui la référence mondiale du segment. Anduril, c’est tout de même 3 500 salariés, plusieurs milliards de dollars de contrats et une vente récente de Roadrunner-M et Anvil au Koweït pour environ 2 milliards de dollars en juin 2026. Que la PME alsacienne propose un produit comparable techniquement avec dix-sept personnes, sans subventions massives ni programme étatique structurant, mérite d’être souligné.

L’autre observation, c’est que la France compte désormais plusieurs candidats sérieux sur le segment des drones intercepteurs cinétiques. Outre le Fury d’ALM Méca, on trouve l’ASPIK de DELAIR (annoncé en partenariat avec CERBAIR le 16 juin également) et les solutions développées dans le cadre du partenariat MBDA + Alta Ares évoqué par MBDA à Eurosatory 2026.

La France ne manque pas de talents sur ce segment. Reste à savoir comment l’État pourra les soutenir simultanément, sans pour autant fragmenter excessivement la filière !

Pourquoi Babcock France et pas Safran ni Dassault ?

Reste une question légitime, et c’est probablement l’angle le plus intéressant de cette annonce. Le ministère des Armées avait, en avril 2025, explicitement sollicité Safran et Dassault pour reprendre la mise. Or, c’est finalement Babcock France, filiale française d’un groupe britannique, qui scelle l’alliance. Pourquoi cette configuration ?

Plusieurs lectures sont possibles, sans qu’aucune ne mérite d’être tranchée trop fermement faute d’éléments publics suffisants.

Première lecture, la plus probable : les calendriers et priorités des grands groupes ne s’alignent pas toujours avec ceux des pépites. Safran est actuellement en phase de monter en cadence massive sur ses programmes phares (HRG à Montluçon avec 120 M€ d’investissement, Thundart avec MBDA pour 600 M€, JV avec EDGE pour la nouvelle génération du HAMMER, JV avec Bharat Electronics en Inde, etc.).
Dassault Aviation, de son côté, est saturé par la production accélérée du Rafale dont les commandes export atteignent des niveaux historiques. Acquérir ou prendre une participation significative dans une PME alsacienne de drones intercepteurs n’était peut-être pas leur priorité industrielle.

Deuxième lecture : Babcock France n’est pas un partenaire de second rang. Six cents salariés, 200 millions d’euros de chiffre d’affaires, profondément ancré dans l’écosystème défense français depuis des décennies. Babcock France assure la maintenance des hélicoptères de la Marine nationale (premier H160), de la Gendarmerie, des Douanes, des SAMU, ainsi que la formation des équipages de chasse de l’armée de l’Air dans le cadre du programme F-AIR 21 en partenariat avec Dassault Aviation depuis 2016. C’est un acteur discret mais central de l’industrie de défense française, qui apporte précisément ce dont une PME a besoin pour s’industrialiser : compétences en soutien opérationnel, en formation utilisateur, en maintenance et en chaîne logistique. Les deux entreprises l’ont d’ailleurs explicitement reconnu : « Ce partenariat stratégique a pour objectif de conjuguer l’expertise de Babcock en matière d’opérations, de formation, de soutien de systèmes et d’accompagnement des utilisateurs, avec le savoir-faire industriel et technologique d’ALM Méca. »

Troisième lecture : Babcock France apportera également un soutien financier pour boucler la V2 du Fury et préparer la phase d’industrialisation. C’est exactement ce qui manquait à ALM Méca en mars 2025. Le capital nécessaire pour passer de quelques démonstrateurs à une production en série pouvant répondre à des commandes étatiques ou export. Sur ce plan, l’apport britannique via la filiale française est tout sauf un déclassement : c’est précisément la fonction structurante d’un grand groupe au service d’une pépite technologique.

Il faut enfin rappeler que Babcock France est juridiquement une société française, soumise au droit français, employant des salariés français, opérant pour les forces armées françaises. La nuance avec un rachat par un fonds américain ou un industriel chinois est importante. La maîtrise opérationnelle reste en France, dans un écosystème où Babcock est implanté de longue date. Le risque souverain est marginal, et la coopération franco-britannique en matière de défense est par ailleurs structurée par le traité de Lancaster House depuis 2010.

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Et après ? La bataille d’ELISA

Le calendrier des prochains mois sera déterminant. La compétition ELISA est l’enjeu central. Lancée par la DGA en avril 2026 sous la forme d’un partenariat d’innovation (l’outil juridique déjà utilisé en 2023 pour le programme FLPT qui a abouti à Thundart), elle est dotée de 18,7 millions d’euros pour la phase de recherche et développement et vise à concevoir et industrialiser des drones intercepteurs. La DGA reconnaît elle-même que « les systèmes actuellement utilisés ne répondent que partiellement aux menaces, tant en volume qu’en coût ». C’est une opportunité majeure pour ALM Méca et Babcock France.

Les concurrents sont nombreux. MBDA, en partenariat avec Alta Ares, a déclaré dans son communiqué Eurosatory 2026 développer une solution d’interception spécifiquement adaptée aux menaces de type Shahed. DELAIR-CERBAIR a annoncé son alliance le même jour que celle d’ALM Méca-Babcock, avec un positionnement comparable. D’autres acteurs pourraient se manifester, notamment dans le cadre du dispositif Drone Fury (qui n’a rien à voir avec le Fury d’ALM Méca malgré l’homonymie) ou via des partenariats avec des PME spécialisées. La compétition sera serrée, et la DGA tranchera probablement à l’horizon 2027.

Au-delà d’ELISA, le marché export pourrait également s’ouvrir. Les versions à réaction des drones d’attaque iraniens (Shahed 238) et leur équivalent russe (Geran 3) redéfinissent les exigences en matière d’intercepteurs. Là où un drone classique vole à 180 km/h, ces nouvelles générations dépassent les 600 km/h. Pour les intercepter, il faut des drones capables de monter à des vitesses comparables ou supérieures. C’est précisément le créneau du Fury et au-delà de la France, plusieurs pays d’Europe centrale et orientale, exposés à la menace russe et iranienne, pourraient s’intéresser à la technologie alsacienne.

Après des années assez discrètes, 2026 sera peut-être l’année du retour français au premier rang de la lutte anti-drones et la pépite alsacienne ALM Méca, désormais épaulée par Babcock France, pourrait bien en être l’une des belles incarnations !

Sources :

  • Linekdin, annonce officielle dui paretenariat par Babcock France (17 juin 2026)
     https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7472680334350913536
  • Assemblée nationale (Théo Bernhardt, député du Bas-Rhin), Question orale n° 305 — Quelles mesures de soutien pour l’entreprise ALM-MECA ? (25 mars 2025)
    https://questions.assemblee-nationale.fr/q17/17-305QOSD.htm
    Source institutionnelle française documentant la situation financière critique d’ALM Méca au printemps 2025 et la réponse du ministère des Armées (sollicitations de Safran et Dassault, première commande opérationnelle).
  • Babcock France, Présentation institutionnelle et activités (consulté en juin 2026)
    https://www.babcockinternational.com/where-we-do-it/france/
    Documentation officielle sur Babcock France (600 salariés, 200 M€ de CA, partenariat F-AIR 21 avec Dassault Aviation, exploitation de 32 hélicoptères héliSMUR, MCO Gendarmerie et Douanes).

 

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