GDELS et KNDS développent un obusier automoteur mêlant le blindé PIRANHA 10×10 et une tourelle AGM de 155 mm, pensé pour frapper loin puis disparaître avant la riposte.
L’artillerie européenne entre dans une nouvelle phase, plus mobile, plus protégée et beaucoup plus automatisée. Avec ce projet, GDELS et KNDS veulent répondre aux leçons brutales venues d’Ukraine. Le système promet la puissance d’un canon de 155 mm avec la souplesse d’un grand blindé à roues. Pour l’OTAN, c’est un outil taillé pour les conflits où drones, radars et tirs de contre-batterie ne laissent presque plus le droit à l’erreur.
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Un drôle de mariage très militaire
Le projet associe deux briques déjà bien connues dans le monde de la défense : le PIRANHA Heavy Mission Carrier 10×10 de General Dynamics European Land Systems et la tourelle Artillery Gun Module de KNDS-Germany. Le résultat ressemble à une réponse directe aux besoins actuels des armées occidentales : un canon de 155 mm capable de frapper fort, monté sur un châssis blindé assez robuste pour encaisser les contraintes d’un champ de bataille moderne. Cette artillerie mobile ne cherche pas seulement à tirer plus loin, mais à survivre plus longtemps dans un environnement saturé de drones, de radars et de munitions de précision.
La leçon ukrainienne est partout
Depuis 2022, l’artillerie a retrouvé une place centrale dans la guerre terrestre. Les armées ont vu une chose simple : il ne suffit plus d’aligner des canons puissants. Il faut aussi bouger vite, se cacher, tirer en quelques minutes et quitter la zone avant que l’ennemi ne réponde. Les radars de contre-batterie repèrent rapidement les tirs, tandis que les drones rôdeurs traquent les véhicules isolés. Dans ce contexte, un système trop lent ou trop exposé devient une cible. Le nouveau duo GDELS-KNDS répond à cette logique avec une frappe longue portée capable de fonctionner dans le rythme nerveux de la guerre moderne.
Une tourelle qui fait presque tout
Le cœur du système, c’est la tourelle AGM de KNDS. Elle embarque un canon de 155 mm/L52, un standard très répandu au sein de l’OTAN. Selon les munitions utilisées, la portée peut dépasser 40 km, soit environ la distance entre Paris et Disneyland Paris. Avec des projectiles assistés ou de nouvelle génération, cette distance pourrait encore augmenter. L’intérêt majeur vient surtout de l’automatisation. Le chargement automatique réduit l’effort humain, accélère la cadence et permet des tirs complexes, dont le mode où plusieurs obus suivent des trajectoires différentes pour tomber presque en même temps sur une même cible. Cette tourelle automatisée réduit aussi l’exposition de l’équipage.

Le 10×10 change la catégorie
Le PIRANHA HMC 10×10 n’est pas un simple camion renforcé. GDELS l’a conçu pour porter des charges plus lourdes que les blindés 8×8 classiques, avec une suspension renforcée, une meilleure stabilité et une capacité d’évolution pour accueillir d’autres systèmes à l’avenir. Ce format permet de monter une tourelle lourde sans tomber dans les contraintes d’un engin chenillé. Contrairement aux obusiers sur chenilles, souvent plus exigeants à transporter et à maintenir, un 10×10 peut parcourir de longues distances sur route avec moins de logistique. Ce blindé 10×10 offre donc un compromis intéressant entre protection, mobilité et endurance.
| Système | Type | Point fort | Limite possible |
| PIRANHA HMC 10×10 AGM | Blindé à roues 10×10 | Protection, mobilité et automatisation | Système encore en développement |
| CAESAR | Camion 6×6 ou 8×8 | Légèreté, coût, mobilité stratégique | Protection plus limitée |
| Archer | Camion blindé | Automatisation élevée | Plateforme plus spécialisée |
| PzH 2000 | Chenillé lourd | Puissance et protection | Logistique plus lourde |
| K9 Thunder | Chenillé | Robustesse et export massif | Moins léger qu’un système à roues |
Ni CAESAR, ni Panzerhaubitze
Ce nouvel obusier ne semble pas vouloir remplacer directement le CAESAR français ou l’Archer suédois. Il vise plutôt une zone intermédiaire. Il serait plus protégé qu’un système monté sur camion, mais plus mobile et plus simple à déployer qu’un grand automoteur chenillé comme le Panzerhaubitze 2000 allemand ou le K9 sud-coréen. Cette niche intéresse forcément les pays qui veulent renforcer leur puissance de feu sans basculer dans des flottes lourdes et coûteuses. Pour les armées déjà structurées autour de véhicules à roues, cette puissance de feu peut s’intégrer plus naturellement dans les unités existantes.
Un marché européen en ébullition
Le timing n’a rien d’un hasard. Les pays de l’OTAN reconstituent leurs stocks, remplacent les matériels envoyés à l’Ukraine et cherchent des solutions capables de tenir dans un conflit long. Les obus de 155 mm sont devenus un symbole de cette tension industrielle. Les armées veulent tirer loin, mais aussi disposer de systèmes disponibles en nombre, faciles à maintenir et compatibles avec leurs réseaux de commandement. Le PIRANHA est déjà une famille de blindés largement exportée, ce qui pourrait séduire les pays qui cherchent de la continuité dans la maintenance, la formation et les pièces. Cette modernisation OTAN ne se joue donc pas seulement sur le canon, mais sur toute la chaîne logistique.
L’automatisation devient une question de survie
Le projet montre surtout une évolution profonde : l’artillerie du futur ne se résume plus à la portée. Les armées veulent des véhicules connectés, capables de recevoir une cible, calculer le tir, lancer la mission et repartir très vite. Moins d’équipage, plus de protection, plus de rapidité et une meilleure intégration numérique deviennent aussi importants que la taille du tube. GDELS et KNDS misent sur cette transformation avec un système qui pourrait intéresser les pays cherchant un compromis sérieux entre coût, mobilité et survivabilité. Sur un champ de bataille couvert de capteurs, la guerre terrestre récompense ceux qui tirent juste et disparaissent vite.
Source : GDELS & KNDS
