700 légionnaires parachutistes, un saut en ouverture dans la nuit noire.
Il est environ minuit au-dessus de la zone des Féniers, dans la Creuse. Les portes des C-130 s’ouvrent, l’air s’engouffre, et 700 légionnaires basculent dans le vide les uns après les autres. Pas de lune complice, pas de comité d’accueil : juste un saut en ouverture, un regroupement au sol à tâtons, et une infiltration immédiate vers les premiers objectifs.
Sous le nom de Libecciu (un vent corse qui souffle en rafales et que le 2e régiment étranger de parachutistes connaît bien depuis Calvi), c’est tout un savoir-faire que la France vient de remettre à l’épreuve.
L’assaut final s’est tenu au lendemain des commémorations de l’opération Bonite. Le 19 mai 1978, près de 700 légionnaires du 2e REP sautaient sur Kolwezi, dans l’ex-Zaïre, pour libérer des otages européens, une opération souvent présentée comme le dernier grand saut de combat de l’armée française.
Quarante-huit ans plus tard, le même régiment rejoue, sur le sol national et face à un ennemi fictif, la mécanique exacte qui a fait sa légende : sauter loin, sauter vite, et frapper avant que l’adversaire n’ait compris d’où venait le coup.
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Le 2e REP boucle Libecciu 2026, une démonstration grandeur nature de la projection aéroportée française
Il faut dire que cs hommes-là ne sont pas n’importe qui. La Légion étrangère reste, dans l’imaginaire militaire mondial, l’une des troupes d’assaut les plus redoutées de la planète et son unique régiment parachutiste, le 2e REP, en est la pointe la plus acérée. Ls observateurs anglophones le rangent volontiers au niveau des unités spéciales les plus connues, comme le SAS britannique, et le décrivent encore aujourd’hui comme l’une des unités d’élite les plus réputées en activité. C’est cette troupe-là que l’état-major vient de larguer en pleine nuit au-dessus de la Creuse.
Pendant dix jours, près de 700 légionnaires et une centaine de véhicules ont été déployés en terrain libre, c’est-à-dire en dehors des camps militaires, sur le territoire civil réel, entre le sud de la Creuse et l’Indre-et-Loire. Une bande de plusieurs centaines de kilomètres traversée au pas de charge, appuyée par des moyens aériens, des commandos parachutistes et des plongeurs. Pour le régiment de Calvi, l’objectif n’était pas de cocher une case d’entraînement : il s’agissait de faire travailler ensemble un état-major et plusieurs compagnies de combat dans une manœuvre aéroportée, motorisée et débarquée, du premier saut au dernier assaut.
Tout est parti du camp de La Courtine, où le dispositif s’est regroupé pour les dernières répétitions tactiques et la coordination avec les renforts interarmes. Puis la machine s’est mise en marche.
Un saut de nuit en ouverture, la signature d’un club très fermé
Sauter de nuit, en ouverture automatique, avec 700 hommes et leurs charges, ce n’est pas un numéro de démonstration aérienne. C’est l’une des manœuvres les plus exigeantes qui soient, et très peu d’armées dans le monde l’entretiennent encore à cette échelle. Il faut des avions de transport tactique disponibles, des équipages rodés, une chaîne de largage maîtrisée et, surtout, des troupes capables de se reconstituer en unité cohérente dans le noir, loin de toute base, et d’attaquer dans la foulée.
C’est exactement ce qui s’est joué au-dessus des Féniers. Après le saut depuis les C-130, les compagnies se sont infiltrées vers leurs objectifs et, au lever du jour, ont lancé leurs actions offensives contre plusieurs réseaux de tranchées tenus par une force adverse jouant le rôle de « milices pro-BRIQUE » (oui, l’ennemi fictif a un nom, et c’est très bien comme ça). Cette première bascule a ouvert la progression du groupement tactique vers le nord.
Du combat en tranchées aux drones FPV : un scénario calibré « haute intensité »
L’exercice semble mélanger les époques.
D’un côté, du combat en tranchées, image qui sentait la Première Guerre mondiale il y a encore cinq ans, et qui est redevenue d’une brutale actualité depuis l’Ukraine.
De l’autre, un arsenal de drones complet : des FPV dédiés aux frappes tactiques, des Parrot Anafi pour le renseignement de proximité et le largage d’explosifs, et le MQ-9 Reaper de l’armée de l’Air et de l’Espace pour voir loin, dans la profondeur.
En face, la force ennemie, armée par une compagnie du 2e régiment étranger d’infanterie (2e REI) et ses blindés Griffon n’a pas joué les figurants : elle a organisé sa défense pour rendre chaque objectif coûteux. Pendant ce temps, la section d’appui mortiers de 120 mm du régiment, mise à terre par largage A400M avec le concours du 1er régiment du train parachutiste (1er RTP), martelait la profondeur.
Les commandos parachutistes (GCP) menaient leurs propres actions derrière les lignes, dont une mission de libération d’otages en l’occurrence le maire et deux élus de La Souterraine, promus le temps de l’exercice au rang d’enjeu tactique.

Reconnaissance, franchissement, assaut final : 300 km de manœuvre
La suite s’est jouée à travers la Haute-Vienne et la Vienne, dans une phase de reconnaissance offensive où le régiment a déroulé toute sa panoplie de capteurs. Le groupe de plongeurs de l’armée de Terre (GPAT) a quant à lui conduit une mission discrète mais cruciale : reconnaître les points de franchissement sur la Vienne, après une insertion héliportée depuis un NH-90 du 1er régiment d’hélicoptères de combat (1er RHC). À Pouzay, une nouvelle opération héliportée a permis de poser les éléments d’assaut avant le franchissement de la rivière et la prise d’un objectif comprenant un pont et une zone urbanisée, le genre de terrain où une poignée de défenseurs bien placés peut bloquer une colonne entière.
Enfin, au camp du Ruchard, en Indre-et-Loire, les 700 légionnaires ont conduit l’assaut final contre une position fortement défendue, point d’orgue d’une manœuvre dense bouclée au terme de 300 kilomètres de reconnaissance offensive.
Forces et moyens engagés lors de l’exercice Libecciu 2026 :
| Composante | Moyen | Fonction |
|---|---|---|
| Infanterie parachutiste | 2e REP (~700 légionnaires) | Cœur de la manœuvre, assauts |
| Forces spéciales | Groupe de commandos parachutistes (GCP) | Infiltration, libération d’otages, actions dans la profondeur |
| Plongeurs | Groupe de plongeurs de l’armée de Terre (GPAT) | Reconnaissance des points de franchissement |
| Appui feu | Mortiers 120 mm, missile moyenne portée (MMP), fardier | Appui dans la profondeur |
| Transport tactique | C-130, A400M | Saut en ouverture, largage de matériels |
| Aéromobilité | NH-90 (1er RHC), hélicoptères de manœuvre | Insertions héliportées |
| Drones | FPV, Parrot Anafi, MQ-9 Reaper (AAE) | Frappes tactiques, renseignement de proximité et de profondeur |
| Soutien | 1er régiment du train parachutiste (1er RTP) | Mise à terre des charges larguées |
| Force adverse | Compagnie du 2e REI et blindés Griffon | Défense, scénario d’opposition |
Projection aéroportée : un club de cinq nations
Avoir des parachutistes, beaucoup de pays en ont. Pouvoir les expédier loin, vite et en autonomie, c’est une autre histoire : il faut une troupe d’élite, une doctrine expéditionnaire, et surtout du transport stratégique, le vrai goulet d’étranglement !
À ce jeu, le club se réduit à une poignée de noms. Les États-Unis dominent sans partage avec leur 82e division aéroportée, dont l’Immediate Response Force peut se poser n’importe où sur la planète en moins de 18 heures, portée par une flotte de C-17 et de C-5 inégalée. La Russie aligne les VDV, plus grande force aéroportée du monde, mais à l’allonge surtout régionale. La Chine monte en puissance à vitesse accélérée avec son Airborne Corps et ses gros porteurs Y-20, encore bridée par le manque de bases avancées. Le Royaume-Uni entretient une excellente 16 Air Assault Brigade, mais sans réel transport stratégique en propre. Et la France, elle, coche toutes les cases… à son échelle.
| Pays | Unité aéroportée d’élite | Transport stratégique | Allonge |
|---|---|---|---|
| France | 11e brigade parachutiste / 2e REP | A400M | Mondiale mais modeste, prouvée au combat (Kolwezi, Sahel) |
| États-Unis | 82e division aéroportée (Immediate Response Force) | C-17, C-5 | Mondiale et massive, déploiement en moins de 18 h |
| Russie | VDV (4 divisions + brigades) | Il-76 | Surtout régionale (« étranger proche ») |
| Chine | Airborne Corps (armée de l’air) | Y-20 / Y-20B | Régionale, en expansion rapide |
| Royaume-Uni | 16 Air Assault Brigade / Parachute Regiment | Limité (s’appuie sur ses alliés) | Expéditionnaire, surtout en coalition |
Sources :
- Armée de Terre / Ministère des Armées
- Foreign Legion Info, History: 2nd Foreign Parachute Regiment (consulté en 2026) http://foreignlegion.info/history/2rep/ Site de référence anglophone qui considère le 2e REP comme l’une des unités d’élite les plus réputées encore en activité.
Image de mise en avant : exercice Libecciu 2026 © armée de Terre
