L’allié le plus proche des États-Unis snobe Boeing : le Canada choisit le Saab GlobalEye suédois au lieu du E-7 Wedgetail américain pour 6 avions radar à 3,35 milliards et brise une tradition de défense

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Said LARIBI

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L'allié le plus proche des États-Unis snobe Boeing : le Canada choisit le Saab GlobalEye suédois au lieu du E-7 Wedgetail américain pour 6 avions radar à 3,35 milliards et brise une tradition de défense

Ottawa a choisi le GlobalEye suédois de Saab plutôt que le E-7 Wedgetail américain, un signal politique fort alors que le Canada veut réduire sa dépendance militaire aux États-Unis.

Le Canada vient de faire un choix qui dépasse largement l’achat de six avions radar. En préférant Saab à Boeing, Ottawa envoie un message clair à Washington. Le pays veut surveiller son immense territoire, surtout l’Arctique, avec plus de contrôle industriel et politique. Mais ce virage européen pose une vraie question : l’autonomie vaut-elle une perte possible de puissance opérationnelle ?

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Un choix qui ressemble à un avertissement

Le gouvernement canadien a engagé des discussions avec Saab comme fournisseur privilégié pour ses futurs avions de veille aérienne GlobalEye, au détriment du Boeing E-7 Wedgetail et d’une solution américaine portée par L3Harris. Le projet porte sur six appareils de surveillance avancée, avec une forte dimension industrielle canadienne, notamment grâce à la base Bombardier Global 6500 utilisée par le système suédois. Derrière ce dossier, il y a bien plus qu’une simple fiche technique : le Canada cherche une autonomie stratégique plus forte, au moment où ses relations avec les États-Unis sont devenues plus tendues.

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Le radar suédois gagne une bataille politique

Le GlobalEye n’est pas un gadget. C’est un avion de détection avancée capable de surveiller des menaces aériennes, maritimes et terrestres, avec un radar puissant et une plateforme d’affaires longue endurance. Saab promet aussi des retombées industrielles locales, avec assemblage, maintenance et développement au Canada. Pour Ottawa, cet argument pèse lourd : acheter européen, mais en créant de l’emploi au pays. Certains éléments évoquent jusqu’à plusieurs milliers d’emplois potentiels, surtout dans l’aéronautique. Le radar volant devient donc aussi un outil de politique industrielle, pas seulement un avion militaire.

Système SAAB GlobalEye AEW&C
Système SAAB GlobalEye AEW&C

Le grand perdant s’appelle Boeing

Le E-7 Wedgetail reste pourtant une référence très solide. Construit sur une base de Boeing 737, il dispose de plus d’espace, de plus de puissance électrique, de plus de refroidissement et d’une capacité importante pour coordonner des opérations aériennes complexes. L’Australie, la Corée du Sud et la Turquie l’utilisent déjà, tandis que le Royaume-Uni l’introduit dans ses forces. Sur le papier, il est particulièrement taillé pour gérer des campagnes aériennes denses, avec chasseurs, ravitailleurs, missiles, navires et radars connectés. En matière de commandement aérien, le Wedgetail garde donc une avance claire dans les scénarios les plus lourds.

E-7 en service en Corée du Sud
E-7 en service en Corée du Sud

L’Arctique change la priorité

Le Canada ne raisonne pas seulement comme une armée projetée dans une guerre lointaine. Son obsession immédiate, c’est aussi l’Arctique. Le pays doit surveiller un territoire immense, des approches maritimes difficiles et une zone de plus en plus disputée par la Russie et la Chine. Mark Carney a insisté sur la nécessité de prendre davantage en main la défense du Nord canadien, un espace gigantesque où les radars terrestres et les patrouilles classiques ne suffisent plus. Le GlobalEye offre une surveillance arctique crédible, tout en s’inscrivant dans une logique de souveraineté et de partenariat avec la Suède, désormais membre de l’OTAN.

Système Pays d’origine Plateforme Atout principal Limite possible
GlobalEye Suède Bombardier Global 6500 Coût, endurance, industrie canadienne Moins massif qu’un E-7
E-7 Wedgetail États-Unis Boeing 737 Gestion de combat aérien très lourde Dépendance américaine
Aeris X États-Unis Solution L3Harris Offre alternative américaine Moins installée politiquement
GlobalEye Canada Suède/Canada Base canadienne Retombées locales Négociations encore à finaliser

Le prix de l’indépendance

Le contrat évoqué dépasse les 5 milliards de dollars canadiens, soit environ 3,35 milliards d’euros selon un ordre de grandeur récent. Ce montant couvre bien plus que les avions : il faut compter la formation, la maintenance, les capteurs, les infrastructures et l’intégration dans les réseaux de défense. Mais l’enjeu le plus sensible reste ailleurs. En refusant l’option américaine la plus évidente, Ottawa accepte potentiellement moins d’interopérabilité directe avec certaines forces américaines, notamment dans le cadre du NORAD. Le pari canadien repose donc sur une idée forte : une industrie nationale plus impliquée vaut parfois mieux qu’un système plus puissant mais politiquement dépendant.

Des chasseurs F-35A à la base aérienne d'Eielson en Alaska
Des chasseurs F-35A à la base aérienne d’Eielson en Alaska

Le dossier F-35 plane au-dessus de tout

Cette décision arrive alors que le Canada réexamine aussi son achat de 88 F-35A américains. Ottawa reste engagé sur une partie du programme, mais le débat sur la dépendance envers Washington s’est durci. Saab pousse naturellement ses propres solutions, notamment le Gripen, tandis que d’autres pistes comme le programme GCAP, porté par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon, attirent l’attention dans les discussions stratégiques. Le GlobalEye pourrait donc être le premier signe visible d’un mouvement plus large : moins d’automatismes américains, plus de diversification. Pour la flotte canadienne, cela pourrait redessiner des décennies de choix militaires.

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Une fracture qui dépasse l’aviation

Le Canada n’a pas seulement choisi un avion. Il a choisi un message. Dans un contexte de tensions commerciales, de doutes politiques et de volonté de reconstruire une défense plus autonome, le GlobalEye devient un symbole. Reste à savoir si cette logique tiendra face aux contraintes opérationnelles. Les États-Unis restent le voisin, l’allié majeur et le partenaire central de la défense nord-américaine. Mais Ottawa veut désormais éviter d’être enfermé dans une seule dépendance. Ce choix montre que la défense occidentale entre dans une phase plus fragmentée, où même les alliés proches cherchent à garder plusieurs portes ouvertes.

Source : Communiqué du Gouvernement Canadien

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