Deux PME allemandes viennent de réussir le premier atterrissage entièrement autonomes depuis un USV en mouvement, en exercice réel, sans intervention d’un opérateur.
Le 19 mai 2026, à Farnborough, lors du Combined Naval Event, une petite entreprise allemande nommée CiS a présenté un produit qui pourrait bien chambouler le marché de la défense autonome maritime. Il ne s’agit pas pour une fois d’un nouveau missile ou d’un drone furtif révolutionnaire mais… d’un hangar.
Plus précisément : un hangar pour drone, capable de fonctionner tout seul, depuis un bateau qui n’a pas d’équipage et qui file à 15 nœuds (27,78 km/h) dans la houle.
Laissez-nous vous présenter aujourd’hui l’ORKA Dock, un produit révolutionnaire allemand qui pourrait bientôt se retrouver sur toutes les mers du globe !
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CiS a construit un hangar portable pour drones navals autonome
Pourquoi c’est compliqué de poser un drone sur un bateau qui bouge ?
Faire décoller et atterrir un drone depuis une plateforme fixe, on sait faire depuis longtemps. Les solutions de type « drone in a box » existent à foison : DJI Dock 3, Skydio Dock, A2Z AirDock, Matrice 4D. Vous installez la boîte sur un toit, sur un mât ou sur un terrain plat, et le drone décolle, fait sa mission, revient, recharge. Mission accomplie !
Le problème, c’est qu’un bateau ne reste pas immobile, particulièrement lorsqu’il se retrouve dans des zones où la météo est capricieuse. Pour qu’un drone arrive à se reposer pile au bon endroit dans ces conditions, il faut un système de guidage qui calcule en temps réel la position, l’inclinaison et la vitesse de la cible, le tout sans intervention humaine. Jusqu’ici, c’était très compliqué, coûteux et source historique de plantages spectaculaires.
L’entreprise allemande CiS vient de faire sauter ce verrou avec son Precision Landing System (PLS), un logiciel propriétaire qui permet au drone ORKA de se poser pile sur sa base mobile, même par mer déchainée.
Des essais en pleine mer
CiS n’a pas seulement présenté une maquette à Farnborough. L’entreprise avait en effet déjà fait tourner le système en conditions réelles pendant deux semaines à l’exercice naval international SeaSEC 2026, à Rostock en Allemagne, en avril dernier.
L’idée était d’intégrer l’ORKA Dock sur le pont arrière d’un Q-RECON 24, un USV (Unmanned Surface Vessel, autrement dit un bateau sans équipage) construit par une autre PME allemande, FLANQ, puis d’enchaîner les missions comme la protection d’infrastructures énergétiques offshore et la surveillance portuaire. Tous les décollages et atterrissages se sont faits automatiquement, sans personne aux commandes, pendant que le bateau filait jusqu’à 15 nœuds (27,78 km/h) dans la mer Baltique.
Voici à quoi ressemble le système complet :
| Composant | Constructeur | Caractéristiques clés |
|---|---|---|
| Drone ORKA | CiS (Allemagne) | 75 min d’endurance, 5 kg de charge utile, reconnaissance longue portée |
| Hangar ORKA Dock | CiS (Allemagne) | Recharge rapide, ouverture/lancement < 30 s, mode filaire optionnel, batterie de secours |
| USV Q-RECON 24 | FLANQ (Allemagne) | Bateau sans équipage, haute vitesse longue portée, version élargie du Q-RECON (30 nœuds, 30 kg de charge utile) |
| Precision Landing System | CiS (Allemagne) | Logiciel propriétaire d’appontage automatique en mouvement et mer agitée |
L’ensemble forme une plateforme d’ISR (renseignement, surveillance, reconnaissance) totalement sans équipage. Le bateau navigue tout seul, lance son drone tout seul, le récupère tout seul, le recharge tout seul. Si on simplifie : vous appuyez sur un bouton à terre, le système part en mission, et vous récupérez les données.
Bienvenue dans la marine du futur, version low-cost !
Une première mondiale mais des concurrents dans le rétro
Tom Kaufman, fondateur et PDG de l’entreprise, déclarait à Farnborough : « réussir un décollage et un atterrissage entièrement autonomes depuis un USV en mouvement, en exercice réel, sans intervention d’un opérateur, c’est quelque chose qui n’avait jamais été fait. Nous pensons que c’est une première mondiale. »
Ce qui est vrai mais qui mérite d’être un peu nuancé, la concurrence n’est en effet pas en reste. Aux États-Unis, HavocAI, une jeune entreprise du Rhode Island, avait déjà démontré en décembre 2025 au Portugal une capacité multi-domaine air-mer en environnement GPS dégradé. Pas exactement la même chose, mais on s’en approche.
Au Royaume-Uni, Waiv Robotics vient également d’annoncer une première levée de fonds de 7,5 millions de dollars (environ 6,4 millions d’euros) auprès d’investisseurs privés, pour proposer un produit qui cible précisément le décollage et l’atterrissage de drones VTOL depuis des bateaux en mouvement.
Les porte-drones existent déjà, mais à une tout autre échelle
L’idée de transformer un navire en plateforme de drones n’est pas une invention de 2026. Plusieurs marines ont déjà franchi le pas, à des échelles bien plus imposantes que ce que proposent CiS et FLANQ. Petit tour d’horizon.
La Turquie ouvre la danse avec le TCG Anadolu, navire amphibie de 27 000 tonnes initialement conçu sur la base du Juan Carlos I espagnol pour embarquer des F-35B. Après l’exclusion turque du programme américain, Ankara reconvertit le navire en porte-drones. En novembre 2024, un Bayraktar TB3 réalise le premier appontage d’un drone armé sur un grand navire de l’histoire. Depuis février 2026, le TCG Anadolu opère ses TB3 en mer Baltique dans le cadre de l’exercice OTAN Steadfast Dart, avec 232 sorties documentées. C’est aujourd’hui le seul porte-drones opérationnel de l’OTAN.
Le Portugal suit avec le NRP D. João II, mis à l’eau le 7 avril 2026 au chantier Damen de Galați en Roumanie. 107,5 mètres, 7 000 à 9 000 tonnes, 132 millions d’euros financés par le plan européen NextGenerationEU. Premier porte-drones européen pensé dès l’origine pour cet usage, capable de déployer indifféremment drones aériens, drones de surface et drones sous-marins. Mise en service prévue en 2027.
L’Iran a misé sur la conversion massive de porte-conteneurs. Le Shahid Bagheri, ex-cargo de 240 mètres reconverti avec un pont d’envol angulaire de 180 mètres et un tremplin ski-jump, avait été inauguré en février 2025. Capable de transporter jusqu’à 60 drones et de tenir un an sans ravitaillement. Détruit par une frappe de l’US Central Command le 6 mars 2026, soit un an seulement après sa mise en service. Le sister ship Shahid Mahdavi reste en service, et un troisième porte-drones iranien serait en cours de conversion.
La Chine joue plus discrètement. Le Zhu Hai Yun, lancé en 2022, est officiellement un navire de recherche scientifique de 88 mètres, mais identifié par les services américains comme un USV-mère militaire potentiel capable de déployer ses propres drones de surface et sous-marins. Repéré en 2025 dans la zone économique exclusive des Philippines, ce qui n’a rien arrangé aux relations diplomatiques de la région. Un second navire similaire, le CSSC Explorer-1, est également opérationnel, et un porte-drones catamaran serait en construction aux chantiers Jiangsu Dayang.
Un marché de 7 milliards de dollars d’ici 2035
Le marché global des USV pesait 1,95 milliard de dollars (environ 1,66 milliard d’euros) en 2025, et devrait atteindre 7,15 milliards de dollars (environ 6,1 milliards d’euros) d’ici 2035 selon Global Growth Insights. Les applications militaires représentent déjà 61 % des déploiements, et l’Europe figure parmi les marchés les plus dynamiques, avec l’Allemagne identifiée comme leader régional aux côtés du Royaume-Uni.
Pour CiS et FLANQ, le coup de Farnborough est plus qu’une démonstration technique. C’est un positionnement commercial frontal sur un créneau émergent : les petits navires autonomes drones porteurs de drones, autrement dit les plateformes maritimes sans équipage capables de déployer leurs propres moyens aériens : marines, garde-côtes, agences de sécurité maritime et autres opérateurs offshore.
Reste à voir si CiS et FLANQ pourront tenir le rythme face aux mastodontes américains. La technique allemande sait construire des bijoux, mais l’industrialisation à grande échelle n’est pas son point fort historique. Heureusement, sur ce coup, ils ont au moins deux ans d’avance opérationnelle sur les Saildrone et Anduril qui n’ont pas encore montré l’équivalent en exercice réel. Deux ans, c’est court dans l’industrie de défense. C’est juste assez pour signer quelques gros contrats européens et asseoir une réputation.
Le prochain Combined Naval Event devrait apporter quelques réponses. D’ici là, on parie qu’au moins une marine européenne aura commandé son premier ORKA Dock avant la fin de l’année.
Sources :
- EDR Magazine, « CIS unveils ORKA Dock, world’s first autonomous UAS launch and recovery system for moving maritime and mobile platforms » (20 mai 2026)
Article présentant ORKA Dock, un système autonome de lancement et de récupération de drones conçu pour fonctionner depuis des plateformes mobiles maritimes et terrestres. - Global Growth Insights, Unmanned Surface Vessels (USV) Market Size (mars 2026) https://www.globalgrowthinsights.com/market-reports/unmanned-surface-vessels-usv-market-101288 Étude de marché sur le segment USV mondial (1,95 Md$ en 2025, projection 7,15 Md$ en 2035, CAGR 13,88 %).
