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Seul le président de la République française peut donner l’autorisation à la Marine nationale d’utiliser cette arme dont la production vient d’être relancée : le MdCN

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

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L’arme stratégique par excellence repart en production chez MBDA. Le 1er mai 2026, MBDA a annoncé la relance de la chaîne de production du Missile de Croisière Naval (MdCN), aussi …

Seul le président de la République française peut donner l'autorisation à la Marine nationale d'utiliser cette arme dont la production vient d’être relancée : le MdCN

L’arme stratégique par excellence repart en production chez MBDA.

Le 1er mai 2026, MBDA a annoncé la relance de la chaîne de production du Missile de Croisière Naval (MdCN), aussi connu sous le nom de SCALP Naval. Une décision attendue depuis longtemps, qui met fin à une interruption commencée en 2021 après la livraison des derniers exemplaires commandés.

Le MdCN est l’arme stratégique par excellence, c’est elle qui permet à la France de frapper un objectif terrestre à mille kilomètres de ses côtes, depuis une frégate ou un sous-marin nucléaire et la reprise de sa production est donc un marqueur important du retour de la France aux affaires.

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Le MdCN est un beau « bébé » qui fait 6,5 mètres de long pour 1,4 tonne au lancement. Il est propulsé par un petit turboréacteur Microturbo TR 50, qui file à Mach 0,8 (environ 980 km/h) au ras du sol pendant plus d’une heure. À l’arrivée, il dépose 250 à 500 kg d’explosifs sur une cible avec une précision métrique.

C’est un produit de « luxe » qui coûte entre 2,5 à 2,9 millions d’euros pièce. Pour 200 missiles commandés à l’origine, la facture totale dépasse le milliard d’euros, hors développement.

Fiche technique du Missile de Croisière Naval (MdCN)
Fiche technique du Missile de Croisière Naval (MdCN)

Le MdCN équipe deux types de bâtiments : les frégates multi-missions de classe FREMM, depuis 2015, et les sous-marins nucléaires d’attaque de classe Suffren, depuis octobre 2020. Sur frégate, il est tiré par un système de lancement vertical Sylver A70. Sur sous-marin, il sort par un tube lance-torpilles de 533 mm, enfermé dans une capsule étanche qui se brise une fois en surface.

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Une arme stratégique sous contrôle direct du président

Pour qu’on comprenne bien à quel point ce n’est pas « n’importe quel » missile. Sur un navire de la Marine nationale, le commandant peut tirer des missiles Aster, des Exocet, des torpilles ou utiliser l’artillerie. C’est de son ressort. Pour le MdCN, le missile est classé comme arme stratégique. La décision de l’utiliser remonte directement au sommet de l’État, autrement dit jusqu’à l’Élysée.

Pour la petite histoire, le MdCN n’a été tiré en opération qu’une seule fois, dans la nuit du 13 au 14 avril 2018, lors de l’opération Hamilton avec trois missiles lancés contre des sites supposés d’armes chimiques en Syrie (trois missiles devaient être tirés par la frégate Aquitaine, trois autres par la Languedoc mais un problème technique a empêché les trois premiers de partir).

Pourquoi relancer la production maintenant ?

La réponse tient en quatre mots : conflits de haute intensité. La guerre en Ukraine a brutalement rappelé ce que les états-majors savaient depuis longtemps mais que les budgets avaient tendance à oublier : un conflit majeur consomme des munitions à une vitesse vertigineuse. La Russie tire des missiles de croisière Kalibr par centaines sur le territoire ukrainien. L’Ukraine, qui a reçu des SCALP-EG aériens français, en a probablement tiré une centaine en deux ans.

À ce rythme, un stock français de 200 MdCN constitué sur une décennie ne tiendrait pas longtemps dans un conflit comparable. Le ministère des Armées avait initialement envisagé d’en commander 250 unités dans les années 2000, avant de réduire la voilure à 200 pour des raisons budgétaires. Sébastien Lecornu, désormais Premier ministre, avait déjà annoncé en 2025 la remise en production du SCALP-EG aérien, version Rafale du même missile.

La relance s’inscrit dans l’actualisation de la Loi de programmation militaire 2024-2030, présentée en conseil des ministres le 8 avril 2026. Le projet de loi confirme noir sur blanc que les volumes de missiles de croisière SCALP et MdCN font partie des stocks à augmenter d’ici 2030, au même titre que les Aster, Mistral, Exocet, Meteor ou les torpilles de la Marine.
L’effort financier global est massif. Le gouvernement prévoit d’allouer 36 milliards d’euros supplémentaires au ministère des Armées d’ici 2030 pour atteindre l’objectif des 2,5 % du PIB. Le budget de la Défense passera ainsi de 50,5 milliards d’euros en 2025 à 63,3 milliards en 2027, soit un doublement de l’effort depuis 2017. On notera ainsi que les livraisons d’Exocet doivent augmenter de 100 % d’ici 2030 et de 200 % d’ici 2035 par rapport aux objectifs initiaux. Celles des torpilles MU90 et F21 grimpent de 230 % sur la même échéance.
Pour le MdCN, les chiffres exacts ne sont pas publics, ce qui est cohérent avec le caractère sensible de l’arme, mais la mention explicite dans l’actualisation indique que la commande de relance lancée par MBDA est désormais adossée à un cadre budgétaire pluriannuel sécurisé. Une vraie différence avec la situation des années 2010, où les volumes avaient été rabotés faute de financement.

Le MdCN face à la concurrence mondiale

Le club des nations capables de produire un missile de croisière naval reste extrêmement restreint. Voici le panorama mondial en 2026 :

Pays Missile Portée En service depuis
USA Tomahawk Block V 1 600+ km 1983
Russie Kalibr 3M-14 1 500–2 500 km 2015
Chine YJ-18 / CJ-10 naval 1 500+ km ~2015
Israël Popeye Turbo SLCM ~1 500 km ~2000
Royaume-Uni Tomahawk 1 600+ km 1998
France MdCN 1 000+ km 2015
Corée du Sud Hyunmoo-3C naval 1 500 km 2026
Inde BrahMos 290–500 km 2005
Pakistan Babur-3 450 km 2018
Iran Hoveizeh ~1 350 km Opérationnel
Corée du Nord Pulhwasal-3-31 ~1 500 km Tests 2024–2026

La France joue donc dans la cour des grands, mais avec une particularité : c’est l’un des très rares pays, avec les États-Unis, la Russie, la Chine et Israël, à avoir conçu son missile entièrement chez lui. Le Royaume-Uni et l’Australie achètent le Tomahawk américain. L’Inde co-développe avec la Russie. Le MdCN est ITAR free, c’est-à-dire dépourvu de composants américains soumis à autorisation d’exportation. Une indépendance qui coûte cher mais qui garantit la liberté d’emploi.

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L’export en ligne de mire

L’autre intérêt de relancer la production, c’est l’export. Jusqu’ici, malgré ses performances, le MdCN n’avait séduit aucun client étranger. Les frégates de défense et d’intervention vendues à la Grèce peuvent théoriquement le tirer, mais Athènes ne l’a pas commandé. Le Royaume-Uni avait préféré le Tomahawk américain dès 2015.

La donne change avec la Pologne. Varsovie négocie depuis plusieurs années l’achat de nouveaux sous-marins pour remplacer une flotte vieillissante. Naval Group propose ses Scorpène, et l’une des exigences polonaises est précisément la capacité de tirer des missiles de croisière naval. Si le contrat aboutit, ce serait la première vente export du MdCN, avec un effet d’entraînement potentiel sur d’autres clients européens nerveux face à la Russie.

À côté du MdCN, MBDA développe aussi le Stratus, présenté comme une nouvelle gamme de frappe profonde, encore confidentielle. Son concurrent Thales/ArianeGroup vient de tirer en mai 2026, sur l’île du Levant, un nouveau missile FLP-T 150, supersonique à Mach 4, conçu pour une utilisation massive à coût réduit (90 000 à 180 000 euros pièce). Pas le même outil, pas la même mission, mais l’idée d’un arsenal français de frappe à longue portée prend forme.

Reste une question : combien de MdCN la France peut-elle réellement produire par an ? MBDA reste discret. Le missilier a annoncé en mars 2026 une hausse de 40 % de sa production globale, mais sans détailler les ventilations. Dans un contexte où l’Ukraine continue à consommer du SCALP, où les stocks européens sont au plus bas et où l’Iran et la Russie se modernisent vite, la cadence atteinte dans les deux prochaines années dira si la France a réagi à temps ou avec un train de retard.

Sources :

  • DGA / Ministère des Armées, Le missile de croisière naval (MdCN)
    https://www.defense.gouv.fr/dga/missile-croisiere-naval-mdcn
    Fiche officielle de la Direction générale de l’armement présentant le programme MdCN, ses missions et ses caractéristiques techniques.
  • Assemblée nationale, Projet de loi n° 2630 actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 (déposé le 8 avril 2026)
    https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/dossiers/PJL_actualisation_loi_programmation_militaire_annees_2024_2030_diverses_dispositions_defense
    Dossier législatif complet de l’actualisation de la LPM, incluant le texte du projet, l’étude d’impact, l’avis du Conseil d’État et les travaux en commission.
  • MBDA, Fiche produit MdCN/NCM (consulté en mai 2026)
    https://www.mbda-systems.com/products/deep-strike/mdcn-ncm
    Page constructeur officielle présentant les caractéristiques et la filiation du missile dans la gamme Deep Strike.

À propos de l'auteur, Guillaume Aigron