Ce programme français à 110 millions d’euros veut remplacer par des patrouilleurs high-tech les « vieux loups de mer » de la gendarmerie des années 80

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Ce programme français à 110 millions d'euros veut remplacer par des patrouilleurs high-tech les « vieux loups de mer » de la gendarmerie des années 80

Le premier patrouilleur nouvelle génération de la Gendarmerie maritime est entré en service.

Le 21 novembre 2025, la Direction générale de l’armement a réceptionné le Rozel, premier d’une série de six Patrouilleur Côtier de la Gendarmerie de Nouvelle Génération (PCG NG) destinés à la Gendarmerie maritime.

La livraison, officiellement annoncée le 3 décembre, intervient avec environ un an de retard sur le calendrier initial. Elle s’inscrit dans un programme dont la suite reste partiellement en suspens : seules deux unités sont fermement commandées, les livraisons suivantes glissent jusqu’à la fin de la décennie, et la Marine nationale a annoncé qu’elle armerait elle-même le deuxième navire.

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L’histoire du programme commence en août 2022. La DGA notifie un marché à un groupement industriel formé par Socarenam (chantier naval de Boulogne-sur-Mer) et CNN MCO, pour un montant maximal de 110 millions d’euros. Le cahier des charges est de développer et construire jusqu’à six patrouilleurs côtiers nouvelle génération, soit environ 18,3 millions d’euros par bâtiment, maintien en condition opérationnelle compris.

Le besoin est réel. Les patrouilleurs Athos et Aramis, basés à Cherbourg depuis 2015 mais en service depuis 1980-1981, ont été désarmés en décembre 2022 après plus de 40 ans en mer. À cela s’ajoutent quatre unités acquises dans les années 1990, déployées en métropole et outre-mer : la Jonquille à Toulon, le Jasmin à Papeete, le Géranium à Lorient et la Violette à Pointe-à-Pitre… Toutes en fin de vie.

Le bureau d’études retenu est Mauric qui va dessiner une coque capable d’encaisser une mer de force 6 ou plus. La coque acier est assemblée au chantier Socarenam de Calais, l’armement étant réalisé ensuite sur le site de Boulogne-sur-Mer.

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Ce que le Rozel sait faire

Le Rozel est un outil de police maritime, calibré pour leurs missions. Pour les chiffres :  46 mètres de long, 8,5 mètres de large, 350 tonnes en pleine charge, propulsé par deux moteurs diesel de 1 640 kW chacun. Vitesse maximale : 21 nœuds, soit environ 39 km/h. Suffisant pour intercepter un chalutier ou une embarcation suspecte, sans prétendre rivaliser avec un go-fast.

Son rayon d’action atteint 1 200 milles nautiques (environ 2 200 km) à vitesse de croisière de 12 nœuds, avec sept jours d’autonomie sans ravitaillement. Concrètement, le navire peut quitter Cherbourg, patrouiller en Manche pendant une semaine, et rentrer sans escale. Le patrouilleur est prévu pour un équipage de 15 gendarmes, avec 10 places supplémentaires pour des renforts ou des personnes interceptées.

Côté équipement, le navire embarque deux radars, un système électro-optique pour la veille de nuit ou par brouillard, et un petit drone aérien. Cette dernière innovation étend significativement la portée de surveillance : un patrouilleur seul couvre l’horizon visuel d’environ 20 kilomètres, distance que le drone permet de doubler aisément.

L’armement reste mesuré : une mitrailleuse de 12,7 mm en tourelle et des fusils mitrailleurs MAG 58 de 7,62 mm. L’ensemble est clairement calibré pour intercepter, pas pour couler.

Une innovation technique : la rampe arrière

Dans les grandes nouveauté, notons tout de même que le Rozel dispose d’une rampe arrière permettant la mise à l’eau et la récupération rapide d’une embarcation semi-rigide de 6,5 mètres capable de filer 40 nœuds (74 km/h). Sur les anciens patrouilleurs, l’opération se faisait à la grue, plus lentement, et devenait compliquée par mer agitée.

Avec la rampe, le déploiement est quasi instantané, idéal pour les interceptions en mer.

Le navire respecte aussi la norme IMO Tier III, qui plafonne les émissions d’oxydes d’azote dans les zones environnementales sensibles.

Le Beuzeval armé par la Marine nationale, pas par la Gendarmerie

Petite spécificité pour le deuxième PCG NG, le Beuzeval, officiellement jumeau du Rozel et second de la série, qui ne sera pas armé par la Gendarmerie maritime, mais par la Marine nationale. Son premier commandant, le lieutenant de vaisseau Robin Lécuyer, est un officier de marine, ancien de la frégate antiaérienne Jean Bart et du patrouilleur de haute mer Enseigne de Vaisseau Jacoubet.

Nul besoin cependant d’y voir une énième guerre de chapelles entre Gendarmerie et Police nationale, l’explication est opérationnelle. La Marine nationale, propriétaire des moyens nautiques de la Gendarmerie maritime, doit composer avec un déficit capacitaire sur la façade Manche – mer du Nord. Seuls trois patrouilleurs (les PSP Flamant, Cormoran et Pluvier) y assurent les missions de sauvetage de migrants et de surveillance, alors que neuf patrouilleurs de haute mer attendent leur remplacement. Le Beuzeval offre une marge de manœuvre supplémentaire.

Le navire a effectué ses premiers essais en mer du 17 au 25 mars 2026, en compagnie du Rozel. Livraison prévue pour septembre 2026.

Prise d’armement pour essais du Patrouilleur Côtier BEUZEVAL - crédit : Socarenam
Prise d’armement pour essais du Patrouilleur Côtier BEUZEVAL – crédit : Socarenam

Un calendrier qui s’étire

Au moment de la notification du programme en août 2022, la DGA tablait sur une livraison du Rozel au second semestre 2024. Il aura finalement été livré en novembre 2025, soit environ un an de retard pour la tête de série.

Le calendrier des unités suivantes a connu à son tour des ajustements. Selon les informations de Mer et Marine, et pour des raisons budgétaires, la construction du troisième patrouilleur ne démarrera pas avant la fin de 2026 et sa livraison glisse à 2028. Le quatrième est désormais attendu en 2029. Les deux derniers, formulés sous condition dans les documents officiels, sont annoncés à partir de 2030.

Autre ajustement : le sixième et dernier de la série, le Guardiola, devait initialement remplacer la Jonquille à Toulon. Il rejoindra finalement les Rozel et Beuzeval à Cherbourg. Soit trois PCG NG sur six concentrés à la pointe du Cotentin, un choix qui répond aux besoins accrus en Manche (migrations, surveillance des câbles sous-marins, parcs éoliens offshore) mais qui retarde le renouvellement en Méditerranée et outre-mer.

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La suite : 24 vedettes encore à commander

En parallèle du programme PCG NG, la DGA a lancé en février 2025 un appel d’offres pour acquérir 24 vedettes côtières de surveillance maritime (VGMAR) de 22 mètres environ, destinées à remplacer la classe Elorn vieillissante. Le marché aurait dû être notifié courant 2025. Selon Mer et Marine, il ne le sera qu’au début 2026, pour une livraison de la tête de série espérée au plus tôt fin 2027.

Le cahier des charges impose une cadence de quatre vedettes par an sur six ans. Cette série, plus que les six PCG NG, constituera le gros du renouvellement de la flotte côtière française. Sa réussite déterminera la capacité de la Gendarmerie maritime à tenir son périmètre opérationnel sur les vingt prochaines années.

Le Rozel doit désormais faire ses preuves en service actif, et le Beuzeval rejoindre Cherbourg en septembre 2026 sous pavillon Marine nationale. Les quatre autres patrouilleurs attendent leurs commandes fermes, dans un contexte budgétaire qui dictera la cadence réelle du renouvellement.

Sources :

  • Mer et Marine, Le Beuzeval, nouveau patrouilleur côtier de la Marine nationale, débute ses essais en mer (30 mars 2026)
    https://www.meretmarine.com/fr/defense/le-beuzeval-nouveau-patrouilleur-cotier-de-la-marine-nationale-debute-ses-essais-en-mer
    Compte rendu des premiers essais en mer du Beuzeval et précisions sur son calendrier de livraison.
  • SOCARENAM, « Prise d’armement pour essais du patrouilleur côtier Beuzeval » (17 février 2026)

    Prise d’armement pour essais du Patrouilleur Côtier BEUZEVAL


    Communiqué officiel annonçant la prise d’armement du patrouilleur côtier Beuzeval avant ses essais, avec détails sur l’avancement du programme destiné à la Marine nationale.

Image de mise en avant : le Rozet, Patrouilleur Côtier de la Gendarmerie de Nouvelle Génération (PCG NG) – crédit : Socarenam

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