Face aux tensions croissantes dans l’Arctique et aux ambitions militaires des grandes puissances, Ottawa dégaine un plan sans précédent : renouveler toute sa cavalerie blindée avant 2031 et moderniser ses chars Leopard. Une course contre la montre pour garder un coup d’avance.
Ce n’est plus une hypothèse, c’est une stratégie. Le Canada a pris acte de l’évolution des menaces dans le Grand Nord. La Russie renforce sa présence. La Chine s’invite sur le terrain. Et les États-Unis font planer des ombres déstabilisantes. Dans ce contexte, Ottawa passe la vitesse supérieure et engage une transformation majeure de ses capacités terrestres.
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250 blindés pour une armée plus mobile
Le projet canadien ne se limite pas à une simple montée en puissance. Il s’agit d’une refondation complète de la cavalerie mécanisée, prévue entre 2029 et 2031. En tout, 250 véhicules blindés sont attendus pour former le cœur de deux nouveaux bataillons de cavalerie moyenne, dits MEDCAV. Ces engins devront allier mobilité tactique, modularité d’armement et résistance aux menaces modernes. Parmi les exigences : une protection de niveau STANAG 6 (contre des obus de 30 mm et des charges à 10 mètres), des configurations polyvalentes (canons, mortiers, drones-tueurs, postes de commandement, logistique). Le Canada hésite encore entre plusieurs modèles, dont le CV90 de BAE Systems, le Redback sud-coréen et le Lynx allemand.
Objectif 2033 pour les nouveaux chars
En parallèle, le programme HDFM (Heavy Direct Fire Modernization) vise à remettre à niveau les chars Leopard 2A6Men service, tout en préparant leur remplacement. 103 Leopard 2 (versions A4, A4M, A6M) composent actuellement la flotte canadienne. Les plus anciens servent uniquement à l’entraînement, les plus récents sont encore opérationnels, mais pas pour longtemps. Le calendrier prévoit une modernisation des optiques, des systèmes de tir et de l’électronique embarquée d’ici 2033, avant de passer au choix et à l’achat d’un nouveau char de bataille principal. La cohabitation entre l’ancien et le futur est envisagée jusqu’à 2037, date cible pour une force blindée réorganisée.
Tableau des dates clés
| Échéance | Action prévue |
| 2024 | Lancement du contrat de soutien des Leopard 2 |
| 2029-2031 | Livraison des 250 nouveaux blindés AFV |
| 2030 | Début du processus d’acquisition du nouveau char principal |
| 2033 | Fin de la modernisation des Leopard 2A6M |
| 2035 | Retrait progressif des derniers Leopard 2 |
| 2037 | Nouvelle structure blindée pleinement opérationnelle |
Le Grand Nord en ligne de mire
L’épicentre de cette mutation, c’est le Nord canadien. Le territoire arctique devient une zone de plus en plus convoitée. Moscou multiplie les exercices. Pékin y voit un axe stratégique. Washington, lui, mise sur le bouclier antimissile Golden Dome et n’hésite plus à menacer Ottawa verbalement. Le Canada doit pouvoir manœuvrer, frapper et survivre dans cet environnement hostile, où les routes sont rares et les distances colossales. Dans ce contexte, les futurs AFV devront impérativement être capables de franchir des terrains dégradés, fonctionner à -40°C, et suivre le rythme des chars lourds. Les blindés à chenilles retrouvent donc leur pertinence.

Un arsenal à plusieurs visages
Outre les missions classiques de reconnaissance et d’appui, ces nouveaux véhicules devront répondre à une multiplicité de scénarios. La modularité est au cœur de la doctrine :
- Modules de tir direct avec canon de 30 à 50 mm
- Lancements de drones kamikazes
- Versions commandement et guerre électronique
- Transport logistique blindé
- Capacités anti-drones à courte portée
Cette diversification rend l’ensemble de la flotte plus souple et réactive face à des menaces hybrides et changeantes.

Une guerre froide qui ne dit pas son nom
Derrière les annonces techniques, c’est une inquiétude géopolitique majeure qui transparaît. Des scénarios de guerre asymétrique sont aujourd’hui envisagés… y compris contre les États-Unis. Lors d’un exercice de prospective mené par l’armée canadienne, la possibilité d’une invasion américaine a été testée sur table. Officiellement, tout cela est théorique. Mais l’élection de Trump et ses déclarations sur le Groenland ou le Canada n’ont rien arrangé. Ottawa envisage même d’envoyer des troupes en solidarité avec le Danemark pour des exercices en territoire groenlandais.
Une vision à léchéance 2040
Cette réorganisation de l’armée canadienne s’inscrit dans une vision d’ensemble baptisée « Force 2040 ». Elle suppose de nouveaux effectifs, une doctrine adaptée, et des matériels équipés pour durer. Ottawa ne se contente plus de planifier : elle agit en urgence, en injectant des milliards dans ses forces terrestres. Les prochaines étapes, déjà validées au niveau politique, devraient transformer les unités blindées canadiennes en véritable force de projection arctique, capable de faire face aussi bien à des milices irrégulières qu’à des armées étatiques dotées.
Un pari à haute altitude
Le Canada est en train de se réinventer militairement, et cette métamorphose ne passe pas inaperçue. Entre modernisation technique, anticipation géopolitique et volonté de souveraineté opérationnelle, Ottawa construit un nouveau visage de son armée de terre. Un visage plus blindé, plus mobile, plus réactif.
Source : TWZ