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« Vous n’avez même plus de marine » ! Les États-Unis ridiculisent leur plus vieil allié sur fond de crise en Iran en s’attaquant à la Royal Navy

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

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Quand la critique américaine frappe un symbole britannique. « Vous n’avez même pas de marine. Vous êtes trop vieux et vos porte-avions sont obsolètes ». Si c’était n’importe quelle autre …

« Vous n’avez même plus de marine » Les États-Unis ridiculisent leur plus vieil allié sur fond de crise en Iran en s'attaquant à la Royal Navy

Quand la critique américaine frappe un symbole britannique.

« Vous n’avez même pas de marine. Vous êtes trop vieux et vos porte-avions sont obsolètes ». Si c’était n’importe quelle autre nation au monde, l’insulte du président Donald Trump au Premier ministre Keir Starmer ricocherait comme un caillou en bout de course sur la surface d’un lac, mais dans le cas présent, cette diatribe visait ni plus ni moins que le Royaume-Uni et son ex-fleuron, la Royal Navy !

Dans un contexte de tensions avec l’Iran et de fermeture du détroit d’Ormuz, la Royal Navy s’est en effet retrouvée sous le feu des critiques américaines,  Leur président allant même jusqu’à qualifier leur porte-avions  de « jouets ».

Si l’attaque passe mal au pays de sa Majesté, c’est qu’elle n’est pas complètement sans fondement…

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La Royal Navy n’est pas une marine comme les autres. C’est une marque, voire un symbole. Pendant plus de trois siècles, elle a dominé les océans sans subir de défaite stratégique majeure (peut-être Chesapeake en étant vraiment chauvin…).

Le pavillon blanc, le White Ensign, évoque encore aujourd’hui une époque où contrôler les mers signifiait contrôler le monde.

Même après la montée en puissance de l’US Navy au XXe siècle, la Royal Navy a conservé une aura particulière. Toujours respectée, crainte et associée à une forme de confiance nationale.

Ce capital symbolique existe toujours. Le problème… c’est qu’il ne correspond plus totalement à la réalité.

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Une fracture entre perception et réalité

Pendant longtemps, cette image a masqué l’érosion progressive de la flotte qui compte désormais moins de navires et est moins présente sur les mers qu’elle ne l’a été depuis plus de 300 ans !

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. À la fin de la guerre froide, le Royaume-Uni disposait de plus de 50 destroyers et frégates. En 2026, ce nombre est tombé à 13 unités.

Encore faut-il préciser… Ces 13 navires ne sont pas tous disponibles en permanence ! En pratique, quelques unités seulement peuvent être déployées simultanément à haut niveau de préparation.

Une lucidité rare au sommet de la hiérarchie

Ce constat n’est pas seulement celui des observateurs. Il est désormais assumé en interne.

Le chef de la Royal Navy, Gwyn Jenkins, a récemment déclaré que la flotte britannique ne serait pleinement prête pour un conflit majeur qu’à la fin de la décennie.

Il n’en fallait pas moins pour alimenter la machine à critiques britannique qui depuis ne cesse de se demander comment on a pu tomber si bas !

Des porte-avions puissants mais incomplets

Les critiques américaines se sont notamment concentrées sur les porte-avions britanniques. Les bâtiments de la classe Queen Elizabeth, pourtant considérés comme les fleurons de la Royal Navy ont été qualifiés de « jouets » par le président américain.

Le HMS Prince of Wales en 2023.
Le HMS Prince of Wales en 2023.

La comparaison avec les superporte-avions américains est facile mais elle est aussi trompeuse.

Les porte-avions britanniques sont en effet plus petits avec environ 65 000 tonnes, contre plus de 100 000 tonnes pour leurs équivalents américains.

Cela ne les rend pas pour autant inutiles. Ils ont été conçus pour des opérations en coalition, intégrés dans des groupes navals alliés.

Un déploiement récent du HMS Prince of Wales avec 24 chasseurs F-35B a démontré leur capacité réelle. Le navire a parcouru plus de 74 000 kilomètres en huit mois, en coopération avec une quarantaine de pays.

Si critique il doit y avoir, ce serait plutôt dans leur capacité à maintenir ces groupes aéronavals à haut niveau de préparation sur la durée.

Une flotte qui manque de navires intermédiaires, de soutien et avec un taux de disponibilité misérable

Nous en avons parlé dans plusieurs articles récents mais la Royal Navy peut effectivement être montré du doigt dans le sens où 2 événements récents ont prouvé ses faiblesses :

  • Une frégate allemande a dû assurer une de ses missions pour l’OTAN par manque de frégate disponible, e seul déployable étant le HMS Dragon réquisitionné pour faire face aux menaces à Chypre.
  • Le porte-avions HMS Prince of Wales n’a pas été envoyé en Méditerranée sur fond de crise au détroit d’Ormuz car il aurait fallu l’envoyer seul (inenvisageable) ou sous escorte… française (trop humiliant).

Un taux de disponibilité misérable face à sa rivale la Marine nationale

La comparaison entre la Marine nationale et la Royal Navy met en lumière une différence fondamentale qui dépasse largement le simple nombre de navires.

La France dispose certes d’un seul porte-avions contre deux pour la Royal Navy (nucléaire contre conventionnels qui plus est), mais elle affiche surtout un taux de disponibilité proche de 80 % pour l’ensemble de la flotte, ce qui lui permet de déployer rapidement une grande partie de ses moyens, comme à la faveur de la guerre en Iran, où l’Hexagone a réussi à déployer 19 de ses 23 principaux bâtiments de surface en un temps record.

Du côté du Royaume-Uni, seuls 19 % de ses navires majeurs sont immédiatement disponibles, jusqu’à 43 % en incluant ceux en maintenance. Concrètement, cela signifie que la France peut mobiliser la majorité de ses bâtiments en cas de crise comme c’est le cas actuellement, tandis que la Royal Navy doit arbitrer en permanence entre ses engagements.

Indicateur France Royaume-Uni
Flotte totale ~100 navires ~63 navires
Porte-avions 1 (Charles de Gaulle) 2 (classe Queen Elizabeth)
Sous-marins 9 9
Taux de disponibilité ~80 % 19 % / 43 %
Navires réellement déployables ~80 ~8 à 27

 

La France bat à plate couture les flottes militaires américaine et anglaise dans un domaine dont on ne parle jamais : le taux de disponibilité

Une marine en creux mais en reconstruction

Alors, oui, comme nous venons de le voir même si l’attaque de Trump était puéril et particulièrement indélicate, la vérité c’est que la Royal Navy traverse bien une phase délicate. Sa flotte est réduite à « peau de chagrin » et avec un taux de disponibilité qui frise le ridicule.

Cependant, il faut garder à l’esprit que cet état de fait pourrait être corrigé d’ici quelques années puisqu’un grand effort de reconstruction a été engagé.

  • 13 frégates en cours de développement ou de construction,
  • des nouveaux sous-marins nucléaires en préparation,
  • et des navires logistiques en projet

Le problème, c’est le temps… Entre la décision et la livraison, il pourrait s’écouler dix ans.

Vu le contexte actuel, espérons pour le Royaume-Uni et l’Europe que sa flotte tienne jusque là.

Sources :

  • Navy Lookout, The Royal Navy’s reputation takes a battering (06 avril 2026),

    The Royal Navy’s reputation takes a battering


    article d’analyse examinant les critiques récentes visant la Royal Navy, en mettant en perspective son héritage historique, ses capacités actuelles et l’écart croissant entre perception publique et réalité opérationnelle.

  • Global Military, Royal Navy – United Kingdom naval forces overview (consulté en 2026),
    https://www.globalmilitary.net/navies/gbr/
    page de synthèse présentant les capacités navales du Royaume-Uni, incluant les effectifs, les principales classes de navires et les indicateurs comparatifs au niveau international.

Image : Le HMS Prince of Wales

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