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Un missile à 119 milliards d’euros qui n’arrive pas : les Etats-Unis admettent un dérapage massif sur leur futur missile intercontinental, et l’addition devient si lourde qu’il faut une refonte complète

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Said LARIBI

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Le programme Sentinel devait remplacer un système des années 1970, mais il s’est enlisé dans les coûts, les délais et la paperasse : l’US Air Force promet une mise en …

Un missile à 119 milliards d’euros qui n’arrive pas les Etats-Unis admettent un dérapage massif sur leur futur missile intercontinental

Le programme Sentinel devait remplacer un système des années 1970, mais il s’est enlisé dans les coûts, les délais et la paperasse : l’US Air Force promet une mise en service au début des années 2030, sur un ticket qui tourne autour de 119 milliards d’euros.

On parle d’un pilier de la dissuasion américaine, pas d’un gadget. Sauf qu’à force de réécrire le plan, l’horloge avance plus vite que les chantiers. Washington jure que c’est “indispensable”, tout en admettant un dérapage majeur. Et derrière les mots, il y a un vrai test : réussir à livrer un système critique sans se perdre dans le labyrinthe industriel.

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Un calendrier qui glisse sans bruit, mais pas sans conséquence

Le Sentinel (LGM-35A) est censé remplacer le Minuteman III, un missile intercontinental entré en service il y a plus de 50 ans. La cible, désormais, c’est une capacité initiale “au début des années 2030”, après un grand coup de frein sur la trajectoire. Dans un monde où les crises se comptent en semaines, décaler un programme de ce niveau n’est pas neutre : cela allonge la période où l’ancienne flotte doit tenir, avec des pièces, des procédures et des équipes qui vieillissent avec elle.

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La facture change d’échelle, et le Pentagone a dû tirer le frein d’urgence

Officiellement, le programme a franchi un seuil d’alarme budgétaire : la fameuse réévaluation qui oblige à justifier, recalculer et relancer la machine. Les chiffres qui circulent sont massifs : environ 140,9 milliards de dollars estimés dans une approche revue, soit environ 119 milliards d’euros (au taux d’environ 1 $ ≈ 0,845 € début février 2026). C’est le genre de montant qui transforme un débat technique en sujet politique : à ce niveau, chaque trimestre de retard devient une ligne budgétaire, et chaque modification de spécification devient une bataille d’arbitrage.

Interréation de l'artiste du missile balistique intercontinental LGM-35A Sentinel. (Image : Northrop Grumman)
Interréation de l’artiste du missile balistique intercontinental LGM-35A Sentinel. (Image : Northrop Grumman)

Le vrai piège : ce n’est pas la fusée, c’est tout ce qu’il y a autour

On imagine un missile comme un “objet”. En réalité, c’est un écosystème : silos, réseaux, cybersécurité, procédures, maintenance, formation, contrôle qualité. Et c’est souvent là que les programmes trébuchent. Moderniser l’infrastructure au sol, certifier des chaînes entières, sécuriser des flux d’information, rendre tout ça résilient… c’est moins spectaculaire qu’un essai de tir, mais c’est ce qui peut faire exploser les délais. Le Sentinel n’échappe pas à la règle : l’industrialisation du “sol” pèse aussi lourd que l’industrialisation du “vol”.

La dissuasion n’attend pas : prolonger l’ancien système coûte aussi

Quand un programme glisse, la solution la plus simple est de “tenir avec l’existant”. Sauf que tenir coûte : prolongations, modernisations ciblées, requalifications, pièces rares, compétences qui s’érodent. Le risque industriel est double : financer le nouveau tout en évitant que l’ancien ne devienne un gouffre. Et il y a un risque plus discret : la disponibilité réelle. Si la flotte actuelle doit rester crédible plus longtemps, l’effort de maintenance devient une mission stratégique en soi, pas un simple poste d’atelier.

Le programme Sentinel, un défi colossal pour la défense américaine
Le programme Sentinel, un défi colossal pour la défense américaine

Une nouvelle chaîne de décision pour “couper” la bureaucratie

Face aux retards, le Pentagone met en avant une gouvernance resserrée : une fonction de supervision directe censée accélérer les décisions, trancher les compromis et éviter que chaque choix ne se perde dans des comités. L’idée, c’est de gagner du temps sur le papier pour en récupérer sur le terrain. Mais ce genre de réforme a ses limites : elle peut améliorer la vitesse, pas fabriquer des soudeurs, des ingénieurs système ou des fournisseurs du jour au lendemain. C’est une rustine utile, pas une baguette magique.

L’industrie sous pression : talents, sous-traitants et composants critiques

Même avec un plan stabilisé, il faut produire. Or l’aérospatial et la défense se heurtent à une réalité brutale : main-d’œuvre qualifiée, chaînes d’approvisionnement, composants spécialisés parfois “mono-source”. Quand un programme est rebaseliné, il ne repart pas à zéro : il repart avec des équipes fatiguées, des fournisseurs qui ont déjà absorbé des chocs, et des calendriers qui se télescopent avec d’autres grands chantiers. Résultat : le risque n’est pas seulement le retard, c’est aussi la qualité et la capacité à tenir un rythme soutenu une fois la production lancée.

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Ce que Washington cherche vraiment à prouver d’ici 2026

Le point clé, c’est la promesse d’achever la restructuration d’ici fin 2026, puis de repasser une grande étape d’autorisation “propre” avant d’entrer dans une phase plus verrouillée. En clair : remettre un rail sous un train qui roulait déjà. Si cette bascule réussit, l’US Air Force gagne un récit : celui d’un programme critique remis sous contrôle, avec une stratégie d’acquisition plus réaliste. Si elle échoue, le Sentinel deviendra un symbole : celui d’un pays capable de concevoir le plus complexe, mais qui peine à livrer à temps quand les systèmes sont trop lourds.

Source : US Air Force

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