Quand l’intelligence artificielle prend la défense du ciel à basse altitude.
Pendant longtemps, la défense aérienne rapprochée a reposé sur une équation assez simple : voir vite, tirer fort… et espérer viser juste ! Cela marchait quand vous aviez des avions valant plusieurs millions d’euros et donc, en présence limitée. Malheureusement depuis quelques années, un nouvel entrant a bouleversé la donne : le drone. Ces dernies sont petits, nombreux, bon marché, parfois jetables et sont désormais capables de saturer tous les systèmes sol-air qui existaient jusqu’ici. À Doha, lors de DIMDEX 2026, KNDS est venu avec une réponse très concrète : le RAPIDFire Land.
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RAPIDFire Land, une réponse née du terrain
RAPIDFire Land est un système pensé pour entrer rapidement en service, dans un contexte où les drones et les munitions rôdeuses ont cessé d’être des exceptions pour devenir la norme. Il transpose à la terre ferme l’expérience accumulée avec le système naval RAPIDFire, déjà choisi par la Marine nationale pour la protection rapprochée de ses bâtiments.
On ne parle donc pas d’un saut dans l’inconnu, mais d’une adaptation d’un système naval éprouvée sur terre.
Un canon de 40 mm au cœur du dispositif
Au centre du système trône une tourelle téléopérée armée du canon CTA de 40 mm, la même arme que celle montée sur l’EBRC Jaguar de l’armée de Terre française.
Ce canon permet d’utiliser toute la gamme de munitions télescopées de 40 mm, dont une munition spécifiquement pensée pour la défense aérienne : l’A3B. Cette munition explose en vol et projette un nuage directionnel de sous-projectiles en tungstène, conçu pour maximiser les chances d’interception face à des cibles aériennes petites, rapides et peu visibles.
Face à un drone ou à une munition rôdeuse, il ne s’agit plus de percer un blindage, mais de créer un mur létal là où l’objet va passer.
Plus loin, plus longtemps, avec moins de munitions
La munition télescopée de 40 mm joue un rôle central dans cette approche. Par rapport aux calibres intermédiaires classiques, elle offre une portée effective qui dépasse largement celle des solutions de 30 mm, tout en étant environ deux fois plus compacte qu’un obus de 40 mm traditionnel.
Concrètement, cela permet à RAPIDFire Land d’embarquer jusqu’à 140 coups prêts à tirer, un atout majeur lorsque l’on doit faire face à des attaques multiples ou à des essaims de drones. Moins de rechargements, plus de persistance, et une capacité réelle à tenir dans la durée sans dépendre immédiatement de la logistique arrière.
Dans un conflit moderne, cette endurance devient aussi importante que la précision.
Deux configurations pour coller aux réalités opérationnelles
RAPIDFire Land n’impose pas une seule façon de faire la guerre puisque le système est proposé sous deux formes complémentaires :
- la première est une version montée sur châssis blindé 8×8, pensée pour accompagner des forces mobiles, protéger un convoi ou sécuriser une zone avancée,
- la seconde prend la forme d’un module intégré dans un conteneur ISO de 20 pieds, déployable rapidement pour défendre un site sensible : base aérienne, port, infrastructure critique, centre de commandement.
Cette modularité permet d’adapter le même cœur technologique à des contextes très différents, sans multiplier les systèmes hétérogènes. Une approche pragmatique, très recherchée par les armées confrontées à des menaces diffuses et changeantes.
L’intelligence artificielle comme copilote
La véritable nouveauté de RAPIDFire Land se situe dans son cerveau numérique. Le système intègre des algorithmes d’intelligence artificielle capables d’assister l’opérateur dans la détection, la classification et le suivi des menaces aériennes.
L’objectif n’est pas de remplacer l’humain, mais de lui enlever une partie de la charge cognitive, surtout lorsque plusieurs cibles apparaissent simultanément. Dans un environnement saturé, le temps de réaction devient critique et l’IA aide à prioriser, à maintenir les pistes, et à proposer des solutions d’engagement plus rapides.
KNDS parle d’une « bulle de protection » pouvant s’étendre jusqu’à environ 4 km autour de l’actif défendu. Une distance qui, à l’échelle d’un drone, se parcourt en quelques secondes seulement. Chaque milliseconde gagnée compte.
Un système pensé pour le Moyen-Orient… et au-delà
Si RAPIDFire Land a été présenté à Doha, ce n’est bien entendu pas un hasard. Les pays du Golfe sont confrontés depuis plusieurs années à l’usage intensif de drones armés, de munitions rôdeuses et de vecteurs à bas coût utilisés dans des stratégies d’usure.
Dans ce contexte, la demande porte sur des systèmes mobiles, autonomes, capables de tenir le choc sans dépendre uniquement de missiles coûteux. RAPIDFire Land vient précisément combler cet espace entre les défenses lourdes et les solutions légères, avec une logique de défense en couches.
Au-delà du Moyen-Orient, les conflits récents ont montré que la supériorité technologique ne protège plus contre des menaces simples si elles sont bien employées. La défense aérienne rapprochée redevient un pilier central.
Une vitrine de l’ambition industrielle française
RAPIDFire Land n’est pas seulement une arme. C’est aussi une vitrine de l’approche industrielle française en matière de systèmes de combat terrestres : réutilisation de briques éprouvées, intégration progressive de l’IA, modularité, et recherche d’un équilibre entre coût, efficacité et endurance. Dans un monde où les drones se multiplient plus vite que les missiles capables de les intercepter, cette approche pourrait bien devenir la norme.
Fiche technique du RAPIDFire Land :
| Caractéristique | Détails |
| Type | Système d’artillerie téléopéré terrestre 40 mm, anti-drones et courtes portées |
| Développeurs | KNDS France (Nexter) et Thales |
| Canon | 40 mm CTC (télescopé), munitions airburst A3B, cadence 200 coups/min |
| Capacité munitions | 140 obus prêts au tir (carrousel sans maillons), ~30 interceptions |
| Portée | Jusqu’à 4 km (aérien/surface : drones, missiles, hélicoptères) |
| Configurations | Semi-mobile (plateforme 20 pieds) ou mobile (véhicule 8×8/remorque) |
| Optronique | Caméra jour/nuit gyro-stabilisée, télémètre laser IR, suivi automatique |
| Autonomie | Générateur intégré, climatisation, liaison fibre optique C2 |
| Équipage | 2 opérateurs, mode semi-autonome |
| Usages | Protection bases, convois, sites sensibles ; complément Mistral |
Sources :
- DIMDEX 2026
- KNDS