À quoi pouvait bien être destiné ce curieux « char-boule » construit par la Wehrmacht pendant la seconde Guerre mondiale ?
Il y a des machines de guerre qui impressionnent par leur puissance, d’autres par leur taille et puis il y a celles qui… qui ne ressemblent à rien.
Le Kugelpanzer fait clairement partie de cette dernière catégorie.
Pas de tourelle, pas de canon visible, pas de blindage épais… juste une grosse boule d’acier de presque 2 tonnes.
Ce n’est pas un poisson d’avril en retard, cet engin a bien existé et a été construit à la fin de la Seconde Guerre mondiale, probablement en Allemagne, puis envoyé au Japon. Aujourd’hui encore, il est exposé dans un musée russe… et personne ne sait vraiment à quoi il servait !
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Le Kugelpanzer : ce drôle de « char-boule » nazi qui intrigue encore les historiens
Quand on regarde le Kugelpanzer pour la première fois, il y a un moment de flottement. On cherche les repères habituels : où est le canon ? Où est le moteur ? Où est le pilote ?
En réalité, tout est concentré dans un volume minuscule.
Le véhicule mesure environ 1,7 mètre de long pour 1,5 mètre de haut, avec une masse d’à peine 1,8 tonne. Autant dire qu’on est très loin des chars classiques de la Seconde Guerre mondiale, qui dépassent souvent les 20 ou 30 tonnes (voire 188 tonnes dans le cas du Panzerkampfwagen VIII « Maus »).
Il y a deux grandes roues blindées de chaque côté, un habitacle au centre capable d’accueillir un homme, et une petite roue à l’arrière pour stabiliser l’ensemble… et voilà.
Un blindé qui ne protège presque rien
Un petit détail de plus qui intrigue quand on parle du Kugelpanzer, c’est son blindage ridicule de 5 millimètres d’acier.
C’est insuffisant pour arrêter efficacement des tirs d’armes légères à courte distance ! Autrement dit, ce n’était visiblement pas un véhicule conçu pour encaisser.
Nous avons donc un engin qui ne peut pas tenir une ligne, ni affronter un autre blindé, voire même pas adapté contre de l’infanterie ! Comme char, on a vu mieux…

Une technologie simple
N’attendez rien d’un point de vue technique, le Kugelpanzer est un engin « on ne peut plus » pragmatique.
Pas de suspension complexe. Pas de système sophistiqué.
Le moteur est un monocylindre deux temps développant entre 24 et 30 chevaux, comparable à celui d’une moto.
Cela suffit à propulser l’engin à environ 50 km/h, ce qui est assez rapide compte tenu de sa taille.
Mais la conduite devait être loin d’être évidente.
Le pilote est installé au centre, avec une visibilité très limitée à travers une fente. Il doit gérer la direction, la vitesse, et probablement maintenir l’équilibre du véhicule, le tout dans un espace confiné.
Sur terrain accidenté, sans suspension réelle, chaque irrégularité devait être ressentie directement (pour ne pas dire « tape cul »).
À quoi servait le Kugelpanzer ?
Faute d’archives claires, les historiens doivent reconstruire l’usage du Kugelpanzer à partir de ce qu’ils observent.
1 – Première hypothèse, la plus logique, est celle d’un véhicule de reconnaissance.
Un soldat protégé sommairement, capable de se déplacer rapidement, de s’approcher des lignes ennemies, puis de repartir.
2 – Deuxième hypothèse : un rôle de déminage.
L’idée serait d’envoyer ce véhicule devant l’infanterie pour déclencher les mines. Le blindage protège un minimum le pilote, et le reste de l’unité avance derrière, un, peu brutal (surtout pour le pilote) mais efficace.
3- Troisième hypothèse : un poste d’observation mobile
Et puis il y a les hypothèses plus « fantaisistes » qui voit le Kugelpanzer comme un véhicule de liaison, une machine de sabotage, ou même engin conçu pour des missions suicides !
Aucune de ces pistes n’est confirmée et c’est précisément ce qui rend le Kugelpanzer aussi fascinant.
Une histoire qui traverse trois continents
Le parcours du Kugelpanzer ajoute encore au mystère. L’engin a probablement été conçu en Allemagne, possiblement par l’industriel Krupp mais n’a jamais été utilisé en Europe.
Il fut envoyé au Japon, où il rejoint l’armée du Kwantung, en Mandchourie.
Un seul Kugelpanzer est parvenu jusqu’à nous. Il aurait été récupéré par l’Armée rouge en Mandchourie, à la fin de l’été 1945, puis transféré en Union soviétique. Aujourd’hui, il est visible au musée des blindés de Koubinka, près de Moscou, où il est exposé de manière assez discrète sous l’appellation « pièce n° 37 ». Aucun document ne permet d’affirmer qu’il a réellement été engagé au combat. Une autre version avance toutefois qu’il aurait été saisi en Allemagne, sur le site d’essais de Kummersdorf, aux côtés du char super-lourd Maus. Après sa capture, l’engin a été modifié, repeint et débarrassé de son système de propulsion. Sa peinture d’origine n’a été remise au jour qu’en 2000, lors d’une restauration.
Un ovni militaire dans une guerre pourtant bien documentée
La Seconde Guerre mondiale est l’un des conflits les mieux documentés de l’histoire.
Des milliers de véhicules, d’armes, de doctrines ont été étudiés, archivés, analysés… et pourtant, au milieu de cette masse d’informations, le Kugelpanzer reste une anomalie.
On connaît sa forme, ses dimensions, son moteur et basta !
Aucun historien n’est capable de justifier sa mission exacte, pas même son unité d’origine
C’est une anomalie fort rare et c’est probablement pour ça qu’il continue encore de fasciner les historiens et ingénieurs de tout poil autour du globe.
On ne niera en tous cas jamais l’imagination dont savaient faire preuve les Allemands durant cette période !
Sources :
Sources :
- Tank Encyclopedia, Kugelpanzer (25 septembre 2016),
https://tanks-encyclopedia.com/ww2-german-prototypes/kugelpanzer
