Les États-Unis montrent ce que « production à la vitesse de la guerre » veut dire.
Soixante-et-onze jours et pas un de plus ! C’est le temps qu’il a fallu au pays de l’Oncle Sam pour passer d’un concept à un avion prêt à voler.
Le Venom est un prototype d’appareil de frappe autonome qui pourrait bien marquer un jalon dans l’histoire de l’industrie de l’armement des Etats-Unis.
Lire aussi :
- La France enclenche la seconde pour faire de sa marine de guerre une des premières en Europe à intégrer des drones de surface avec DANAE
- Le meilleur drone d’interception d’Europe vient de cette entreprise française qui a conçu sans aucun soutien ce « monstre » pouvant atteindre les 700 km/h
71 jours pour produire le Venom, le prototype qui bouscule les cycles classiques
Le 17 février 2026, à Los Angeles, Divergent Technologies et Mach Industries ont annoncé le lancement de Venom, un prototype d’aéronef de frappe autonome développé en seulement 71 jours.
Dans l’aéronautique militaire, on parle en général plutôt en années, c’est dire le petit exploit que viennent de réaliser les 2 entreprises !
Bien sûr, à ce stade Venom n’est pas encore un système déployé. C’est une plateforme de démonstration et son objectif est clair : prouver qu’avec une architecture ouverte, des outils numériques et une production additive, il est possible d’accélérer drastiquement le cycle conception-prototype-vol.
Architecture modulaire et production numérique : le cœur du modèle
Venom repose sur une architecture ouverte modulaire définie par Mach Industries. Les systèmes avioniques et les outils de simulation proviennent de briques technologiques déjà éprouvées en vol.
De son côté, Divergent a utilisé son système de production numérique baptisé Adaptive Production System. Concrètement, cela signifie :
- conception entièrement numérique
- structures principales produites en fabrication additive
- ailes, fuselage et surfaces de contrôle fabriqués en ensembles monolithiques
- réduction massive du nombre de pièces
Dans l’aéronautique traditionnelle, un fuselage peut comporter des centaines, voire des milliers de composants assemblés. Ici, ces éléments sont remplacés par des structures imprimées en un seul bloc, ce qui implique :
- moins de pièces,
- moins d’assemblages,
- et donc moins de délais.
Un axe stratégique d’affordable mass
L’administration américaine a défini l’axe stratégique : produire en masse des systèmes autonomes à coût réduit. Dans ce contexte, Venom s’inscrit dans une logique d’« affordable mass »: produire beaucoup, rapidement, à un prix maîtrisé.
L’ingénierie parallèle mise en avant par Mach permet de développer matériel et logiciel simultanément. Les tests se font en boucle rapide, simulation et validation étant intégrées dès les premières étapes, ce qui permet un délai comprimé au maximum entre première esquisse et premier vol.
Pour les États-Unis, cela signifie une capacité à réagir rapidement à un besoin opérationnel, sans attendre dix ans de développement.
Production à grande échelle : promesse ou rupture ?
Lukas Czinger, dirigeant de Divergent, affirme pouvoir produire des milliers de cellules par an grâce à cette nouvelle approche.
Si la promesse est tenue, cela bouleverserait la logique industrielle classique. Aujourd’hui, les programmes aéronautiques militaires lourds reposent sur :
- des chaînes d’approvisionnement complexes
- des sous-ensembles multiples
- des certifications longues
- des coûts unitaires élevés
Le modèle Venom vise à simplifier drastiquement cette équation.
Mais attention : passer d’un prototype à une production certifiée, robuste et fiable à grande échelle reste un défi. La fabrication additive de structures critiques exige des contrôles qualité extrêmement stricts.
La démonstration est impressionnante mais la montée en cadence sera le véritable test.
Une évolution qui interpelle l’Europe
En Europe, les programmes de drones de combat ou d’aéronefs de nouvelle génération s’inscrivent encore majoritairement dans des cycles longs, structurés autour de grands maîtres d’œuvre et de consortiums, donc forcément ce projet réalisé en 71 jours attire l’attention.
Bien sûr le Venom n’est pas un équivalent du SCAF ou d’un drone MALE européen (pas du tout la même catégorie) mais il illustre une dynamique industrielle : rapidité, modularité, itérations courtes.
Dans un contexte où la guerre en Ukraine a montré l’importance des drones bon marché produits en masse, ce type de modèle industriel pourrait s’exporter sur le vieux continent dans les années à venir.
Et la France ?
En France, l’écosystème drone n’est pas absent. Loin de là. Dassault Aviation travaille sur le démonstrateur nEUROn depuis des années. Safran développe des briques de propulsion et de navigation autonome. MBDA pousse les concepts de munitions téléopérées et de systèmes collaboratifs. L’armée de Terre déploie désormais des MTO comme la Damoclès, produites par KNDS France.
Même des acteurs issus d’autres secteurs industriels s’impliquent progressivement. Renault, par exemple, explore les synergies entre production automobile numérisée, fabrication modulaire et applications défense, notamment sur les chaînes rapides et la robotisation avancée. L’idée est claire : transférer la culture du volume et de l’industrialisation flexible vers les systèmes militaires.
Mais la différence saute aux yeux : le modèle français reste structuré autour de cycles longs, de validations progressives, d’architectures industrielles lourdes et sécurisées. On privilégie la robustesse, la certification, l’intégration OTAN, la pérennité.
Il y a fort à parier que ce Venom inspirera également l’Hexagone dans ses choix industriels futurs.
Sources :
- PR Newswire, Divergent and Mach Industries Launch VENOM, 17 février 2026
communiqué de presse annonçant le lancement de VENOM - Divergent Technologies, « VENOM Launch » (17 février 2026),
annonce officielle publiée par l’entreprise présentant le positionnement stratégique de VENOM, les éléments techniques clés de la solution et la vision de Divergent en matière de production avancée et de transformation industrielle.