En révélant un 4×4 de 19 tonnes pensé dès l’origine pour porter un canon téléopéré, le duo John Cockerill Defense–ARQUUS envoie un message simple : le transport de troupes peut aussi devenir un outil de feu, sans basculer dans l’usine à gaz.
À Riyad, au World Defense Show 2026, un véhicule a attiré l’œil parce qu’il ne ressemble pas à une improvisation de salon. Le concept : un 4×4 blindé qui transporte une section, mais qui peut aussi appuyer, couvrir, et tenir un carrefour avec un canon de 20 ou 30 mm. Derrière la maquette, il y a une obsession très concrète : survivre dans un environnement saturé de drones, de capteurs et d’embuscades rapides. Et surtout, éviter l’erreur classique : greffer une tourelle plus tard, au prix d’une mobilité dégradée et d’une électronique bricolée.
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Un créneau que les armées redécouvrent à marche forcée
Le marché des blindés aime les catégories bien rangées : d’un côté les véhicules légers de patrouille, de l’autre les gros 8×8 de combat. Entre les deux, il y a un angle mort où beaucoup d’armées se cassent les dents : comment déplacer une équipe complète avec une vraie protection, sans perdre la mobilité, et sans renoncer à une capacité de feu crédible quand la situation dégénère. C’est exactement l’espace que vise le MAV’RX présenté en 2026. Le salon compte parce qu’il concentre des clients qui achètent pour des climats durs, des distances immenses et des menaces hybrides. Et c’est précisément là que le MAV’RX cherche à convaincre : un 4×4 blindé capable d’avaler du sable, de l’irrégulier, du long, tout en gardant une logique d’emploi simple pour des unités qui n’ont pas des effectifs extensibles. Le message industriel est net : ce véhicule n’est pas vendu comme un utilitaire blindé, mais comme un transport de troupes « combat-ready ». Autrement dit : pas seulement se déplacer, mais encaisser, voir et riposter. Sur le terrain, un engin qui ne peut pas appuyer son propre débarquement devient vite un poids mort dès qu’il y a des armes automatiques, des drones d’observation, ou des tirs indirects qui tombent vite. D’où l’idée de mettre la puissance de feu au cœur du concept, et pas en option de dernière minute.
La mobilité comme première arme, surtout dans le désert
Sur un salon comme Riyad, la fiche technique ne suffit pas : ce qui compte, c’est la capacité à tenir la chaleur, la poussière et l’usure. Le MAV’RX se présente avec un poids total annoncé de 19 tonnes, et une architecture pensée pour une endurance réelle plutôt qu’une démonstration de quinze minutes. Les dimensions communiquées (environ 6,98 m de long, 2,55 m de large, 2,73 m de haut) parlent d’un véhicule plein format, mais encore transportable et manœuvrable. Côté motorisation, l’idée est de rester dans du robuste : un diesel 6 cylindres de 8 litres, annoncé à 400 chevaux, associé à une transmission automatique. Ce n’est pas glamour, c’est volontaire : les clients de ce segment veulent du fiable, du maintenable et du prévisible. La suspension indépendante et les pneus 14.00 R20 complètent le tableau : le véhicule est pensé pour rouler longtemps sur un terrain qui détruit la mécanique à petit feu. Les chiffres de franchissement annoncés collent à cette logique terrain dur : pente de 60 %, dévers de 30 %, obstacle vertical de 0,5 m, tranchée d’1 m, gué à 1,2 m. Ce ne sont pas des promesses exotiques, c’est la base pour un véhicule qui doit escorter, contourner, se repositionner, et ne pas être prisonnier de l’axe routier. Or, dans les guerres modernes, rester sur la route, c’est souvent se mettre soi-même dans la boîte de tir.
Protection : l’équilibre entre survivre et rester déployable
Un transport de troupes n’a pas besoin d’être un char. Mais il doit survivre aux menaces les plus probables : armes légères, éclats, mines, et charges improvisées. Le MAV’RX met en avant une conformité à la norme STANAG 4569 pour la protection balistique et contre les mines. La norme n’est pas un trophée : elle cadre un niveau attendu sur un marché où les clients comparent sans état d’âme. Le point intéressant, c’est l’effort sur l’équipement pensé pour les environnements extrêmes : climatisation tropicalisée, gonflage centralisé, run-flat, caméra de recul. Ce sont des briques de survivabilité, parce qu’un équipage épuisé, aveuglé par la poussière, ou immobilisé par une crevaison en zone chaude devient une cible avant même d’avoir tiré. Et puis il y a la logique des options, révélatrice des tendances : protection CBRN, alerte laser, détection de tirs, architecture numérique de type Battlenet pour intégrer radios, GPS, intercom et systèmes de conduite tactique. Ce n’est pas un catalogue pour faire joli. C’est la reconnaissance que la menace vient autant des capteurs et de la guerre électronique que du calibre d’en face. Un blindé qui ne sait pas détecter qu’il est illuminé, ou qui ne sait pas remonter l’information au niveau section, perd une partie de sa valeur.
Une tourelle téléopérée pensée comme cœur, pas comme accessoire
Le pivot du concept présenté, c’est l’intégration d’une station d’armes téléopérée de John Cockerill Defense, la CLWS, annoncée compatible avec un canon automatique de 20 mm ou 30 mm. Cette tourelle n’est pas là pour faire du bruit. Elle transforme le véhicule : on passe d’un transport qui subit à une plateforme qui peut appuyer, neutraliser et dissuader. Pourquoi l’insistance sur « intégrée dès le départ » ? Parce que greffer une tourelle après coup, c’est souvent ouvrir la boîte de Pandore : centre de gravité mal placé, alimentation électrique sous-dimensionnée, refroidissement à revoir, et architecture électronique qui devient un patchwork. Ici, la promesse est l’inverse : dessiner le véhicule en tenant compte de la tourelle, donc de la masse en toiture, des besoins de stabilisation, des capteurs et de la conduite de tir. Dans le combat moderne, si la tourelle apporte des capteurs jour et nuit et un télémètre laser, elle devient un œil au service du groupe, pas seulement un canon. Et dans un environnement de poussière, de chaleur et de visibilité dégradée, cette capacité de détection et de tir précis compte parfois plus que la vitesse pure. La tourelle n’est donc pas un bonus : c’est une manière de rendre le véhicule pertinent face aux menaces actuelles, y compris les drones.
Transporter dix personnes : le détail qui révèle l’ambition
Un chiffre ressort : la capacité annoncée jusqu’à dix personnels. C’est plus qu’une donnée de brochure. Cela indique que le MAV’RX vise un emploi section ou groupe renforcé, pas seulement une patrouille de quatre. Et cela dit quelque chose sur le compromis intérieur : conserver du volume et de l’ergonomie tout en portant une tourelle et un niveau de protection correct, ce n’est pas gratuit. C’est aussi là que le concept peut séduire : dans de nombreux théâtres, le problème n’est pas d’avoir un monstre invincible, c’est de déplacer des hommes vite, souvent, loin, et de leur donner une capacité d’appui immédiate au contact. Un 4×4 de ce format peut faire de l’escorte de convois, de la sécurisation d’axes, du contrôle de zone, de l’intervention rapide, avec un seul type de châssis. La promesse, c’est la polyvalence sans l’inflation de complexité. Et cette promesse a une conséquence directe : moins le parc est divers, plus le soutien devient respirable. Un véhicule multi-rôle bien pensé peut réduire la charge : moins de familles à gérer, moins de formations éclatées, plus de standardisation des pièces. C’est une arme logistique autant qu’un choix tactique.
Le décor de Riyad : pourquoi ce salon change la lecture du programme
Le World Defense Show, c’est une vitrine, mais c’est aussi une chambre d’écho : ce qui y est présenté est souvent calibré pour des besoins du Golfe et, plus largement, des forces qui opèrent dans des environnements extrêmes. Le MAV’RX, s’il veut exister sur ce marché, doit prouver qu’il tient la durée, pas seulement qu’il impressionne. Ce contexte influence la configuration mise en avant : climatisation, endurance thermique, mobilité sur sable. Tout ce qui n’est pas négociable pour des forces qui vivent avec des températures élevées et des distances où l’erreur logistique se paie cash. Un concept qui ignore ce détail est un concept qui finit en photo de salon. Enfin, l’arrière-plan industriel ajoute une couche : l’association ARQUUS et John Cockerill Defense vise justement à proposer une solution intégrée véhicule plus tourelle, plutôt qu’une chaîne de sous-traitance éclatée. Dans une compétition export, livrer un système cohérent, avec un support clair, pèse parfois plus lourd que de gagner quelques kilomètres par heure.
Ce que ce 4×4 annonce pour la suite : feu, capteurs et lutte anti-drones
Le détail le plus révélateur, c’est peut-être la mission implicite : faire face à un champ de bataille où les drones voient tout, où les embuscades se déclenchent vite, et où la frontière entre sécurité et combat s’efface. Un 4×4 qui transporte et qui tire, avec une tourelle téléopérée, devient un outil de réaction. Il peut menacer un pick-up armé, calmer une tentative de harcèlement, et appuyer un débarquement sans exposer un tireur en toiture. Ce n’est pas un remplacement des gros véhicules de combat, c’est une réponse à la zone grise : celle où l’ennemi teste, harcèle, et cherche la faille logistique. Dans cette zone, la rapidité de décision et la capacité à monter un feu précis font la différence. D’où l’importance de l’intégration capteurs, stabilisation et conduite de tir. Le MAV’RX, en tant que concept, est donc un signal : une partie du marché veut des plateformes compactes, mais sérieuses, capables de tenir un rôle de protection et de feu sans basculer dans les coûts et la masse d’un 8×8 lourd. Si l’intégration est propre et si le soutien derrière suit, ce type de blindé intermédiaire peut devenir une nouvelle norme.
Repères : dates et horaires à retenir
| Date / période | Événement | Ce que ça change côté capacité |
| 8–12 février 2026 | World Defense Show 2026 à Riyad | Vitrine export : validation « marché désert » et confrontation aux concurrents |
| 8–12 février 2026 | Présentation publique du concept MAV’RX avec tourelle CLWS | Positionnement : transport + appui-feu, sans dépendre d’une greffe tardive |
Source : World Defense Show 2026