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L’Europe réagit et sécurise de plus en plus sa navigation par satellite avec une contribution importante de la France et de l’Autriche

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Said LARIBI

Said LARIBI

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Pourquoi les systèmes GPS et Galileo sont devenus des cibles ? La navigation moderne ressemble à une immense toile invisible tendue autour de la planète. Avions, navires, voitures, smartphones, réseaux …

L'Europe réagit et sécurise de plus en plus sa navigation par satellite avec une contribution importante de la France et de l'Autriche

Pourquoi les systèmes GPS et Galileo sont devenus des cibles ?

La navigation moderne ressemble à une immense toile invisible tendue autour de la planète. Avions, navires, voitures, smartphones, réseaux électriques, infrastructures critiques… tout repose désormais sur les systèmes de positionnement par satellite.

Ces constellations comme GPS ou Galileo guident aujourd’hui une grande partie de notre monde. Leur signal est pourtant fragile, un simple brouilleur peut perturber une zone entière ! Dans certaines situations militaires, cela suffit à désorienter une unité.

L’Autriche vient donc de décider de passer à l’action. Son ministère de la Défense prépare le lancement de BEACONSAT, le premier satellite militaire autrichien qui devra repérer les perturbations visant les systèmes de navigation satellitaire.

Le satellite doit être placé en orbite dans environ un an par une fusée Falcon 9 de SpaceX. Derrière ce projet se trouve une jeune entreprise de Vienne, GATE Space.

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La navigation par satellite repose sur un principe physique relativement simple : chaque satellite envoie un signal radio extrêmement précis contenant l’heure exacte. Votre récepteur capte plusieurs satellites et calcule la différence de temps entre les signaux. À partir de là, il détermine sa position sur Terre. C’est ce qu’on appelle une triangulation géométrique.

Un problème apparaît cependant : le signal émis depuis l’orbite est très faible lorsqu’il atteint le sol avec une puissance comparable à celle d’une ampoule de quelques dizaines de watts diffusée sur des milliers de kilomètres.

Les HAPS (High Altitude Pseudo-Satellites) sont des plateformes qui flottent ou volent à très haute altitude comme des avions classiques, mais fonctionnent davantage comme des satellites, à la différence qu’au lieu d’opérer depuis l’espace, ils peuvent rester en position dans l’atmosphère pendant des semaines, voire des mois. Ils permettent notamment une surveillance et un suivi très précis, des communications à large bande passante ou encore un soutien aux services de navigation par satellite existants (crédit image : ESA)
Les HAPS (High Altitude Pseudo-Satellites) sont des plateformes qui flottent ou volent à très haute altitude comme des avions classiques, mais fonctionnent davantage comme des satellites, à la différence qu’au lieu d’opérer depuis l’espace, ils peuvent rester en position dans l’atmosphère pendant des semaines, voire des mois. Ils permettent notamment une surveillance et un suivi très précis, des communications à large bande passante ou encore un soutien aux services de navigation par satellite existants (crédit image : ESA)

Ce qui implique qu’un brouilleur terrestre peut facilement couvrir ce signal.

Les militaires connaissent bien ce phénomène : une simple valise électronique peut empêcher la réception GPS dans un rayon de plusieurs kilomètres. Sur un théâtre d’opérations, les conséquences peuvent être terribles :

  • un drone peut perdre sa position,
  • un avion peut voir ses instruments perturbés,
  • une unité terrestre peut perdre son orientation.

BEACONSAT sera là pour observer ces perturbations depuis l’espace.

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Comment BEACONSAT va détecter le brouillage

Le satellite embarquera une charge utile spécialisée dans la détection des interférences GNSS (« systèmes mondiaux de navigation par satellite » comme le GPS).

Cette charge utile est développée par l’entreprise autrichienne IGASPIN.

Le principe ressemble un peu à celui d’un détecteur de pollution, mais ici au lieu de mesurer la qualité de l’air, le satellite analyse l’environnement radioélectrique. Il écoute les fréquences utilisées par les constellations de navigation. Lorsqu’un signal anormal apparaît, il peut en déterminer la nature.

Deux types d’attaques sont surveillés :

  • Le jamming (en français « brouillage »)
    Un émetteur envoie un signal radio puissant pour masquer celui des satellites. Le récepteur ne capte plus rien.
  • Le spoofing (en français « usurpation de signal »)
    La technique est plus sophistiquée. Le système envoie un faux signal GPS. Le récepteur croit recevoir des données authentiques. Sa position devient incorrecte.

Pour comprendre l’effet, imaginez un GPS de voiture indiquant une route située plusieurs kilomètres plus loin. Un navire pourrait se croire au large alors qu’il approche d’un port.

BEACONSAT pourra détecter ces anomalies depuis l’orbite et les données seront ensuite analysées au sol.

Un petit écosystème autrichien qui ne demande qu’à grandir

Le projet est piloté par GATE Space, une entreprise fondée en 2022 à Vienne.

Son activité principale concerne les systèmes de propulsion pour fusées. Cette startup s’est rapidement positionnée dans l’écosystème spatial européen.

Le projet BEACONSAT réunit plusieurs partenaires :

entreprise rôle
GATE Space maître d’œuvre du satellite
Space Inventor (Danemark) fabrication de la plateforme satellite
IGASPIN (Autriche) charge utile de détection GNSS
sous-traitants autrichiens composants et intégration

Le financement reste modeste comparé aux grands programmes spatiaux.

contributeur financement
ministère autrichien de la Défense 1 million d’euros
agence spatiale européenne (ESA, en français « agence spatiale européenne ») 500 000 euros

Le coût total du programme n’a pas été rendu public mais ces montants peuvent sembler faibles à l’échelle d’autres en Europe comme ceux d’Airbus Space. Le projet relève davantage d’une mission de démonstration technologique. L’objectif est d’acquérir de l’expérience opérationnelle.

Une nouvelle orientation pour l’agence spatiale européenne

Un changement important est intervenu au sein de l’agence spatiale européenne.

En novembre dernier, ses vingt-trois États membres ont approuvé une évolution historique. L’agence pourra désormais financer des programmes à double usage civil et militaire.

Dans le langage spatial, on parle de dual-use (en français « double usage »).

BEACONSAT s’inscrit directement dans cette logique.

Les systèmes GNSS servent à la fois :

  • à l’aviation civile
  • aux infrastructures énergétiques
  • aux véhicules autonomes
  • aux opérations militaires

Moritz Novak, directeur général de GATE Space, rappelle que ces constellations constituent une infrastructure invisible soutenant l’économie moderne.

Perturber ces signaux peut désorganiser des secteurs entiers.

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La France est très présente dans la navigation satellitaire résiliente

La France occupe une place importante dans le domaine stratégique de la navigation satellitaire résiliente grâce à son industrie de défense et à ses technologies de PNT (Positioning Navigation and Timing, en français « positionnement, navigation et synchronisation »).

En février 2026, Safran Electronics & Defense a annoncé l’acquisition de la société toulousaine Syntony, spécialisée dans les systèmes GNSS résilients. L’entreprise s’est fait connaître pour ses solutions capables de maintenir une localisation fiable dans des environnements où le signal satellite disparaît, par exemple dans les tunnels ou les métros.

Parmi ses technologies figurent les antennes CRPA (Controlled Reception Pattern Antenna, en français « antenne à diagramme de réception contrôlé »), capables de filtrer les interférences et de résister au jamming ou au spoofing. Ces systèmes deviennent essentiels pour l’aviation, les drones ou les opérations militaires.

Avec l’intégration de Syntony, Safran renforce la position française sur le marché de l’Assured PNT (en français « positionnement, navigation et synchronisation assurés »), un secteur en forte croissance qui pourrait atteindre près de 1,97 milliard d’euros d’ici 2028.

Sources :

  • EO Portal, Galileo FOC – Genesis Project (24 novembre 2024),
    fiche technique présentant le projet Genesis lié au programme européen de navigation par satellite Galileo, détaillant les objectifs de démonstration technologique, l’amélioration de la précision du positionnement et les applications scientifiques associées.
  • Media24, Naissance d’un nouveau géant français sur le marché du positionnement par satellite (13 février 2026),
    article d’actualité analysant l’émergence d’un nouvel acteur industriel français sur le marché du positionnement par satellites (PNT), avec un focus sur les technologies GNSS, les enjeux de souveraineté numérique et la compétition internationale dans ce secteur stratégique.
  • Ministère fédéral de l’Intérieur d’Autriche (BMI), Militärischer Satellit für Österreich vorgestellt (2 mars 2026),
    communiqué officiel annonçant la présentation du premier satellite militaire autrichien destiné à renforcer les capacités nationales d’observation et de communication sécurisée, dans le cadre d’une modernisation des moyens spatiaux de défense.

Image de mise en avant : Les satellites Galileo 27 et 28 fixés à leur dispositif de déploiement en préparation de leur lancement le 2 décembre 2021 (crédit image : ESA-CNES-Arianespace Optique Vidéo du CSG – P. Baudon).

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