La Navy américaine muscle la survie de ses chasseurs.
L’US Navy vient de signer un contrat de 73,8 millions de dollars (62 millions d’euros) avec BAE Systems qui promet d’améliorer considérablement la survivabilité de ses avions dans un ciel devenu beaucoup plus dangereux qu’il y a dix ans.
Ce contrat concerne 1 248 contre-mesures radiofréquence (a priori des Dual Band Decoy), destinées aux avions de combat américains mais aussi à des forces alliées via les ventes militaires à l’étranger.
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Un leurre plutôt qu’un missile pour protéger les avions de l’US Navy
Mis au point par le géant américain BAE System, les Dual Band Decoy sont des leurres radiofréquence tractés, conçus pour attirer à eux les missiles guidés par radar au moment le plus critique, quand l’engin est déjà lancé et verrouillé sur sa cible. Dans ce face-à-face final, quelques secondes font la différence entre un avion qui rentre à la base et un appareil perdu.
Le leurre est un petit module, déployé derrière l’avion, relié par un câble qui est censé émettre une signature radar plus séduisante que celle du chasseur lui-même. Le missile suit la piste la plus logique pour lui pour finalement toucher le leurre, ce qui permet ainsi à l’avion de continuer sa mission.
Ce type de système est généralement associé à la famille ALE-70, même si la désignation officielle n’est pas explicitement mentionnée dans le contrat.
Un ciel saturé et des défenses de plus en plus intelligentes
Les environnements aériens modernes sont désormais dominés par des réseaux de défense intégrés, mêlant radars agiles, capteurs multiples et missiles capables de résister au brouillage classique. Même un avion discret peut se retrouver exposé dès qu’il ouvre sa soute, vole en formation ou opère à portée d’un système sol-air avancé.
La réponse américaine est claire : multiplier les couches de protection : gestion de signature, guerre électronique embarquée, puis effet déporté grâce à un leurre physique. L’objectif n’est pas d’être invisible, mais de casser la chaîne de tir adverse à plusieurs niveaux.
Un atout clé pour les F-35 et l’aéronavale embarquée
Cette logique concerne directement les chasseurs de cinquième génération opérant depuis les porte-avions. Le F-35 dispose déjà de capacités avancées de détection et de brouillage. Le leurre tracté ajoute une dimension supplémentaire : une source radiofréquence séparée physiquement de l’avion, beaucoup plus difficile à discriminer pour un autodirecteur moderne.
Dans un scénario de haute intensité, ce détail complique la solution de tir adverse, augmente la charge cognitive des défenses ennemies et redonne de la liberté de manœuvre aux pilotes.
Un achat massif, pensé comme une munition
Autre détail et non des moindres : ces systèmes seront financés via des lignes budgétaires associées aux munitions. Autrement dit, la Navy les considère comme des consommables. Ce qui révèle la volonté de la première flotte militaire du monde d’avoir à disposition un outil appelé à être utilisé largement.
La commande de 1 248 unités vise à alimenter les forces opérationnelles, les unités d’entraînement et les stocks de guerre, tout en maintenant la cadence industrielle chez BAE Systems.
Une dimension coalition assumée
Une part significative du financement provient des programmes de ventes militaires à l’étranger. L’idée est donc d’en profiter pour alimenter les forces de l’OTAAN avec ce nouveau « gadget high-tech ». L’idée est standardiser ce type de contre-mesures… et d’en tirer bénéfices !
L’armée américaine n’est pas avare lorsqu’il s’agit de protéger ses avions
L’US Air Force et Navy déploient déjà tout un arsenal multicouche pour protéger leurs avions (en particulier les précieux F-35) contre les menaces SAM, drones et missiles air-air modernes. Les pods AN/ALQ-249 (NGJ-MB) sur F-35/F-18 brouillent radars et GPS ennemis tandis que les tanks de leurre MJSU-167/MJUES larguent 180 leurres IR/radar par seconde. Les EA-18G Growler saturent les défenses avec puissance de brouillage directionnelle, escortant les frappes furtives F-22/F-35. À bord, les systèmes AN/AAQ-24(V) NEMESIS (laser + micro-ondes) ciblent les capteurs optiques/IR des missiles hypersoniques. Enfin, les patrouilles P-8A Poseidon + MQ-4C Triton cartographient les menaces en temps réel, permettant des corridors de pénétration optimisés.
Exemples de contre-mesures actuellement en vigueur dans l’Armée américaine :
| Système | Plateforme | Fonction principale |
| AN/ALQ-249 NGJ-MB | F-35, F/A-18 Super Hornet | Brouillage radars/GPS large spectre |
| EA-18G Growler | Porte-avions (Navy) | Guerre électronique offensive/défensive |
| AN/AAQ-24 NEMESIS | F-35, F-15EX | Laser + micro-ondes anti-capteurs missiles |
| ALE-70 | F-15, F-16, A-10 | Leurres directionnels IR/radar automatiques |
| MJSU-167/MJUES | Tous avions de combat | Tanks leurres 180 unités/sec IR/radar |
| P-8A + MQ-4C | Patrouille maritime | Cartographie menaces temps réel |
| AN/ALR-94 | F-22, B-21 Raider | Alerte RWR + détection passive |
Sources :
- BAE Systems, « Dual Band Decoy »,
page produit présentant le leurre radiofréquence bi-bande développé par BAE Systems, ses principes de fonctionnement, ses applications navales et son rôle dans la protection des bâtiments de surface face aux menaces radar et missiles guidés. - The Defense Watch, « BAE Systems secures $73.8M Navy deal for RF countermeasures »,
article d’actualité défense détaillant le contrat remporté par BAE Systems auprès de l’US Navy, son montant, le périmètre des contre-mesures électroniques fournies et les implications industrielles et opérationnelles pour la flotte américaine.
Image : Le Dual Band Decoy de BAE Systems, un leurre tracté de guerre électronique de nouvelle génération, déployé par un avion de combat pour détourner les missiles guidés radar. Grâce à un brouillage radiofréquence multi-bandes à haute puissance, basé sur la technologie au nitrure de gallium, il attire et neutralise les menaces loin de l’appareil, en coordination avec les systèmes de guerre électronique embarqués.