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Le Vietnam pense à la France et au Rafale pour sortir du piège russe : derrière l’avion, c’est une chaîne de maintenance, de munitions et de souveraineté qui peut basculer d’un coup

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Said LARIBI

Said LARIBI

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Hanoï étudie le Rafale pour sortir de la dépendance russe, moderniser une aviation encore largement “soviétique” et muscler sa posture maritime, avec un choix qui pèsera autant sur la logistique …

Le Vietnam pense à la France et au Rafale pour sortir du piège russe : derrière l’avion, c’est une chaîne de maintenance, de munitions et de souveraineté qui peut basculer d’un coup

Hanoï étudie le Rafale pour sortir de la dépendance russe, moderniser une aviation encore largement “soviétique” et muscler sa posture maritime, avec un choix qui pèsera autant sur la logistique que sur la géopolitique.

Un simple bruit de contrat peut parfois dire plus qu’un défilé militaire. Le 4 février 2026, des informations publiées par L’Express ont relancé une hypothèse lourde : le Vietnam pourrait se tourner vers le Rafale. Détail révélateur, un pilote vietnamien aurait déjà volé sur l’appareil, un geste rarement accordé quand les discussions sont superficielles. Derrière l’avion, c’est une question de dépendance, de pièces, de munitions, de chaînes de maintenance, et donc de liberté d’action.

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Le cœur de l’histoire, ce n’est pas un flyer marketing sur les performances du Rafale : c’est la dépendance. Depuis des décennies, une grande partie du parc aérien vietnamien s’appuie sur des chaînes russes, avec ce que cela implique en pièces de rechange, en moteurs, en outillages, et en contrats de soutien. Dans un monde où Moscou est sous sanctions et où les flux industriels sont perturbés, chaque pièce manquante devient un facteur de disponibilité. L’intérêt prêté au Rafale prend alors un sens très concret : diversifier, c’est réduire une vulnérabilité mécanique et logistique. Et c’est aussi se donner le droit de refuser, demain, une contrainte politique déguisée en délai de livraison. La logique est froide : une aviation “moderne” ne se mesure pas seulement au nombre d’avions, mais à la proportion d’appareils prêts, armés et soutenus quand il faut décoller. Cette bascule est d’autant plus crédible que les signaux existent déjà. L’Express rappelle notamment qu’en 2018, dans le cadre d’un déploiement indo-pacifique, des Rafale français ont fait escale au Vietnam, fournissant un premier contact et un terrain d’échanges plus discret qu’un salon. La diplomatie aérienne fonctionne souvent comme ça : une escale, un vol, puis des années de discussions silencieuses.

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Pourquoi le Vietnam ne peut plus s’appuyer seulement sur ses Sukhoï

Le Vietnam n’est pas “sans aviation”. Il aligne notamment des Su-30MK2, considérés comme le pivot de sa chasse, mais ils restent insérés dans une filière russe. Cela permet de tenir une posture régionale, mais pas de neutraliser les problèmes d’usure, de modernisation et de soutien dans la durée. Plus délicat encore : l’aviation vietnamienne utilise aussi des appareils plus anciens dédiés à l’attaque au sol, comme les Su-22, dont la pertinence décroît à mesure que les défenses sol-air, la guerre électronique et la densité radar montent dans la région. Dans ce contexte, garder des plateformes vieillissantes revient parfois à conserver des avions “présents” mais de moins en moins survivables. La pression ne vient pas seulement de la Chine. Elle vient du théâtre lui-même : surveillance maritime, îlots contestés, routes commerciales, zones économiques exclusives, et une compétition permanente pour “voir” avant l’autre. Ici, l’aviation ne sert pas seulement à tirer : elle sert à signaler, à détecter, à tenir une présence armée crédible au-dessus de l’eau. Enfin, il y a la donnée que peu de communiqués mentionnent : l’effort occidental sur le marché vietnamien existe déjà. Des acteurs américains et européens cherchent depuis plusieurs années des ouvertures à Hanoï, sur fond de diversification progressive. Le Rafale, dans ce paysage, n’est pas une anomalie : c’est une option cohérente.

Ce que le Rafale apporte vraiment : polyvalence, capteurs et endurance politique

Sur le papier, le Rafale est un chasseur bimoteur multi-rôles, capable de faire de l’interception, de l’attaque au sol, de la reconnaissance, voire de l’anti-navire selon la configuration. Mais la vraie bascule, c’est la combinaison capteurs + fusion + autoprotection : autrement dit, la capacité à opérer dans un environnement contesté en réduisant la probabilité de “surprise” tactique. L’intérêt pour un pays comme le Vietnam, c’est la polyvalence sans changer de plateforme. Un même appareil peut décoller avec des munitions air-air, de l’attaque de précision et des réservoirs, puis adapter son rôle en fonction de la situation. Cette souplesse réduit le besoin d’avoir plusieurs flottes spécialisées, donc réduit le casse-tête logistique. L’autre point décisif, c’est la survivabilité, donc la confiance en mission. Dans une zone saturée de radars et de systèmes sol-air, la question n’est pas “peut-il voler”, mais “peut-il rester utile” sans se faire verrouiller trop tôt. Un avion qui doit rentrer au moindre signal radar est un avion qui consomme du carburant et du temps… pour produire peu d’effet. Enfin, le Rafale est aussi un objet diplomatique. Acheter occidental, c’est accepter des règles différentes sur les munitions, la formation, la maintenance, parfois les end-users. Mais c’est aussi s’acheter une assurance : celle de ne pas dépendre d’un seul “grand fournisseur” qui peut transformer la moindre crise en levier.

Le Rafale (Source : Dassault Aviation)
Le Rafale (Source : Dassault Aviation)

L’Indonésie et l’Inde montrent la voie : un Rafale peut cohabiter avec du russe

Un argument revient souvent : “Le Vietnam est trop ‘russe’ pour basculer.” Sauf que des pays ont déjà prouvé qu’un mix est possible, à condition de l’assumer. L’Inde a intégré le Rafale tout en conservant un parc important d’avions d’origine russe, illustrant une diversification progressive plutôt qu’un grand soir industriel. En Asie du Sud-Est, l’exemple indonésien pèse encore plus symboliquement : une commande de 42 Rafale a montré qu’un pays non-aligné pouvait miser sur un avion européen en pleine tension régionale. Ce n’est pas une garantie que Hanoï suivra, mais c’est un précédent qui rend le scénario crédible. Ce précédent sert aussi un point rarement discuté : un avion occidental n’arrive jamais seul. Il arrive avec une chaîne de formation, des simulateurs, des stocks, des contrats de soutien, des équipes industrielles, parfois des offsets. Autrement dit, il installe une relation longue. Et dans un contexte où Hanoï cherche à élargir son éventail de partenaires, cette relation peut être vue comme un investissement stratégique. À l’inverse, rester “tout russe” dans un monde où la Russie priorise ses propres besoins militaires et subit des contraintes d’export peut se traduire par une aviation qui vole… moins. Et une aviation qui vole moins, c’est une aviation qui perd ses automatismes, donc sa crédibilité.

Le prix réel n’est pas l’avion, c’est l’écosystème : munitions, maintenance, doctrine

Parler d’un Rafale, c’est parler de tout ce qui l’entoure. Le ticket d’entrée, ce n’est pas seulement un nombre d’appareils et un montant. C’est un modèle de soutien sur 30 ans : rechanges, moteurs, bancs de test, logiciels, mises à niveau, et surtout munitions occidentales. Pour le Vietnam, le défi serait double : maintenir une flotte russe tout en introduisant une flotte occidentale. Cela implique deux cultures de maintenance, deux chaînes de pièces, deux standards. C’est coûteux, mais cela achète aussi une forme de résilience : si l’une des filières est perturbée, l’autre continue. Il y a aussi la doctrine. Un avion multi-rôles moderne pousse à organiser l’aviation autour de la polyvalence et de la donnée : préparation de mission, fusion capteurs, liaisons tactiques, coordination avec la marine et les systèmes sol-air. Ce n’est pas qu’un achat, c’est une transformation lente. Et puis il y a la réalité industrielle côté français : la chaîne de production est sous pression, entre commandes export et besoins nationaux. Toute nouvelle vente devient un sujet de priorisation et de calendrier.

Le Rafale en vol face avant
Le Rafale en vol face avant

Pékin, Moscou, Washington : ce que ce choix “dirait” sans le dire

Un Rafale à Hanoï aurait une portée diplomatique, même si le Vietnam reste fidèle à sa tradition de non-alignement et de prudence stratégique. Pour Pékin, ce serait un signal : le Vietnam renforce ses capacités d’interception et de frappe de précision, donc sa capacité de dissuasion sur mer. Pour Moscou, le message est plus sensible : un client historique qui achète européen indique que la dépendance n’est plus acceptée comme une fatalité. Dans un environnement de sanctions, la question n’est plus seulement “qui vend”, mais “qui peut tenir le soutien” dans la durée. Et c’est précisément le point faible de toute flotte dépendante d’une filière sous contrainte. Pour Washington, le signal serait ambigu mais lisible : le Vietnam se rapproche de standards occidentaux, donc facilite l’interopérabilité de facto, sans pour autant se mettre sous parapluie américain. Le pays explore d’ailleurs des achats occidentaux dans plusieurs domaines, preuve que la diversification est une ligne de fond. Enfin, pour Paris, ce serait un ancrage supplémentaire dans l’Indo-Pacifique : présence industrielle, formation, soutien, et influence dans une zone où la crédibilité se joue aussi sur les contrats et la maintenance.

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Ce que l’on sait, ce qui reste flou : la mécanique d’une vente “très politique”

Soyons précis : au 5 février 2026, il n’y a pas d’annonce de commande vietnamienne. Il y a un faisceau d’indices : un article de L’Express, repris et commenté, qui évoque des discussions avancées et le fait marquant d’un pilote vietnamien ayant pu voler sur Rafale. Reste une question centrale : quel format ? Une petite flotte pour démarrer, destinée à ouvrir la porte à l’Occident tout en gardant les Sukhoï ? Ou une commande plus structurante, qui implique une montée en puissance doctrinale ? Rien n’est public, et c’est normal : les négociations d’avions de combat se font souvent à bas bruit, parce qu’elles touchent aux sanctions, aux financements, et aux équilibres régionaux. Ce qui est sûr, en revanche, c’est la logique stratégique : le Vietnam a tout intérêt à réduire les vulnérabilités de soutien liées à une dépendance unique, surtout dans un environnement où la guerre en Ukraine a réappris à tout le monde que la logistique est une arme.

Repères : dates et jalons à suivre (Vietnam, Rafale, région)

Date / période Événement Pourquoi c’est un signal
2018 Escale de Rafale français au Vietnam (déploiement indo-pacifique) Premier contact concret et échanges possibles
4 fév. 2026 Publication d’informations sur l’option Rafale Indice rare d’échanges opérationnels sérieux
2026 (à surveiller) Suites diplomatiques et industrielles Calendrier, format de flotte, munitions, soutien

 

Source : L’Express

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