Le nouvel avion de chasse de la Corée du Sud a passé le dernier palier avant sa commercialisation.
Après 1 600 vols d’essais étalés sur 42 mois, sans le moindre accident, la Corée du Sud a officiellement fermé le chapitre du développement de son nouveau fleuron : le KF-21 Boramae.
Derrière cette annonce se trouve la Defense Acquisition Program Administration, l’agence sud-coréenne qui supervise les grands programmes d’armement du pays du « matin calme ». Son message est clair : Le KF-21 est fin prêt !
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Le KF-21, nouvel entrant dans le club prestigieux des avions de chasse et concurrent du Rafale ?
Le KF-21 est considéré comme un avion de génération 4,5. Pour le dire autrement, c’est un avion qui n’essaie pas de disparaître complètement des radars, mais qui évite soigneusement de crier sa présence.
Sa cellule est travaillée pour réduire la signature radar, sans aller jusqu’aux contraintes extrêmes d’un F-35. Ses capteurs sont modernes, son architecture électronique est ouverte, ce qui permettra de faiore évoluer l’appareil dans le futur avec l’ajout de nouvelles briques sans tout démonter.
Propulsé par deux moteurs General Electric F414, le KF-21 vise une vitesse d’environ Mach 1,8, soit un peu plus de 2 200 km/h, avec un plafond opérationnel proche de 15 000 mètres. Dix points d’emport externes permettent d’accrocher missiles air-air, munitions guidées de précision et armements à distance de sécurité. Le tout sans transformer l’avion en hérisson aérodynamique.
Un radar qui voit large et suit tout
Au cœur de l’avion, on trouve un radar AESA développé localement par Hanwha Systems. AESA, capable de détecter, suivre et hiérarchiser plusieurs cibles à la fois, dans les airs, sur terre ou en mer.
Pour le pilote, cela change la donne. L’avion devient un poste d’observation mobile, capable de guider des missiles modernes tout en gardant une vision globale de la situation. Le premier standard, appelé Block I, est orienté vers la défense aérienne et la supériorité dans le ciel. La cellule a été pensée avec des marges d’évolution. Des versions ultérieures pourraient intégrer des capacités air-sol renforcées, voire des aménagements internes pour certains armements.
Une campagne d’essais menée comme un marathon
Le programme a vraiment pris son envol avec la sortie du premier prototype en avril 2021, suivie d’un premier vol en juillet 2022. Six prototypes ont été mobilisés. Quatre monoplaces et deux biplaces. Chacun avait son rôle : élargir l’enveloppe de vol, valider les systèmes, tester les séparations d’armement ou encore lancer des missiles d’exercice.
Le dernier vol de développement s’est déroulé au-dessus des eaux proches de Sacheon, le 12 janvier 2026. En coulisses, l’organisation des essais a été accélérée en multipliant les bases utilisées et en intégrant, pour la première fois en Corée, le ravitaillement en vol dans une campagne de tests nationale. Cela permet des missions plus longues et plus réalistes. Certaines évaluations à risque élevé, comme la récupération après des attitudes extrêmes, ont été menées jusqu’au bout et sans incident notable.
Un outil industriel autant qu’un avion de combat
Au-delà de l’appareil lui-même, le KF-21 est un marqueur industriel. Pendant longtemps, Séoul dépendait de transferts technologiques étrangers pour des briques sensibles comme les radars, les systèmes de guerre électronique ou certains logiciels critiques. Ici, une grande partie de ces éléments est conçue et produite localement par Korea Aerospace Industries et ses partenaires.
Cette approche offre plusieurs avantages. Un coût d’acquisition et d’exploitation inférieur à celui des chasseurs furtifs de cinquième génération. Une liberté accrue dans l’intégration d’armements, qu’ils soient nationaux ou européens comme Meteor ou IRIS-T. Une crédibilité renforcée à l’export, car l’avion n’est pas prisonnier de restrictions trop sévères imposées par des fournisseurs étrangers.
Pour la Corée du Sud, c’est aussi une façon de sécuriser des emplois qualifiés et de consolider une filière aéronautique complète, de la conception au soutien en service.
Face au Rafale, deux philosophies qui se croisent sans se confondre
Comparer le KF-21 Boramae au Rafale revient à opposer deux trajectoires industrielles arrivées à maturité à des moments différents. Le Rafale est un avion pensé dès l’origine comme un couteau suisse du combat aérien, capable de faire de la supériorité aérienne, de l’attaque au sol, de la dissuasion nucléaire et des missions navales, parfois au cours d’un même vol. Le KF-21 adopte une approche plus progressive, se concentrant en premier lieu sur la défense aérienne et l’interception, avec une architecture prévue pour monter en gamme au fil des blocs.
Sur le plan technologique, le Rafale bénéficie de trente ans de retours opérationnels, de l’Afghanistan à l’Ukraine indirectement via ses clients, avec un système de guerre électronique SPECTRA qui agit comme un sixième sens pour le pilote. Le KF-21, plus récent, compense par une cellule moderne, un radar AESA national et une logique d’évolution plus ouverte, pensée pour intégrer facilement de nouveaux capteurs et armements.
Côté performances pures, les deux appareils jouent dans une zone proche. Vitesses supersoniques comparables, rayon d’action du même ordre, polyvalence réelle. La différence se fait surtout sur le degré de maturité opérationnelle et sur le positionnement économique. Le Rafale assume un prix plus élevé, reflet de ses capacités multirôles complètes et de son intégration poussée. Le KF-21 vise un coût plus contenu, destiné à permettre des flottes plus nombreuses et un accès plus large à l’export. Deux visions crédibles, adaptées à des stratégies nationales différentes.

KF-21 Boramae vs Rafale :
| Caractéristique | KF-21 Boramae | Rafale |
| Pays constructeur | Corée du Sud | France |
| Génération | 4,5 | 4,5 |
| Entrée en service | À partir de 2026 | 2001 |
| Motorisation | 2 × GE F414 | 2 × Safran M88 |
| Vitesse maximale | ≈ Mach 1,8 | ≈ Mach 1,8 |
| Plafond opérationnel | ≈ 15 000 m | ≈ 15 000 m |
| Points d’emport | 10 externes | 14 (selon versions) |
| Radar | AESA Hanwha Systems | AESA RBE2 |
| Guerre électronique | Intégrée, en évolution | SPECTRA |
| Polyvalence | Défense aérienne, évolution multirôle | Multirôle complet dès l’origine |
| Prix catalogue estimé | 65 à 75 millions € | 90 à 100 millions € |
Une pièce centrale dans l’équilibre régional
Le KF-21 est destiné à remplacer progressivement les vieux F-4 Phantom II et F-5 Tiger encore en service. Il viendra épauler les F-35A furtifs et les F-15K modernisés, formant une aviation en couches, capable de tenir le ciel sur la durée. Les premières livraisons de série sont attendues au second semestre 2026. Quarante appareils Block I doivent être opérationnels d’ici 2028, avec un objectif d’environ 120 avions à l’horizon 2032.
Dans un contexte régional tendu, cette montée en puissance renforce la capacité de Séoul à surveiller son espace aérien, répondre à des incursions et mener des frappes de précision si nécessaire. L’intérêt affiché par des pays comme l’Indonésie, la Malaisie ou les Philippines montre que le KF-21 pourrait aussi devenir un produit d’exportation crédible pour des forces aériennes cherchant une alternative aux offres américaines, européennes ou chinoises.
Le passage des essais au service opérationnel marque un changement de statut : le Boramae n’est plus un projet sur le papier mais un nouvel acteur dans le ciel !