Un avion de chasse de génération 4 « low-cost » ?
La Corée du Sud a enfin dévoilé le prix de son futur avion de chasse, le KF-21 Boramae, développé par Korea Aerospace Industries.
Pour la version Block 1, dédiée à la défense aérienne, le tarif « catalogue » annoncé est de 83 millions de dollars, soit environ 76 millions d’euros. Pour la version Block 2, multirôle complète, le montant grimpe à 112 millions de dollars, soit environ 103 millions d’euros. Ces chiffres concernent l’avion “nu”, sans armement ni soutien sur la durée.
Vu le prix de ses concurrents qui dépassent tous allégrement les 100 millions d’euros pièce, on se dit qu’on tient un nouveau concurrent qui aura sans doute la carte du « low-cost » à jouer sur la scène internationale.
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KF-21 Boramae est annoncé par la Corée du Sud à moins de 80 millions d’euros pièce
Le KF-21 n’est pas présenté comme un appareil révolutionnaire. Il ne cherche pas à rivaliser frontalement avec les avions de cinquième génération les plus avancés. Il se place ailleurs. Génération 4+, bimoteur, radar AESA national, architecture pensée pour évoluer par blocs successifs.
Les versions Block 1 et Block 2 arrivent en production dès cette année. La version Block 3, plus furtive, est annoncée pour la suite, avec un retour d’expérience accumulé sur les premières livraisons. Cette approche tranche avec les programmes occidentaux, souvent lancés très haut sur le papier, et corrigés en vol pendant des années.
Le message coréen est simple : livrer vite, livrer en nombre, et améliorer ensuite.
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Pourquoi ce prix devient possible
À ce niveau tarifaire, la question est inévitable. Comment proposer un chasseur bimoteur moderne à moins de 80 millions d’euros ?
La réponse tient en trois points très concrets.
- D’abord, les volumes nationaux. La Corée du Sud prévoit une commande massive pour sa propre armée de l’air. Les chaînes tournent longtemps. Les coûts fixes s’amortissent.
- Ensuite, une chaîne d’approvisionnement largement nationale. Avionique, radar, structures, logiciels. La dépendance extérieure est limitée, à l’exception notable du moteur américain, encore incontournable.
- Enfin, une philosophie industrielle sans détour politique. Séoul ne conditionne pas ses ventes à des considérations géopolitiques complexes. Pour de nombreux pays, cette neutralité contractuelle devient un argument aussi important que le prix lui-même.
(KAI 2021)
L’avion de chasse le moins cher du monde ?
Comparer les avions de combat uniquement sur leur prix « catalogue » (sans maintenance ni remise) serait une erreur. Pourtant, le prix reste le premier filtre, surtout pour des forces aériennes qui doivent arbitrer entre quantité et sophistication.
Voici comment le KF-21 se positionne face à ses principaux concurrents occidentaux, en prix unitaire estimé, avion nu :
Comparatif des prix unitaires (en euros) :
| Avion de chasse | Génération | Prix estimé par unité |
| KF-21 Block 1 | 4+ | ≈ 76 millions € |
| KF-21 Block 2 | 4+ multirôle | ≈ 103 millions € |
| Rafale | 4,5 | ≈ 105 à 115 millions € |
| Eurofighter Typhoon | 4,5 | ≈ 120 à 140 millions € |
| F-35A | 5 | ≈ 95 à 100 millions € |
| F-15EX | 4++ | ≈ 115 à 120 millions € |
Le constat est net. Le KF-21 Block 1 se place très en dessous du marché. Le Block 2, lui, vient directement marcher sur les plates-bandes du Rafale et du F-35A, avec une promesse différente.
Le cas du Rafale, miroir involontaire du Boramae
La comparaison avec le Rafale s’impose presque naturellement. Les deux appareils occupent un créneau voisin : multirôle, indépendance industrielle forte, export assumé.
Le Rafale a démontré qu’un avion non américain pouvait s’imposer à l’export. Inde, Égypte, Émirats arabes unis, Indonésie. Son prix, généralement situé au-delà de 100 millions d’euros, inclut souvent des équipements avancés et un niveau de maturité opérationnelle éprouvé.
Le KF-21 arrive plus jeune, moins armé aujourd’hui et moins aguerri mais comme on l’a vu son ticket d’entrée est plus bas avec une ouverture industrielle plus large, et une montée en puissance progressive.
Pour certains clients, ce compromis pourrait être séduisant.
Un avion pensé aussi pour ceux qui ne peuvent pas acheter américain
Dans plusieurs régions du monde, l’accès au F-35 reste verrouillé. Raisons politiques. Contraintes stratégiques. Alignements diplomatiques. Le KF-21 vise clairement ces marchés.
Le monde arabe observe. L’Asie du Sud-Est aussi. Là où l’achat d’un avion américain déclenche des discussions sans fin, Séoul propose une alternative pragmatique.
Le discours est constant : coopération technique, participation industrielle, transfert de compétences. Pas de promesses irréalistes. Pas de dépendance totale.
Ce que révèle vraiment l’annonce coréenne
Au-delà du KF-21 lui-même, cette annonce raconte autre chose. Le centre de gravité de l’aviation de combat se déplace lentement. Des acteurs nouveaux arrivent avec des produits crédibles, industrialisés, livrables.
La Corée du Sud ne prétend pas dominer le ciel mondial. Elle propose une équation simple :
un avion moderne, disponible rapidement, à un prix lisible.
Sources :
- defense24.pl, Korea ujawnia cenę myśliwca przyszłości, 03/01/2026
- Korea Aerospace Industries