Actualité

Actualité internationale

Armées de l'air

Industrie

Le plus grand rival de l’Inde utilise leur récent affrontement comme vitrine pour vendre son avion de chasse « low-cost » qui intéresse 13 pays

Publié le

Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

• Temps de lecture

placeholder

Un avion de chasse low-cost déjà éprouvé au combat. À Riyad, au World Defense Show 2026, le Pakistan n’est pas venu les mains vides et a la ferme intention de …

Le plus grand rival de l'Inde utilise leur récent affrontement comme vitrine pour vendre son avion de chasse « low-cost » qui intéresse 13 pays

Un avion de chasse low-cost déjà éprouvé au combat.

À Riyad, au World Defense Show 2026, le Pakistan n’est pas venu les mains vides et a la ferme intention de vendre son fleuron des airs : le JF-17 Thunder Block III, qui présente l’e double avantage d’avoir prouvé ses capacités (accompagné du missile chinois PL-10E) en conditions réelles lors du récent affrontement avec l’Inde et, argument décisif pour de nombreux pays, d’avoir un prix catalogue affiché entre 23 et 46 millions d’euros, soit dans le pire des cas 50% du prix d’un Rafale !

Lire aussi :

Le Pakistan mise sur un chasseur ayant démontré ses capacités en engagement réel pour séduire 13 pays : le JF-17

Le JF-17 Block III est annoncé entre 23 et 46 millions d’euros selon la configuration retenue. Cette fourchette modifie immédiatement l’équilibre budgétaire pour de nombreuses forces aériennes. Certains chasseurs occidentaux récents comme le Rafale dépassent allégrement les 90 millions d’euros l’unité, parfois davantage une fois les armements et le soutien inclus.

En gros, le JF-17 est un avion de chasse « low-cost » qui peut intéresser les pays disposant d’un budget limité, la différence permet d’aligner plus d’appareils, donc plus de patrouilles, donc plus de couverture aérienne.

La Belgique enterre définitivement le Rafale français au profit du F-35 américain avec une nouvelle commande de 11 exemplaires pour renforcer les 34 déjà commandés

Une vitrine diplomatique à Riyad

Le salon saoudien a rassemblé délégations militaires, responsables politiques et industriels venus d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie centrale. Islamabad affirme être en discussion avec 13 pays. Parmi ceux publiquement évoqués figurent le Bangladesh, l’Indonésie, l’Irak, l’Arabie saoudite, la Libye, le Soudan ou encore le Maroc.

L’Azerbaïdjan exploite déjà le JF-17. Sa commande a été portée à 40 appareils dans un accord évalué à environ 4,2 milliards d’euros incluant formation et soutien logistique. L’Indonésie étudie l’acquisition d’environ 40 appareils dans une logique de diversification de flotte.

Le Pakistan met en avant une indépendance vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement occidentales. Le programme est développé conjointement avec la Chine, ce qui permet l’intégration d’avionique et d’armements chinois sans validation américaine pour chaque modification.

Pour certains États confrontés à des restrictions ou à des délais prolongés, cet argument peut peser lourd.

JF-17 pakistanais en novembre 2010.
JF-17 pakistanais en novembre 2010.

Un avion né d’un contexte politique particulier

Le JF-17 Thunder est issu d’accords conclus à la fin des années 1990 entre Islamabad et Pékin, après le gel américain de livraisons de F-16 au Pakistan.

Le premier prototype a volé en août 2003. L’entrée en service opérationnel date de 2010. Le Block I coûtait environ 14 millions d’euros. Le Block II, introduit à partir de 2013, a intégré ravitaillement en vol, matériaux composites supplémentaires, avionique améliorée, capacité d’emport accrue. Son prix s’est rapproché de 23 millions d’euros.

Le Block III constitue aujourd’hui la version export prioritaire. Il intègre un radar AESA KLJ-7A, pour active electronically scanned array (en français « radar à balayage électronique actif »), un affichage casque, un système de commandes de vol électriques, une guerre électronique modernisée, ainsi qu’une compatibilité avec un système IRST, pour infrared search and track (en français « recherche et poursuite infrarouge »).

Sa durée de vie est estimée à environ 4 000 heures de vol, soit près de 25 ans selon le rythme d’exploitation.

Des performances adaptées aux forces aériennes intermédiaires

Le JF-17 mesure 14,3 mètres de long. Son envergure atteint 9,5 mètres. Sa masse maximale au décollage approche 13 500 kilogrammes. Il est propulsé par un moteur russe RD-93MA délivrant environ 91 kilonewtons de poussée.

Sa vitesse maximale se situe entre Mach 1,6 et Mach 1,8, soit environ 1 960 à 2 200 kilomètres par heure à haute altitude. Son rayon d’action de combat avoisine 900 kilomètres sur carburant interne. Avec réservoirs supplémentaires, son autonomie de convoyage dépasse 3 000 kilomètres.

Il peut emporter jusqu’à 3 400 kilogrammes de charges externes réparties sur sept ou huit points d’emport selon configuration. Il conserve un canon interne GSh-23 de 23 millimètres.

Il ne prétend pas rivaliser avec les chasseurs lourds les plus sophistiqués du marché. Il vise une autre catégorie. Celle des appareils multirôles capables d’assurer défense aérienne, frappe au sol, attaque maritime, reconnaissance, dans un format plus accessible.

L’argument de l’engagement réel

Le Pakistan met en avant la confrontation indo-pakistanaise de mai 2025 pour souligner que le JF-17 a démontré ses capacités en engagement réel. Les appareils ont opéré aux côtés de chasseurs chinois J-10. Islamabad affirme que les systèmes ont rempli leurs missions efficacement (l’Inde a reconnu des pertes sans détailler les chiffres).

Dans l’industrie de défense, l’expérience opérationnelle change la perception. Un appareil ayant volé dans un contexte réel rassure davantage qu’un appareil uniquement validé en environnement d’essai.

Le PL-10E et la cohérence du package armement

Le missile PL-10E présenté à Riyad est un missile air-air à guidage infrarouge doté d’un autodirecteur imageur. Il est compatible avec les systèmes de désignation par casque. Le pilote peut engager une cible à fort dépointage, c’est-à-dire à un angle important par rapport à l’axe de l’avion.

Sa portée maximale est généralement estimée entre 20 et 25 kilomètres selon conditions de tir. Le JF-17 peut également intégrer le missile PL-15E à plus longue portée, associé à des distances d’engagement proches de 145 kilomètres dans certaines configurations export.

En exposant l’avion avec ses missiles, Islamabad montre qu’il propose une architecture complète.

Une capacité industrielle encore sous tension

L’industrie pakistanaise produit actuellement entre 16 et 20 JF-17 par an. Une partie importante est destinée à l’armée de l’air pakistanaise, qui exploite déjà plus de 150 exemplaires et doit encore remplacer plus de 250 Mirage et F-7 anciens.

Environ 58 % de la production et de l’assemblage final sont réalisés au Pakistan, 42 % des sous-systèmes proviennent de partenaires chinois. Le moteur RD-93 reste d’origine russe. Dans un contexte marqué par des sanctions internationales liées au conflit en Ukraine, la disponibilité des moteurs constitue un paramètre surveillé.

Des responsables pakistanais indiquent qu’une montée en cadence pourrait intervenir d’ici fin 2027 grâce à l’extension des installations de Kamra. Des lignes d’assemblage supplémentaires et une répartition industrielle ajustée sont envisagées.

Pour les clients export, le calendrier dépendra donc de cette évolution industrielle autant que des décisions politiques.

Le savoir-faire de ce « vieux briscard » de 305 ans est mis à contribution pour le plus grand exercice militaire français depuis la fin de la guerre froide : ORION 26

Une place bien définie dans le paysage mondial

Le JF-17 Block III ne cherche pas à dominer la catégorie des chasseurs lourds de dernière génération. Il se positionne comme une solution multirôle moderne, financièrement accessible, intégrée à un ensemble d’armements cohérent, ayant démontré ses capacités en engagement réel.
Les montants ci-dessous sont des estimations “flyaway” (en français « prix cellule sortie d’usine »), hors armements complets, formation lourde et soutien long terme.

Avion de chasse Pays principal Génération approx. Ordre de prix unitaire (millions €) Remarques principales
F-35A États-Unis 5e génération 64 à 78 M€ Version la plus produite, coûts en baisse grâce aux volumes.
F-35B / F-35C États-Unis 5e génération 78 à 97 M€ B à décollage court, C version navale CATOBAR (en français « catapulte et brins d’arrêt »).
F-22 Raptor États-Unis 5e génération > 140 M€ cellule, > 275 M€ coût programme Production arrêtée, supériorité aérienne pure.
Su-57 Russie 5e génération 32 à 46+ M€ (estimations) Programme en montée en cadence, forte incertitude sur coûts réels.
Chengdu J-20 Chine 5e génération 92 à 110 M€ (estimations) Chasseur furtif lourd chinois, données non officielles.
Rafale F3R/F4 France 4,5e génération 74 à 110 M€ Multirôle avancé, prix variable selon soutien et offset industriel.
Eurofighter Typhoon Europe 4,5e génération 83 à 120 M€ Radar CAPTOR-E AESA, contrats export élevés.
F/A-18E/F Super Hornet États-Unis 4,5e génération 60 à 74 M€ Version navale modernisée, radar AESA.
F-15EX États-Unis 4,5e génération 74 à 92 M€ Très grande charge utile, endurance élevée.
F-16 Block 70 États-Unis 4e–4,5e génération 46 à 64 M€ Version modernisée avec radar AESA.
JAS 39 Gripen E Suède 4,5e génération 55 à 74 M€ Conçu pour coût d’exploitation réduit.
Su-35 / Su-30SM Russie 4e–4,5e génération 37 à 74 M€ Grande autonomie, large palette d’armements.
MiG-29M Russie 4e génération 23 à 37 M€ Chasseur plus léger, largement exporté.
Chengdu J-10C Chine 4e–4,5e génération 37 à 55 M€ Monoréacteur multirôle avec radar AESA.

 

Sources :

  • Arab News, Pakistan promotes JF-17 fighter at Saudi defense show amid export push, 11 février 2026
  • Pakistan Today, PAF showcases JF-17 Block III, Super Mushshak at World Defence Show in Saudi Arabia, 10 février 2026

Image : Un J17 de l’Armée de l’air pakistanaise au Salon de Paris-Le Bourget, juin 2019.

Tags

avion

À propos de l'auteur, Guillaume Aigron