Une PME alsacienne qui bouscule l’ordre établi.
Toute la planète de la défense est dominée par des entreprises géantes sans âme… Toute ? Non ! Car une petite PME alsacienne résiste encore et toujours !
Laissez-nous vous présenter ALM Meca , 17 employés et qui vient ni plus ni moins que de « botter » les fesses de tout un secteur avec son drone Fury, le plus performant d’Europe.
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ALM Meca, l’irrésistible alsacien qui donne une leçon à l’Europe avec son drone Fury
Basée en Alsace, loin des grands pôles médiatiques de la défense, ALM Meca s’est initialement forgée une solide réputation dans l’usinage de précision. Un savoir-faire d’atelier, concret, presque artisanal, appliqué à des secteurs où l’erreur ne pardonne pas : l’aéronautique et la défense.
Puis presque sur un coup de tête, l’entreprise a décidé de ne plus seulement fabriquer des pièces pour les autres et de concevoir un système complet.
Passer de l’atelier au ciel
Concevoir un drone intercepteur, ce n’est pas simplement assembler des composants et c’est bien plus complexe qu’il n’y parait. Il faut- penser l’aérodynamique, la propulsion, les contraintes thermiques et la tenue structurelle à très forte accélération. Tenter de pénétrer ce marché c’est en outre accepter de se mesurer, sans filet, à des acteurs qui disposent de budgets publics et d’équipes pléthoriques.
Le projet est tout de même lancé sur fonds propres, sans programme étatique structurant, sans implication directe de la DGA. Une prise de risque rarement vue dans le paysage français.
Moins d’un an plus tard, le résultat est à la hauteur du pari.
Fury, un intercepteur pensé pour le monde réel
L’entreprise n’a cependant pas choisi la catégorie de son « bébé » sans réfléchir et a ciblé un vide dans les armées de l’air de l’occident : les drones intercepteurs.
Sur les champs de bataille actuels, des drones simples, peu coûteux, souvent dérivés de technologies civiles, saturent les défenses. Ils volent bas, lentement, parfois en essaim. Les intercepter avec des missiles sol-air classiques revient à tirer avec des billets de banque sur des objets en plastique.
Fury est donc prévu pour combler ce manque et donc traquer ces drones de saturation
Une machine compacte, une mécanique extrême
Le drone est de petite taille avec environ 1,1 mètre de long pour une envergure à peine supérieure mais l’intérêt est ailleurs puisque sa vitesse de pointe de 700 kilomètres par heure est trois fois plus rapide que la majorité des drones qu’il est censé intercepter !
Pour atteindre ce régime, ALM Meca a fait un choix radical, celui du microréacteur à kérosène. Une technologie rare, complexe, exigeante, mais qui offre une poussée et une réactivité sans commune mesure avec les moteurs électriques ou thermiques classiques.
Le résultat est spectaculaire. Le drone grimpe presque à la verticale, accélère violemment et peut encaisser jusqu’à 20 G en manœuvre.
Selon les personnes impliquées dans le projet, il n’existe pas aujourd’hui d’équivalent direct en Europe. La seule comparaison pertinente renvoie au Roadrunner américain, développé par Anduril (3500 employés tout de même), ce qui en dit long sur le niveau de performance.
Le drone Fury en pleine action :
Une PME face au mur de l’industrialisation
Le démonstrateur existe, il vole et impressionne, certes. Reste maintenant l’étape la plus difficile : l’industrialisation.
Passer de quelques prototypes à une production en série impose d’autres compétences : chaine logistique, contrôle qualité à grande échelle, certification, cadence etc. Sans partenaire majeur, l’exercice est périlleux.
Les premiers signaux d’intérêt existent, en France comme à l’étranger. Dans un contexte où l’Europe cherche désespérément des solutions crédibles face à la prolifération des drones, Fury arrive au bon moment et il est certain que la petite PME alsacienne ne restera pas longtemps seule avec sa pépite sur les bras.
La France et la DGA ont conscience de son potentiel
Cette trajectoire n’est pas passée inaperçue du côté de l’État. Dès le printemps 2025, le sujet ALM Meca est entré officiellement dans l’arène parlementaire, à travers une question orale déposée à l’Assemblée nationale. ALM Meca est en effet aujourd’hui la seule PME française capable de produire des microturbines pour drones à ce niveau de performance, un savoir-faire classé parmi les meilleurs au monde.
ALM Meca est déjà intégrée à des programmes soutenus par la DGA, notamment Veloce 330 mais à l’époque, l’entreprise faisait face à des difficultés financières. Le ministère des Armées a confirmé suivre le dossier de près, avoir sollicité Safran, Dassault et d’autres industriels français, et avoir déjà engagé une première commande opérationnelle de drones intégrant les turbines d’ALM Meca. Une manière très concrète de soutenir l’entreprise, tout en laissant entendre que d’autres commandes pourraient suivre si les essais se confirment.
Un signal envoyé à toute la filière
Au-delà du drone lui-même, le message est clair. L’innovation de défense ne naît pas uniquement dans les grands programmes. Elle peut émerger dans un atelier, autour d’un microréacteur, portée par une poignée d’ingénieurs et de mécaniciens passionnés qui connaissent leurs métiers.
ALM Meca ne renverse pas la table mais montre qu’il existe encore de l’espace pour l’audace industrielle, même dans un secteur verrouillé.
Fury rappelle à sa façon, les temps des précurseurs de l’aviation français du début du XXe siècle comme Blériot ou Farman, qui ont posé les bases de toute une économie en commençant dans leur garage.
Source :
- https://www.linkedin.com/posts/thierry-berthier-6143bb6a_drones-hypervaezloce-uav-activity-7314032196200062976-36mF
- https://www.challenges.fr/entreprise/defense/il-ny-a-pas-dautre-produit-de-ce-type-en-europe-fury-le-siderant-intercepteur-de-drones-made-in-france_638078
- https://questions.assemblee-nationale.fr/q17/17-305QOSD.htm