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Le futur char européen MARTE valide une étape importante sous l’égide de l’Allemagne tandis que la France joue sa propre partition de son côté

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

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Un char pour unir l’Europe : le programme MARTE franchit un cap décisif à mi-parcours. Le programme européen de char du futur MARTE vient de franchir un cap important : …

Le futur char européen MARTE valide une étape importante sous l'égide de l'Allemagne tandis que la France joue sa propre partition de son côté

Un char pour unir l’Europe : le programme MARTE franchit un cap décisif à mi-parcours.

Le programme européen de char du futur MARTE vient de franchir un cap important : sa revue de mi-parcours validée par la Commission européenne.
En clair, les premières briques techniques, doctrinales et industrielles sont désormais actées.
Un an après son lancement, le projet passe d’une phase de définition à une phase de conception réelle et derrière cette étape, c’est toute la crédibilité de l’Europe dans le combat terrestre qui est en jeu.

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À première vue, MARTE pour Main ARmoured Tank of Europe pourrait passer pour un programme classique de renouvellement capacitaire. En réalité, l’ambition est bien plus large. L’Europe ne cherche pas seulement à remplacer ses chars actuels, mais à concevoir une nouvelle génération de système de combat terrestre capable de répondre aux exigences des conflits de haute intensité.

Ce qui change ici, c’est la logique même de conception. Le char n’est plus vu comme une plateforme isolée, mais comme un nœud dans un réseau de combat. Il doit désormais capter, analyser et partager l’information en temps réel, tout en restant capable de délivrer une puissance de feu décisive.

Cette évolution est directement inspirée des retours d’expérience récents, notamment en Ukraine, où la survivabilité dépend autant de la discrétion numérique que du blindage.

Financé par le Fonds européen de défense, MARTE incarne aussi une volonté politique claire : réduire la dépendance aux solutions extérieures et bâtir une base industrielle cohérente sur le continent.

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Un calendrier ambitieux qui impose un rythme inédit

MARTE a l’ambition d’avancer vite, très vite même puisque l’objectif affiché est d’atteindre une première validation de conception (la Preliminary Design Review) en seulement deux ans. Dans l’univers des programmes de défense, où les cycles s’étendent souvent sur dix ou quinze ans, ce rythme semble ambitieux.

Un an après le lancement officiel en décembre 2024, le programme a atteint son point médian, validé par la commission européenne. Cette étape valide la solidité des bases techniques et organisationnelles.

La suite va entrer dans le dur. Il s’agira désormais de transformer les concepts en architecture concrète, puis en solutions techniques intégrables. KNDS, Rheinmetall et Leonardo joueront un rôle central dans cette phase.

Onze pays autour de la même table : un pari rarement tenté

L’un des aspects les plus remarquables du programme réside dans sa dimension collective. Onze États européens participent au projet, sous leadership allemand, avec un objectif simple en apparence mais extrêmement complexe à mettre en œuvre : parler d’une seule voix.

Dans le domaine des chars, chaque pays a historiquement développé ses propres doctrines, ses propres spécifications et ses propres chaînes industrielles, d’où une fragmentation chronique qui complique les opérations conjointes et renchérit les coûts.

MARTE tente de renverser cette logique en harmonisant les besoins dès la phase initiale. Ce travail a déjà produit deux résultats structurants : un concept d’emploi détaillé, qui définit la manière dont le futur char sera utilisé, et un ensemble d’exigences communes intégrant les attentes des ministères de la Défense participants.

MARTE - infographie

Ce point est essentiel. Pour une fois, les futurs utilisateurs ne sont pas consultés en bout de chaîne, ils sont au cœur du processus. Cela permet d’éviter les divergences tardives qui ont souvent plombé les programmes multinationaux.

Voici la répartition des pays impliqués et leur rôle dans le programme :

Pays Statut
Allemagne État membre UE, coordonnateur du projet via MARTE ARGE et son industrie (Rheinmetall, KNDS Deutschland)
Belgique État membre UE, soutien financier et demandeur potentiel futur
Espagne État membre UE, soutien gouvernemental et participation industrielle
Estonie État membre UE, soutien politique et accès à des technologies de niche
Finlande État membre UE, pays clé du domaine blindé, partenaire industriel et militaire
Grèce État membre UE, soutien via son ministère de la Défense
Italie État membre UE, grand acteur industriel (Leonardo) et soutien national
Pays-Bas État membre UE, soutien gouvernemental et participation industrielle
Norvège Pays de l’Espace économique européen, non membre de l’UE, associé au programme et financeur potentiel
Roumanie État membre UE, soutien via le ministère de la Défense
Suède État membre UE, spécialiste des blindés modernes (CV90) et soutien industriel
France Absente du programme MARTE direct, mais impliquée dans le projet parallèle FMBTech sur les technologies de chars

Et là un détail devrait vous sauter aux yeux : la France n’est pas directement dans MARTE. Et ce choix n’a rien d’un oubli.

La stratégie française : rester dans la course… sans s’aligner

L’absence de la France dans MARTE s’explique moins par une exclusion que par une stratégie industrielle assumée. Paris a fait le choix de se positionner sur un autre programme soutenu par le Fonds européen de défense : FMBTech (Future Main Battle Tank Technologies).

En réalité, l’Europe ne développe pas un seul futur char, mais plusieurs briques en parallèle, portées par différents pôles industriels. D’un côté, MARTE, fortement structuré autour de l’Allemagne et de ses partenaires nord-européens. De l’autre, un pôle plus franco-centré, où la France cherche à garder la main sur les technologies critiques.

FMBTech incarne cette approche. Piloté côté industriel par Thales, il comprend les acteurs de la défense suivants :

Entreprise Pays Cœur de métier
THALES SIX GTS FRANCE SAS France Systèmes de combat, communication, capteurs
ARQUUS France Mobilité militaire, véhicules terrestres
C&V CONSULTING Belgique Conseil stratégique et ingénierie
CY4GATE SPA Italie Cybersécurité et guerre électronique
ENVIRONICS OY Finlande Protection NRBC (nucléaire, radiologique, biologique, chimique)
EIGHT BELLS HELLAS Grèce Ingénierie navale et systèmes complexes
GMV AEROSPACE AND DEFENCE Espagne Systèmes de mission, navigation, simulation
GUARDIARIS Slovénie Simulation et logiciels tactiques
HENSOLDT FRANCE France Capteurs optroniques et radars
ISD AEROSPACE Irlande Simulation et modélisation
MBDA FRANCE France Systèmes d’armement et missiles
MSM LAND SYSTEMS Slovaquie Systèmes terrestres et munitions
KNDS France France Conception de chars et systèmes terrestres
OBRUM Pologne Recherche et développement blindés
POLITECNICO DI MILANO Italie Recherche académique et ingénierie avancée
SAFRAN ELECTRONICS & DEFENSE France Navigation, optronique, électronique embarquée
SAVOX COMMUNICATIONS Finlande Systèmes de communication militaire
SCERTAS GMBH Allemagne Cybersécurité et protection des systèmes
SKYLD SECURITY Chypre Sécurité et protection des données
SOPRA STERIA Norvège Logiciels, systèmes critiques et data
VTT Finlande Recherche technologique avancée
THALES ITALIA Italie Systèmes électroniques de défense
VETRONICS RESEARCH CENTRE Chypre Architecture électronique embarquée
VOJENSKÝ VÝZKUMNÝ ÚSTAV République tchèque Recherche militaire et tests
WOJSKOWA AKADEMIA TECHNICZNA Pologne Recherche académique défense
WOJSKOWY INSTYTUT TECHNIKI Pologne Technologies blindées et automobiles

 

le programme ne vise pas directement un char complet. Il se concentre sur les éléments clés : tourelle, systèmes de combat, intégration de l’armement, architecture électronique. Le financement, autour de 20 millions d’euros via le FED, reste modeste comparé à l’ambition globale, mais l’objectif est ailleurs : maîtriser les briques technologiques décisives.

Dans ce contexte, la France joue une partition fine. Elle reste engagée dans la coopération européenne, tout en évitant de s’intégrer dans une architecture dominée par l’industrie allemande. Une forme de « concurrence douce », où chacun développe ses atouts en vue d’une convergence future… ou d’un arbitrage.

Trois programmes, trois visions : l’Europe du char avance… mais pas d’un seul bloc

À côté de MARTE et FMBTech, un troisième programme structure le paysage : MGCS (Main Ground Combat System). Officiellement relancé entre Paris et Berlin, MGCS reste aujourd’hui dans une phase encore très en amont, centrée sur les études et la définition d’architecture. Une société de projet dédiée a été créée à Cologne, réunissant KNDS France, KNDS Deutschland, Rheinmetall et Thales à parts égales, avec pour objectif de structurer les travaux autour de huit piliers technologiques, allant de la plateforme au combat collaboratif en passant par les capteurs ou la simulation.

Sur le papier, MGCS est le programme le plus ambitieux. Il ne s’agit pas seulement d’un char, mais d’un véritable système de combat terrestre, intégrant drones, réseaux numériques, fusion de capteurs et aides à la décision. Les premiers démonstrateurs sont attendus autour de 2030, pour une entrée en service qui pourrait dépasser 2040. En parallèle, des budgets significatifs sont engagés, avec près de 98 millions d’euros inscrits côté français pour la phase actuelle.

Cette ambition a un coût : le calendrier est long, et les équilibres politiques restent fragiles. Le programme est régulièrement freiné par des tensions industrielles franco-allemandes, et dépend désormais d’autres coopérations stratégiques comme le SCAF. Résultat, plusieurs pays envisagent déjà des solutions transitoires, comme de nouvelles versions du Leopard 2, pour combler le vide capacitaire d’ici là.

Au final, l’Europe ne suit pas une trajectoire unique, mais trois approches complémentaires (et parfois concurrentes) du char de demain : une approche rapide et intégrée avec MARTE, une approche technologique ciblée avec FMBTech, et une vision long terme très ambitieuse avec MGCS.

Programme Objectif Pilotage Approche Calendrier
MARTE Concevoir un char européen complet (MBT) Allemagne (KNDS Deutschland, Rheinmetall) Système intégré multinational (11 pays) Court / moyen terme (PDR en 24 mois)
MGCS Remplacer Leclerc et Leopard 2 Franco-allemand (KNDS, Rheinmetall, Thales) Système de systèmes très avancé Long terme (prototype ~2030, service après 2040)
FMBTech Développer les technologies clés du futur char France (Thales, Nexter, partenaires UE) Approche modulaire par briques technologiques Court / moyen terme (R&D et démonstrateurs)

 

Sources :

  • KNDS, MARTE: Main Armoured Tank of Europe (6 mars 2026),
    https://knds.com/en/press-releases/marte-main-a-rmoured-tank-of-europe
    communiqué officiel présentant le projet européen MARTE visant à développer le futur char de combat principal, avec un accent sur la coopération industrielle et les objectifs de souveraineté européenne.
  • Thales, Lancement du projet européen FMBTech pour développer les technologies du futur char de combat (5 mars 2026),
    https://www.thalesgroup.com/fr/actualites-du-groupe/communiques-de-presse/lancement-du-projet-europeen-fmbtech-pour-developper-les
    communiqué annonçant le lancement du projet FMBTech, destiné à développer les briques technologiques du futur char européen, notamment en matière de capteurs, de connectivité et de systèmes embarqués.
  • INAS France, MGCS : ambition et souveraineté européenne (consulté en 2026),

    MGCS : entre ambition de souveraineté européenne et labyrinthes politico-industriels


    article d’analyse présentant le programme MGCS (Main Ground Combat System), ses enjeux industriels et stratégiques, ainsi que son rôle dans la construction d’une autonomie européenne dans le domaine des systèmes terrestres de défense.

Image de mise en avant : Représentation d’artiste créée à partir de Dall-E et de Canva du MARTE

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À propos de l'auteur, Guillaume Aigron