Des insectes vivants équipés de micro-capteurs et d’un “sac à dos” électronique, pilotables en essaim, seraient déjà testés avec des clients OTAN. L’idée est simple et brutale : faire de la reconnaissance dans les endroits où les drones échouent, avec une signature quasi nulle.
Un micro-drone fait du bruit, soulève de l’air, éclaire parfois, et finit souvent coincé dans un couloir trop étroit. Un insecte, lui, grimpe, se faufile, se relève, et traverse des gravats comme si c’était son métier. C’est cette évidence biologique que certains industriels veulent détourner au profit des forces armées. Et quand on parle d’immeubles, de tunnels et de “dernier kilomètre”, le malaise devient un avantage tactique.
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Une promesse qui claque, entrer là où les drones ne passent plus
Une jeune pousse allemande, SWARM Biotactics, affirme avoir déployé des essaims d’insectes “cyborg” auprès de clients de l’OTAN, dont la Bundeswehr. Le cœur du concept tient en une phrase : de la reconnaissance très courte portée, en milieu urbain et souterrain, là où les petits drones rencontrent leurs limites. Pièces exigües, poussière, obstacles, GPS absent, propagation radio dégradée. Dans cet environnement, chaque seconde passée à hésiter coûte cher, et envoyer un binôme en éclaireur peut être une mauvaise idée. L’intérêt militaire est direct : si un groupe peut “ensemencer” un bâtiment ou un réseau de tunnels avec des insectes pilotables, il obtient une image de la situation sans exposer une équipe de reconnaissance. C’est la logique du renseignement à bas risque. Et c’est aussi une manière de contourner les défenses anti-drones improvisées qui se multiplient.
Biohybride, l’évolution a déjà résolu la mobilité
Le terme “cyborg” sonne science-fiction, mais l’approche est plus froide. On part d’un organisme qui sait déjà se déplacer, grimper, franchir des débris et survivre dans un milieu hostile. Puis on ajoute un minimum d’électronique pour capter, traiter et transmettre. C’est l’inversion du robot classique : au lieu de construire un châssis et d’essayer de lui donner une démarche, on utilise le vivant comme base de mobilité et d’endurance. À cette échelle, la difficulté n’est pas de faire avancer l’engin, c’est de le contrôler, de miniaturiser les capteurs, de sécuriser la liaison, et d’obtenir une répétabilité suffisante. Le vivant est performant, mais il est variable. C’est là que la promesse “essaim programmable” devient intéressante : l’effet de masse peut compenser les écarts individuels.

Le “sac à dos” qui change tout, capteurs, calcul embarqué, lien court
Le principe décrit repose sur un mini module embarqué, microcontrôleur, batterie, capteurs, communication courte portée. On parle de caméras, mais l’intérêt ne se limite pas à l’image. Dans un tunnel ou un immeuble, un petit capteur acoustique, une détection chimique, ou une cartographie radio peuvent parfois valoir plus qu’une vidéo tremblante. Le but est de détecter une présence, un mouvement, un “point chaud”, et de le signaler. Le traitement en bord, même rudimentaire, devient un atout : filtrer, compresser, repérer une silhouette, détecter une anomalie sonore. Cela réduit la bande passante, évite d’inonder le réseau, et rend l’essaim plus discret et plus utile.
Le pilotage par stimulation, le détail qui dérange et qui limite
Le contrôle évoqué passe par une stimulation bioélectronique, typiquement via de minuscules électrodes qui influencent certains centres nerveux pour provoquer un virage ou modifier la vitesse. Sur le papier, c’est élégant. Dans la réalité, le contrôle du vivant n’a pas la précision d’un moteur électrique. Il y a de la variabilité, de l’habituation, et des comportements imprévus. C’est là que l’industrialisation devient un défi. Un système crédible doit fonctionner sans une équipe de laboratoire autour. Il doit être utilisable par une unité, dans la poussière, dans le stress, sous brouillage. Le cœur du débat, ce n’est pas “est-ce possible”, c’est “est-ce répétable et opérationnel”.

Le vrai besoin, la reconnaissance des 50 derniers mètres
Ce type de solution ne vise pas le renseignement de théâtre. Il vise le dernier segment, entrer dans une pièce, regarder derrière une porte, explorer un couloir effondré, vérifier un passage. Là où un micro-drone peut se faire repérer ou perdre sa navigation, l’insecte passe presque pour un élément du décor. Dans une guerre urbaine, cette “micro reconnaissance” peut éviter des pertes. Elle peut aussi accélérer la prise de décision. Et plus la menace drones progresse, plus les unités cherchent des moyens qui ne se lisent pas au radar et ne se repèrent pas à l’oreille. Ici, l’avantage est la signature faible et le coût potentiel par unité.
Les vulnérabilités, brouillage, obstacles, et contre-mesures très simples
Un essaim d’insectes cyborg n’est pas invincible. Les liaisons à très faible puissance peuvent être dégradées par le brouillage, et l’intérieur des bâtiments casse les transmissions. Les adversaires peuvent aussi répondre par des moyens rudimentaires, barrières, insecticides, filtres, filets, ou simple nettoyage. Le vivant est discret, mais il reste fragile. Autre limite : la charge utile. Plus on ajoute de capteurs, plus on augmente la masse, donc la signature et la difficulté de déplacement. L’équilibre est serré. Un système vraiment utile devra trouver le bon point entre capteurs et mobilité.
Pourquoi ce concept intéresse l’OTAN, et pourquoi il peut déraper
Si cette technologie se confirme, elle répond à une tendance lourde : tout ce qui réduit la signature et évite l’exposition humaine devient précieux. L’OTAN, et en particulier des armées européennes, accélèrent l’innovation, parfois en acceptant des solutions qui auraient été jugées trop “étranges” il y a dix ans. Mais ce type d’outil soulève aussi des questions, contrôle, éthique, et escalade technologique. Une fois que l’on intègre le vivant à la chaîne de capteurs, la frontière entre biomimétisme et biohybride se brouille. Et dans une logique d’attrition, les systèmes qui coûtent peu et se déploient en masse ont un avantage. C’est exactement ce que l’essaim promet.
| Atout recherché | Pourquoi c’est utile |
| Signature très faible | difficile à détecter dans un bâtiment |
| Mobilité naturelle | franchit gravats, marches, fissures |
| Effet essaim | compense les pertes et les erreurs |
| Capteurs miniatures | image, son, chimie, cartographie radio |
Source : SWARM Biotactics