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L’Allemagne continue de mettre la pression sur la France pour le projet d’avion de chasse commun SCAF en envisageant l’achat de 35 F-35 de plus

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

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Berlin s’apprête-t-elle à doubler la mise sur le F-35 ? Le SCAF en sursis C’est une rumeur qui, à Paris, fait grincer des dents : l’Allemagne envisagerait d’acheter jusqu’à 35 …

L'Allemagne continue de mettre la pression sur la France pour le projet d'avion de chasse commun SCAF en envisageant l'achat de 35 F-35 de plus

Berlin s’apprête-t-elle à doubler la mise sur le F-35 ? Le SCAF en sursis

C’est une rumeur qui, à Paris, fait grincer des dents : l’Allemagne envisagerait d’acheter jusqu’à 35 F-35 supplémentaires, doublant ainsi la ise des 35 déjà commandés en 2022.

Déjà acheter américain n’est pas « vraiment » du goût de Paris mais cet achat met la pression sur l’avenir du projet SCAF qui semble un peu plus chaque jour hypothéquer ses chances d’exister.

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Une commande qui change la donne stratégique

Selon Reuters, Berlin étudie sérieusement l’hypothèse d’un second lot de Lockheed Martin F-35A Lightning II, au-delà des 35 déjà validés par le Bundestag en décembre 2022 pour environ 10 milliards d’euros.

Chaque appareil dépasse les 80 millions de dollars à l’achat. En intégrant moteurs F135, équipements au sol, logistique, infrastructures et certification nucléaire, la facture cumulée pourrait dépasser 15 milliards d’euros si la flotte s’étend.

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Le SCAF fragilisé ?

Le Future Combat Air System ou Système de combat aérien du futur pour la France (SCAF), lancé en 2017 par la France, l’Allemagne et l’Espagne, devait incarner l’Europe de la défense aérienne du futur.

Un budget estimé à 100 milliards d’euros sur plusieurs décennies et destinés à remplacer les flottes de Rafale et Eurofighter à l’horizon 2040.

Le hic c’est que le programme accumule retards et tensions industrielles. Les vols de démonstrateur ne sont pas attendus avant 2028 ou 2029. Les désaccords sur le partage industriel persistent.

Le chancelier allemand Friedrich Merz a publiquement questionné la pertinence d’un chasseur habité de sixième génération à l’horizon 2040. Une phrase qui, à Paris, a été reçue comme une douche froide.

Si Berlin investit massivement dans une flotte élargie de F-35, la pression politique pour financer simultanément le SCAF pourrait mécaniquement diminuer.

Avec 100 milliards d'euros de budget prévu, le SCAF est le plus gros projet militaire de l'histoire européenne.
Avec 100 milliards d’euros de budget prévu, le SCAF est le plus gros projet militaire de l’histoire européenne.

Une intégration transatlantique renforcée

La construction du premier F-35 allemand a débuté à Fort Worth en décembre 2024. Les livraisons doivent commencer en 2026. Les avions seront basés sur la base de Büchel à partir de 2027.

La Luftwaffe exploite aujourd’hui :

  • 138 Eurofighter
  • 68 Tornado IDS
  • 20 Tornado ECR

Le F-35 doivent techniquement remplacer les Tornado (en charge du transport des bombes nucléaires B-61 dans le cadre de l’OTAN). Au-delà, il apportera des capacités de pénétration furtive, de suppression des défenses aériennes et de guerre électronique bien supérieures.

Un élargissement de la flotte renforcerait l’intégration allemande au dispositif OTAN et à l’écosystème américain mais il réduirait mécaniquement la dépendance à un futur avion européen.

Rheinmetall, l’argument industriel

Berlin ne se contente pas d’acheter. Elle produit.

Rheinmetall a inauguré en 2025 une usine de 60 000 m² à Weeze pour produire des sections centrales de fuselage du F-35. Investissement : 200 millions d’euros. Capacité : 30 sections par an, extensible à 36.

Un accord cadre prévoit au moins 400 fuselages sur 17 à 20 ans. La première livraison est attendue en 2026.

L’industrie allemande entre donc pleinement dans la chaîne F-35. Et plus Berlin commande d’appareils, plus l’argument industriel se renforce.

C’est un cercle vertueux pour Rheinmetall mais un mauvais signal pour le SCAF.

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L’Europe face à ses contradictions

Le F-35 est un avion extrêmement performant : radar AESA AN/APG-81, fusion de capteurs, furtivité avancée, rayon d’action supérieur à 1 200 km et capacité nucléaire B61-12.

Techniquement, le choix allemand est cohérent pour garantir la continuité stratégique à court terme.

Politiquement, il envoie un message plus ambigu.

D’un côté, Berlin participe au plus grand programme de défense européen de l’histoire avec le SCAF. De l’autre, elle envisage de porter sa flotte américaine à un niveau qui pourrait réduire l’urgence d’un successeur européen.

Pour la France, qui mise fortement sur le SCAF comme prolongement du Dassault Rafale, la perspective d’un doublement allemand du F-35 sonne comme une alerte.

À force de renforcer le pilier transatlantique, l’Europe risque de fragiliser son pilier industriel.

La question n’est plus seulement budgétaire. Elle est stratégique : l’Allemagne veut-elle un avion européen en 2040… ou un F-35 modernisé en 2035 ?

Et derrière cette interrogation, c’est toute la crédibilité d’une autonomie stratégique européenne qui vacille.

Sources :

  • Reuters, Germany seeking more F-35 jets as European fighter program falters, sources say, 19 février 2026,
  • Lockheed Martin – F-35 Global Enterprise, « Germany » (consulté en février 2026),
    page officielle présentant l’intégration de l’Allemagne dans l’écosystème industriel et opérationnel du F-35, les partenariats industriels associés et le rôle du pays au sein du programme multinational.

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