Actualité

Actualité internationale

Armées de l'air

Industrie

La Turquie bientôt face à un dilemme : choisir le F-35 ou alors tout miser sur l’avancement incertain de son futur avion KAAN

Publié le

Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

• Temps de lecture

placeholder

F-35 ou KAAN ? La Turquie face à l’équation du ciel de demain. Le 29 décembre 2025, une phrase prononcée à Washington a relancé un feuilleton qu’on pensait fini depuis …

La Turquie bientôt face à un dilemme : choisir le F-35 ou alors tout miser sur l'avancement incertain de son futur avion KAAN

F-35 ou KAAN ? La Turquie face à l’équation du ciel de demain.

Le 29 décembre 2025, une phrase prononcée à Washington a relancé un feuilleton qu’on pensait fini depuis la fin de Game of Thrones. Le président Donald Trump affirme « très sérieusement » envisager la vente de F-35 à la Turquie.
À Ankara, le message est reçu avec attention mais si cette affirmation est suivie d’effets, elle poserait le pays devant un dilemme puisque souis le coup d’un « embargo » technologique, il s’était lancé dans la création de son propre chasseur national : KAAN.

Lire aussi :

Le retour possible du F-35 dans l’équation turque

Le F-35 Lightning II est « la perle des airs » américaine. Furtivité avancée, fusion de capteurs, architecture numérique, interopérabilité OTAN : il représente aujourd’hui la norme occidentale du combat aérien de 5e génération.

La Turquie a été exclue du programme F-35 Lightning II en 2019 suite à l’achat par Ankara du système russe de défense aérienne S-400 Triumf. Six F-35A produits pour Ankara restent d’ailleurs stockés aux États-Unis.

Aujourd’hui, l’administration américaine laisse entrevoir un possible dégel. Selon les discussions en cours, une première étape pourrait consister à libérer ces appareils déjà construits, avant d’envisager des livraisons supplémentaires par phases.

Rien n’est encore voté par le Congrès, mais le signal politique est clair : Washington ouvre la porte.

La plus grande rivale de la flotte française va renoncer à ce navire au profil « atypique » qui lui rendait de nombreux services

Pourquoi Ankara regarde de nouveau vers Washington

Derrière cette réouverture diplomatique se cache une réalité très pragmatique. La flotte turque repose encore largement sur des F-16 Fighting Falcon, modernisés mais vieillissants.

Or le futur chasseur turc, le KAAN, n’atteindra sa pleine maturité opérationnelle qu’au début des années 2030 (dans le meilleur des cas).

Entre 2026 et 2032, un « trou capacitaire » menace et dans un environnement régional tendu, Ankara ne veut pas perdre l’avantage aérien.

Le F-35 apparaît donc comme une solution transitoire. Un pont technologique, plus qu’un renoncement stratégique.

Un F-35A vaut entre 105 et115 millions (équipement compris).
Un F-35A vaut entre 105 et115 millions de dollars (équipement compris).

KAAN, le pari industriel du siècle pour Ankara

Développé par Turkish Aerospace Industries (TAI), le KAAN (anciennement TF-X) représente le projet aéronautique militaire le plus ambitieux de l’histoire turque.

Le programme remonte à 2010, lorsque le comité exécutif de l’industrie de défense turque lance l’initiative d’un chasseur de nouvelle génération. Les premières études, financées à hauteur de 20 millions de dollars, posent les bases conceptuelles.

En 2016, le développement complet débute avec la participation d’ASELSAN pour les systèmes électroniques et radar, ainsi que de TÜBİTAK pour les technologies critiques.

Le prototype effectue son premier vol le 21 février 2024. Depuis, les essais se succèdent : validation aérodynamique, intégration radar, systèmes de mission.

Calendrier annoncé :

  • Première livraison d’un appareil de série : 2028
  • Capacité opérationnelle initiale : 2029-2030
  • Maturité complète : 2032

Les premiers appareils utiliseront des moteurs General Electric F110 sous licence, en attendant un turboréacteur indigène développé par TRMotor.

Autrement dit, le KAAN avance mais il lui reste encore plusieurs années d’optimisation, si tout se déroule selon le calendrier ce qui est plus qu’incertain pour un pays qui n’avait encore jamais produit ce genre de chasseurs.

Il a toutefois récemment trouvé son futur partenaire de vol : l’Anka III :

F-35 et KAAN : concurrence ou complémentarité ?

L’idée d’exploiter simultanément les deux appareils peut sembler paradoxale. En réalité, elle est assez logique dans la mesure où le F-35 fournirait immédiatement :

  • Une capacité furtive éprouvée
  • Une intégration OTAN complète
  • Une expérience opérationnelle en 5e génération

Le KAAN, lui, porterait la souveraineté industrielle et stratégique turque à long terme.

Opérer le F-35 pourrait aussi offrir un environnement d’apprentissage réel : maintenance furtive, gestion des signatures radar, planification de mission numérique, guerre électronique avancée. Autant de compétences directement utiles au développement du KAAN.

Il ne s’agirait donc pas d’un choix exclusif, mais d’une superposition temporaire.

Un des prototype du KAAN.
Un des prototype du KAAN.

Un message stratégique au-delà des avions

Au-delà de la technique, cette possible vente traduit une tentative de recalibrage stratégique entre Washington et Ankara. La Turquie reste un acteur central de l’OTAN, située à la jonction de l’Europe, du Moyen-Orient et de la mer Noire. Sa posture aérienne influence directement l’équilibre régional.

Autoriser la vente de F-35 reviendrait à reconnaître que la cohésion stratégique prime sur les différends passés.

Refuser, au contraire, renforcerait l’autonomie turque autour du KAAN et accélérerait la diversification de ses partenariats.

F-35 vs KAAN – comparaison détaillée :

Critère F-35 Lightning II (F-35A) KAAN
Statut En service opérationnel En développement (premier vol 2024)
Capacité opérationnelle Déjà active IOC estimée 2029-2030 / pleine capacité ~2032
Prix unitaire estimé Entre 105 et115 millions de dollars (équipement compris) 100–120 M$ (estimations initiales)
Coût à l’heure de vol 30 000–35 000 $ Non communiqué
Nombre de moteurs 1 × F135 2 × GE F110 (puis moteur national)
Architecture Multirôle furtif intégré OTAN Supériorité aérienne + autonomie nationale
Furtivité Validée en opérations En phase d’optimisation
Radar AESA AN/APG-81 mature AESA national ASELSAN en développement
Fusion de capteurs Très avancée, éprouvée En cours de validation
Charge utile maximale ~8 tonnes ~8 à 10 tonnes (estimé)
Soutes internes Oui (4 missiles/bombes en config furtive standard) Oui (configuration similaire prévue)
Armement air-air AIM-120 AMRAAM, AIM-9X Gökdoğan, Bozdoğan (nationaux)
Armement air-sol JDAM, GBU-12, SDB, etc. Armements guidés turcs (en intégration)
Emport externe Oui (perte de furtivité) Oui
Interopérabilité OTAN Totale En construction
Autonomie industrielle Faible (écosystème US) Élevée à terme

 

Sources :

  • Reuters, Turkey eyes lifting U.S. CAATSA sanctions before U.S. midterms (3 mars 2026),
    article d’actualité rapportant les discussions en cours entre Ankara et Washington concernant une éventuelle levée des sanctions américaines prises au titre du CAATSA, dans un contexte de repositionnement stratégique et à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis.
  • CNBC, U.S. sanctions Turkey over Russian S-400 purchase (14 décembre 2020),
    article expliquant la décision de l’administration américaine d’imposer des sanctions à la Turquie après l’acquisition du système de défense aérienne russe S-400, avec un rappel du cadre juridique du CAATSA et des implications pour la coopération militaire entre les deux pays.

Image de mise en avant : Maquette du TF-X lors du salon du Bourget 2019.

Tags

avion

contrat

À propos de l'auteur, Guillaume Aigron