Avec l’Aliaca en version VTOL, la Marine nationale s’offre une capacité simple, rapide et robuste : décoller et se poser à la verticale pour surveiller, identifier et décider sans immobiliser le navire dans une procédure lourde.
Le 3 février 2026, la DGA a commandé une nouvelle version du SMDM, le mini-système de drone embarqué déjà en service, désormais en configuration à décollage et atterrissage vertical. La bascule paraît technique, mais elle vise un point vital : sortir le drone plus souvent, plus vite, depuis plus de bâtiments, avec moins de matériel à bord. La Marine utilise l’Aliaca depuis plusieurs années comme des “jumelles déportées” ; le VTOL retire le frein le plus irritant, celui de la mise en œuvre. Les livraisons doivent démarrer en mai 2026, après une campagne de qualification : on n’est plus au stade de l’idée, mais à celui de l’industrialisation.
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Le décollage vertical, c’est moins de logistique et plus de sorties utiles
Le VTOL n’est pas un gadget pour faire joli sur une fiche produit. C’est une décision de marins. Sur un pont arrière étroit, avec une mer qui bouge, des équipes réduites et un agenda chargé, chaque procédure supplémentaire devient un obstacle. En supprimant les systèmes de lancement et de récupération, la version VTOL promet une mise en œuvre plus rapide et une empreinte plus légère. Le gain se mesure en temps, en simplicité, en réactivité. La logique est froide : un drone qui sort rarement finit par devenir une capacité “théorique”. Un drone qui sort facilement devient un réflexe. Et à bord, le réflexe fait la différence. Lever un doute sur une trajectoire, confirmer un comportement, regarder au-delà de l’horizon, tout cela se joue souvent en minutes. Le VTOL vise précisément à augmenter la cadence, la disponibilité, la souplesse. Autre point clé : on ne réapprend pas tout. Les opérateurs conservent la station sol déjà connue, reconnue pour sa facilité d’emploi. Autrement dit, l’effort se concentre sur le pont, pas sur la formation. On change la manière de décoller, pas la logique de mission. On réduit le fardeau, on garde la routine, on accélère l’usage.
Un programme discret, mais déjà solide : 34 systèmes commandés depuis 2022
Le chiffre dit beaucoup : la DGA a commandé 34 systèmes Aliaca au total pour la Marine depuis 2022. Ce n’est pas une expérimentation marginale. C’est une montée en puissance. Le VTOL s’inscrit donc comme une évolution, pas comme une rupture improvisée. On parle de volume, de continuité, de standardisation. Le SMDM est qualifié et opérationnel depuis 2022. Cela signifie que l’État a déjà franchi les étapes les plus dures : exigences, essais, validation, puis emploi réel. Dans le naval, un drone échoue rarement sur ses performances pures ; il échoue sur la sécurité, les procédures, et la capacité à tenir dans la durée. Ici, la base existe déjà : on ajoute une brique pour réduire les frictions. Les mots clés sont qualification, maturité, déploiement. La version VTOL a été testée à terre et en mer fin 2024 puis durant 2025, et dévoilée en avril 2025. Le calendrier est révélateur : on a pris un système déjà éprouvé, on l’a transformé rapidement, puis on l’a poussé vers la qualification. Cela ressemble à une boucle courte dictée par le besoin opérationnel, pas par le marketing. On parle d’essais, d’accélération, d’adaptation.

Aliaca VTOL : petit gabarit, rôle sérieux et capteurs utiles
Le drone reste dans une catégorie tactique : 25 kg au décollage, 3,5 m d’envergure, 2,1 m de longueur. Ce format est important : il demeure manipulable, compatible avec des espaces restreints, et suffisamment stable pour embarquer une charge optronique crédible. C’est une logique de gabarit, de maniabilité, de praticité. Les performances annoncées fixent un ordre de grandeur : environ 2 heures d’endurance et 50 km de portée. Ce n’est pas une plateforme stratégique, et ce n’est pas le but. L’intérêt, c’est d’étendre immédiatement la bulle de perception du navire, sans mobiliser un hélicoptère, sans épuiser un équipage, et sans attendre un appui extérieur. On parle de portée, d’endurance, de surveillance. La charge utile annoncée combine caméra et optronique stabilisée électro-optique/infrarouge, donc du jour et de la nuit. S’ajoute un AIS capable d’identifier un navire sur un rayon de plusieurs centaines de kilomètres, utile pour recouper des pistes et vérifier la cohérence entre un signal et un comportement observé. Ici, l’objectif est la détection, la classification, la preuve.
Pourquoi la Marine veut du VTOL : la mer ne pardonne pas les procédures longues
Un drone embarqué sert d’abord à voir. La Marine décrit le SMDM comme des “jumelles déportées”, et c’est l’image la plus juste : un outil qui donne au commandant une vision plus loin, plus vite, sans attendre. Mais pour que ces jumelles soient utiles, il faut qu’elles se déploient facilement. Le VTOL raccourcit le chemin entre le besoin et l’action. On parle de réactivité, de tempo, de décision. Dans la vraie vie, la mise en œuvre se heurte à des contraintes très concrètes : pont saturé, météo, manœuvres, priorités du bord, sécurité. Moins on ajoute d’étapes, plus on augmente la probabilité de voler “au bon moment”. C’est là que le VTOL devient une arme silencieuse : il facilite l’usage, donc il augmente la collecte d’informations utiles, donc il améliore la décision. On parle de simplicité, de rapidité, de continuité. Enfin, l’absence de catapulte ou de dispositif de récupération réduit l’empreinte logistique. Moins de pièces spécifiques, moins de maintenance du matériel annexe, moins de points de panne. En mer, cette sobriété est une force : ce qui ne casse pas n’immobilise pas. Les mots clés sont empreinte, maintenance, disponibilité.

Des missions très concrètes : surveiller, secourir, contrôler, documenter
Le catalogue de missions annoncé colle à la réalité : surveillance tactique, lutte contre les activités illégales, contrôle du trafic, surveillance côtière, recherche et sauvetage, détection de comportements suspects. Ce sont des missions répétitives, exigeantes, et souvent menées loin des projecteurs. Le drone n’est pas là pour “faire la guerre” au sens spectaculaire : il est là pour faire le travail, celui qui prévient les surprises et documente les situations. Le SMDM a déjà été déployé depuis la côte à partir de l’été 2023 pour soutenir des missions de recherche et sauvetage dans la Manche. Cet usage montre une chose : le système n’est pas cantonné à un emploi strictement embarqué, il peut renforcer une posture de surveillance sur le territoire. Le VTOL, plus simple à mettre en œuvre, élargit naturellement ce type d’emploi. On parle de polyvalence, de sauvetage, de surveillance. À terme, la version VTOL doit équiper d’autres types de bâtiments. C’est l’étape suivante : banaliser la capacité drone embarqué, la rendre moins dépendante du modèle de navire et plus dépendante du besoin. C’est ainsi qu’une capacité devient “standard” : elle sort du cercle des unités spécialisées. On parle d’extension, d’interopérabilité, de généralisation.
La qualification DGA : l’étape qui transforme un prototype en outil de flotte
Le calendrier est explicite : qualification début 2026, essais à terre et en mer, puis déclaration opérationnelle. C’est l’étape la plus ingrate, mais c’est la seule qui compte : celle où l’on prouve la répétabilité, la sécurité et la conformité. Sans elle, on a une démonstration ; avec elle, on a une capacité. On parle de certification, de fiabilité, de mise en service. Pendant ce temps, la version actuelle à voilure fixe continue d’être utilisée sur les bâtiments déjà équipés et doit rester maintenue en condition opérationnelle pendant au moins sept ans. Ce détail indique une transition prudente : on ne coupe pas une capacité avant que la nouvelle ait prouvé sa valeur. On parle de transition, de cohabitation, de maturité. Enfin, l’Aliaca VTOL a été développé en moins d’un an à partir d’une version déjà éprouvée. Cela traduit une dynamique rare : un besoin opérationnel clair, une base existante, et une adaptation rapide. Ce n’est pas l’exception qui doit faire rêver ; c’est la méthode qu’il faudrait reproduire. On parle d’itération, d’industrialisation, d’efficacité.
Ce que change vraiment l’Aliaca VTOL : plus de bâtiments, plus de vision, moins de friction
La Marine veut de la “vision” à faible coût humain et logistique. Le VTOL rend cela plus probable, parce qu’il réduit la complexité de pont. Il promet une capacité qui sort plus souvent, donc qui produit plus de données, donc qui soutient mieux la prise de décision. Dans un environnement maritime saturé, la capacité à identifier vite un comportement anormal vaut parfois plus qu’un capteur plus puissant qui ne sort jamais. Le drone ne remplace pas tout. Il ne remplace pas un hélicoptère, il ne remplace pas un avion de patrouille maritime. Il remplit un trou, celui du “regard immédiat” à portée tactique, au profit de bâtiments qui n’ont pas toujours de moyens aériens organiques. Le VTOL élargit cette logique à davantage de navires. On parle d’effet de masse, de décision, de présence. Là est la vraie promesse : transformer une capacité utile en capacité systématique. Sur mer, la différence entre un navire “aveugle” et un navire “voyant” tient parfois à un outil simple, disponible, et employable sans cérémonial.
Repères : dates et jalons clés du SMDM et de l’Aliaca VTOL
| Date / période | Jalons | Ce que ça change côté capacité |
| 2022 | Commandes et mise en service du SMDM | Capacité drone embarqué opérationnelle |
| Été 2023 | Emploi depuis la côte en Manche pour le SAR | Extension à des missions d’urgence |
| Fin 2024 | Premiers essais VTOL à terre et en mer | Validation du concept en conditions réelles |
| Avril 2025 | Présentation publique du VTOL | Entrée dans une phase mature |
| 2025 | Campagnes d’essais VTOL | Montée en confiance sur la robustesse |
| Début 2026 | Qualification DGA (essais terre et mer) | Passage vers l’emploi de flotte |
| Mai 2026 | Début des livraisons VTOL | Déploiement progressif à bord des bâtiments |
Source : Airbus