Derrière l’offre française, il n’y a pas seulement des coques en plus : il y a une promesse de flotte homogène, de coûts qui baissent, et d’une marine grecque plus simple à soutenir quand le tempo militaire s’accélère.
Le signal est tombé fin janvier 2026 : Paris remet sur la table trois nouvelles frégates “Kimon”, à construire en Grèce avec transfert de savoir-faire. Le contexte compte autant que le métal : Washington enterre son programme Constellation, et Athènes recompte ses options. La question n’est plus “quelle frégate est la plus belle”, mais “quelle chaîne industrielle tient quand tout le monde commande en même temps”. Et la réponse française vise un nerf sensible : la disponibilité, la logistique et l’upgrade, pas seulement l’achat.
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Un effet domino venu d’ailleurs qui change la donne à Athènes
Le déclencheur, c’est une réalité brutale : quand un grand programme se déraille, il libère de la place, du budget, et parfois de la frustration chez les alliés. La discussion autour de frégates supplémentaires s’inscrit dans ce climat, sur fond de fin annoncée d’un programme américain et de débats sur d’autres solutions potentielles. Le message implicite est simple : acheter un navire, c’est aussi acheter une trajectoire industrielle, avec ses risques et ses retards. Dans ce décor, la proposition française ressemble à une manœuvre de préemption : plutôt que d’ajouter une classe de plus, Athènes pourrait empiler des unités d’un même modèle, avec une formation unifiée, des pièces communes et des procédures identiques. Le gain est discret mais énorme : moins de diversité technique, c’est moins d’heures perdues à “réapprendre” une flotte, et plus de chances d’avoir des bâtiments disponibles quand il faut sortir, vite, et en nombre.
Trois frégates en plus, mais une condition qui pèse plus lourd que l’acier
L’offre discutée depuis 2025 n’est pas un simple copier-coller de trois navires supplémentaires. Elle inclut un volet local : construction en chantiers grecs, transfert de compétences, formation, et intégration d’entreprises grecques dans la production et le soutien. Les seuils évoqués tournent autour de plus de 30 %, avec des objectifs cités jusqu’à 40 % selon les formats industriels retenus. Ce détail change le rapport de force. Une frégate importée, c’est un calendrier qui dépend surtout du constructeur. Une frégate partiellement construite localement, c’est un pays qui récupère de la maîtrise : ateliers, outillage, sous-traitants, et capacité à absorber la maintenance lourde. Mais c’est aussi un prix caché : il faut investir, moderniser les infrastructures, sécuriser la chaîne qualité. C’est là que se joue la crédibilité de l’offre, bien plus que dans les discours.

Salamine, Skaramangas : la bataille des chantiers, donc la bataille du tempo
Les noms qui reviennent sont ceux de Salamine et de Skaramangas, souvent présentés comme duo possible pour assembler et intégrer. Le schéma est tentant : répartir la charge, créer une routine industrielle, monter en cadence. Mais la vraie question, c’est la coordination : qui pilote, qui certifie, et qui porte le risque si un jalon glisse. En face, Paris joue la carte de l’expérience déjà engrangée : des blocs pré-équipés seraient produits en Grèce depuis 2023 pour des coques destinées à des programmes grecs et français, preuve que la sous-traitance existe déjà et peut monter en puissance. Ce n’est pas une garantie, mais c’est un indice de maturité : le pays n’aurait pas à partir de zéro, ce qui compte quand l’Europe entière accélère ses commandes.

Une flotte homogène : la réduction des coûts qui se voit surtout quand ça casse
La tentation, quand on achète des navires, c’est de comparer des fiches techniques. Dans la vraie vie, une marine paie surtout quand un système tombe en panne, quand une mise à jour bloque une capacité, ou quand un équipage doit être requalifié en urgence. Miser sur 7 ou 8 frégates d’un même type, c’est d’abord une stratégie de maintenance : mêmes stocks, mêmes outillages, mêmes procédures, mêmes chaînes de formation. C’est aussi une stratégie de modernisation : quand une classe est nombreuse, l’upgrade devient plus rentable, plus rapide à industrialiser, et plus cohérent. Cette logique “anti-friction” a un objectif : simplifier l’entraînement, réduire les coûts de soutien, et rationaliser la logistique, la certification et les évolutions. Ce sont des mots secs, mais ils décrivent la différence entre une flotte “qui existe” et une flotte “qui sort”.
La frégate Kimon : ce que la Grèce a déjà reçu, et pourquoi ça compte
Athènes n’achète pas à l’aveugle : la première unité a marqué un jalon concret fin 2025 et début 2026, avec une cérémonie de livraison en France puis une arrivée en Grèce mi-janvier. C’est important car une flotte se juge aussi à sa capacité à entrer en service sans s’enliser dans des années de mise au point. Sur le plan technique, les caractéristiques couramment citées dessinent un bâtiment de premier rang : environ 4 500 tonnes, 122 m de long, une vitesse maximale donnée à 27 nœuds (environ 50 km/h), et un rayon d’action annoncé à 5 000 milles nautiques à 15 nœuds, soit environ 9 260 km à près de 28 km/h. La logique est celle d’un navire polyvalent, capable de tenir longtemps en mer, avec une endurance évoquée jusqu’à 45 jours.
Capteurs, missiles, drones : l’argument système plutôt que l’argument coque
Ce qui distingue ce type de frégate, ce n’est pas seulement la coque, c’est la somme des briques : radar, sonar, système de combat, missiles, guerre sous-marine. La dotation souvent citée pour la version grecque insiste sur une défense aérienne dense, des missiles antinavires, une protection rapprochée, et un ensemble sonar complet. Là encore, la valeur est dans l’intégration : si les capteurs ne parlent pas correctement aux armes, la puissance théorique reste sur le papier. L’aviation embarquée compte aussi : la capacité à opérer un hélicoptère et un drone est un multiplicateur de surveillance. Dans une mer fermée, avec des îles, des couloirs, et des menaces hybrides, cette couche aérienne fait la différence entre voir et deviner. Et si Athènes multiplie les coques identiques, elle multiplie aussi des équipages formés aux mêmes procédures de pont, de contrôle et de mission.
Le nerf de la guerre : la version Standard II et la promesse d’évolutions
Une unité ultérieure est régulièrement associée à une configuration “Standard II”, avec une facture présentée comme nettement sous 1 000 000 000 € pour la coque hors armement, et des améliorations sur les communications, l’intégration de systèmes et le soutien. Le point important, c’est la logique incrémentale : plutôt que de changer de classe, on fait évoluer la même, étape par étape, en gardant la flotte cohérente. La suite évoquée, parfois décrite comme un chemin “2++”, ajoute des briques : cellules supplémentaires, guerre électronique renforcée, amélioration de la conduite de tir, outils d’aide à la détection, et capacités anti-drones. Tout ne se fera pas d’un coup, mais l’idée est limpide : une classe nombreuse rend ces upgrades plus faciles à planifier, plus rapides à tester, et moins chers à déployer à l’échelle.
Repères : dates et jalons clés (accords, livraisons, discussions)
| Date | Événement | Pourquoi c’est important |
| 2021 | Accord stratégique de défense franco-grec | Cadre politique qui sécurise la coopération |
| Avril 2025 | Mise sur la table d’une construction locale de 3 frégates supplémentaires | Lancement de l’idée “filière grecque” |
| Décembre 2025 | Jalons industriels autour de la première frégate | Validation du tempo et de l’intégration |
| 15 janvier 2026 | Arrivée de la première unité en Grèce | Entrée réelle dans le cycle opérationnel |
| 29 janvier 2026 | Relance publique des discussions pour 3 unités supplémentaires | Moment où Athènes recompare ses options |
Source : Ministère des armées