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La France met un coup d’accélérateur sur sa défense anti-drones et teste un “dernier bouclier” capable de tirer une roquette guidée au laser laissant les armes lourdes pour les menaces qui le méritent vraiment

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Said LARIBI

Said LARIBI

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Naval Group et Thales viennent de franchir une étape très concrète : tirer pour de vrai une roquette guidée laser de 68 mm depuis le futur lanceur MPLS, pensé pour …

La France met un coup d’accélérateur sur sa défense anti-drones et teste un “dernier bouclier” capable de tirer une roquette guidée au laser laissant les armes lourdes pour les menaces qui le méritent vraiment

Naval Group et Thales viennent de franchir une étape très concrète : tirer pour de vrai une roquette guidée laser de 68 mm depuis le futur lanceur MPLS, pensé pour neutraliser drones et petites menaces dans les derniers kilomètres autour d’un navire, sans brûler des missiles bien plus chers.

La scène est simple : une tourelle stabilisée, une munition “petite” mais guidée, et une promesse de souplesse. En réalité, c’est un changement de logique : la défense de “dernier recours” veut redevenir modulaire, reconfigurable, et surtout disponible quand l’équipage et l’espace manquent. Le MPLS vise ces menaces qui saturent, distraient, et finissent par user les stocks : drones, embarcations rapides, engins de surface sans pilote. Et la qualification lancée début 2026 prépare déjà des tirs en mer au troisième trimestre 2026.

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Le “dernier kilomètre” naval devient le vrai goulet d’étranglement

La mer n’a pas changé, mais les menaces oui : drones, embarcations rapides, engins improvisés. Le problème, c’est la densité : on ne parle pas d’un seul objet rare, mais d’une grappe d’objets qui force un navire à consommer des moyens chers pour des cibles parfois low-cost. Le MPLS arrive précisément dans cette zone grise, celle où la réaction compte plus que la portée. Dans ce cadre, “tenir les 8 derniers kilomètres” devient une obsession pragmatique. Le MPLS est présenté comme un système de défense rapprochée capable de traiter des menaces dans un rayon d’environ 8 km, pour éviter d’user des munitions verticales premium sur des cibles opportunistes. C’est une logique de tri : garder les gros missiles pour les gros risques.

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Une roquette de 68 mm, et soudain la défense n’est plus la même conversation

Le jalon qui fait parler, c’est ce tir de 68 mm guidé laser. Sur le papier, 68 mm peut sembler “petit”. En pratique, le guidage change tout : on n’est plus dans le bruit, mais dans la sélection et la précision, utiles contre des drones ou des vedettes rapides qui manœuvrent. Et surtout, la munition est déjà familière aux forces françaises, ce qui compte quand il faut industrialiser sans réinventer chaque boulon. L’autre détail, très “atelier” mais décisif : l’objectif annoncé est de réduire la logistique en supprimant des systèmes de lancement et de récupération lourds, et en simplifiant la manutention. Moins d’équipements dédiés, plus de flexibilité, et une mise en œuvre censée coller à la réalité des ponts encombrés et des équipages sous tension.

Le tir de qualification de janvier 2026 a impliqué une roquette de 68 mm à guidage laser, munition standard des forces armées françaises adaptée aux opérations anti-drones, notamment grâce à des fonctions de proximité optimisées pour les cibles aériennes et de surface. (Source de l'image : Naval Group)
Le tir de qualification de janvier 2026 a impliqué une roquette de 68 mm à guidage laser, munition standard des forces armées françaises adaptée aux opérations anti-drones, notamment grâce à des fonctions de proximité optimisées pour les cibles aériennes et de surface. (Source de l’image : Naval Group)

Le lanceur modulaire, ou l’idée de charger la bonne réponse au bon moment

Le MPLS n’est pas vendu comme une arme unique, mais comme une plate-forme “multi-munitions”. Son principe : une tourelle stabilisée, et des modules d’emport que l’on peut combiner selon le théâtre. Cette promesse de modularité n’est pas marketing par défaut : elle vise à éviter le navire “bloqué” avec une seule réponse quand l’ennemi, lui, change de recette. Ce qui est intéressant, c’est la manière dont l’industrie décrit l’emploi : du mode autonome (désignation laser embarquée) jusqu’à l’intégration complète au système de combat du navire. Autrement dit : ça peut fonctionner comme une tourelle “qui se débrouille”, ou comme un effecteur orchestré par le centre opérations. Cette échelle d’intégration est une manière de rendre le système exportable sans exiger le même niveau d’architecture sur tous les clients.

Date Étape Ce que ça valide
5 novembre 2025 Statut “prêt à tirer” du démonstrateur Chaîne de sécurité, mise en œuvre, architecture stabilisée
janvier 2026 Premier tir de qualification (terre) Intégration munition, fonctionnement tourelle, procédure
30 janvier 2026 Tir avec roquette 68 mm guidée laser Passage au concret sur une munition guidée
9 février 2026 Communication publique sur l’essai Mise en récit, jalon programme
printemps 2026 Nouvelles séquences de tirs guidés Robustesse, répétabilité, cibles variées
T3 2026 Essais en mer depuis un bâtiment français Validation “navire”, cibles fixes et mobiles

France, Belgique, et la munition comme terrain d’alliance discret

Derrière “Thales”, il y a aussi une géographie industrielle. Les essais et la feuille de route évoquent des roquettes 70 mmproduites côté Thales Belgium, avec des variantes pertinentes pour l’anti-drone. Cette passerelle franco-belge n’a rien d’anecdotique : elle élargit le catalogue, sécurise des chaînes, et rend l’offre plus crédible face à des clients qui veulent de la souveraineté partagée plutôt qu’un fournisseur unique. Et c’est là que le MPLS devient politique sans en avoir l’air. Les marines cherchent des systèmes capables d’évoluer vite, mais aussi de s’insérer dans des écosystèmes européens. Un lanceur modulaire qui accepte plusieurs familles de munitions, c’est une façon d’éviter le piège : dépendre d’une seule filière, d’un seul calendrier, d’un seul stock.

Une tourelle stabilisée, c’est surtout une question de secondes et d’angles

Dans la vraie vie, un navire bouge. Une menace aussi. Le MPLS mise sur une tourelle stabilisée (rotation, élévation) et une conduite de tir électro-optique pour engager des cibles manœuvrantes. Ce n’est pas glamour, mais c’est le nerf : la capacité à garder un pointage stable dans le vent, la mer, la fumée, et la confusion. Autre point révélateur : l’intégration est pensée pour limiter l’impact sur le navire (masse annoncée sous certains seuils, gestion du souffle arrière, etc.). Ça raconte une contrainte très concrète : si l’installation exige des modifications structurelles lourdes, elle perd une partie du marché. Le MPLS cherche donc la zone “intégrable” sur frégates, corvettes, voire bâtiments plus polyvalents.

La défense “à bas coût” ne sert à rien si elle vide les soutes trop vite

Le piège de l’anti-drone naval, c’est de gagner un duel et de perdre la campagne : tirer trop cher, ou tirer trop vite, ou recharger trop lentement. Le MPLS essaie de répondre avec deux idées simples : une munition moins coûteuse qu’un missile naval classique pour certaines menaces, et une recharge par modules ou par recomplètement plus souple selon les configurations. C’est là que la notion de “dernier rempart” change de forme. Au lieu d’un système ultra-spécialisé, on veut un outil qui absorbe la saturation, protège les effecteurs premium, et reste adaptable. La bonne question devient : combien de fois je peux répondre avant d’être à sec, et combien de temps je mets à redevenir dangereux.

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2026 n’est pas la fin, c’est le moment où le projet doit prouver qu’il vit en mer

Le calendrier est clair : 2026 sert à faire monter la confiance, du tir à terre aux engagements depuis un bâtiment au T3 2026. C’est le passage obligé : vibrations, embruns, procédures d’équipage, intégration capteurs. Beaucoup de systèmes paraissent impeccables sur stand. La mer, elle, n’a aucun respect pour les démos. Et derrière, il y a la question industrielle : le MPLS est présenté comme un concept pouvant intéresser l’export, avec une logique d’intégration de munitions partenaires. C’est une façon de dire : le lanceur est la “plate-forme”, la munition est l’écosystème. Si la qualification tient, l’étape suivante sera de transformer l’essai en série, avec tout ce que ça implique en formation, stocks, et doctrine.

Sources :

  • Thales
  • Naval Group

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