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La France dévoile les quatre piliers qui seront désormais le centre de sa stratégie de défense contre les manipulations de l’information d’origine étrangère

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

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Quand la désinformation devient une arme stratégique. À l’approche des élections municipales de mars 2026, la France fait face à une offensive massive de manipulations informationnelles, orchestrée principalement par des …

La France dévoile les quatre piliers qui seront désormais le centre de sa stratégie de défense contre les manipulations de l’information d’origine étrangère

Quand la désinformation devient une arme stratégique.

À l’approche des élections municipales de mars 2026, la France fait face à une offensive massive de manipulations informationnelles, orchestrée principalement par des acteurs pro-russes comme le réseau Storm-1516, qui a déployé près de 150 faux sites d’information locale francophones (imitant « Flash Bourgogne-Franche-Comté » ou « Île-de-France Actu ») pour diffuser 13 900 articles biaisés depuis février 2025, exploitant crises économiques, chômage local, guerre en Ukraine et climat afin de polariser l’opinion et saper la confiance dans les institutions. L’Afnic et Reporters sans frontières (RSF) alertent sur ces deepfakes, hypertrucages IA et titres alarmistes diffusés via réseaux sociaux pour influencer les votes, décourager les électeurs ou diffamer candidats (rumeurs de non-résidence, sites pornographiques usurpés), tandis que la campagne « Matrioshka » du Kremlin propage 15 récits mensongers mensuels contre les intérêts français depuis janvier 2026.

Ces assauts hybrides, alignés sur tensions mondiales, exposent la vulnérabilité française qui a décidé de réagir avec une nouvelle stratégie nationale de lutte contre les manipulations de l’information d’origine étrangère.

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La France vient de publier une stratégie nationale de lutte contre les manipulations de l’information d’origine étrangère, une véritable nouvelle ligne de de défense sur ce volet !

Les manipulations de l’information ne sont en effet désormais plus des incidents isolés du débat public mais des instruments de confrontation stratégique. En clair, la désinformation est désormais une arme. Elle vise la confiance, ce ciment invisible qui maintient une démocratie debout.

Le texte, élaboré sous l’égide du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, repose sur quatre piliers. Quatre axes pour répondre à un phénomène qui mêle psychologie, technologie, géopolitique et réseaux sociaux.

Le savoir-faire de ce « vieux briscard » de 305 ans est mis à contribution pour le plus grand exercice militaire français depuis la fin de la guerre froide : ORION 26

Premier pilier : rendre chaque citoyen plus résistant

La stratégie commence par un principe simple : une démocratie ne tient que si ses citoyens savent faire la différence entre un fait et une manipulation.

Pour cela, l’État annonce la création d’une Académie de la lutte contre les manipulations de l’information. L’idée n’est pas de dire aux gens ce qu’ils doivent penser mais de donner les outils pour penser librement.

Concrètement, cela signifie :

  • Des ressources pédagogiques pour les élus
  • Des modules pour l’Éducation nationale
  • Des formations pour les enseignants
  • Un soutien aux projets de recherche universitaires
  • Des outils accessibles au grand public

On pourrait comparer cela à une vaccination cognitive. Lorsqu’on comprend comment fonctionne un virus, on apprend à le reconnaître. La manipulation informationnelle suit une logique similaire : elle s’appuie sur des ressorts émotionnels simples comme la colère, peur ou l’indignation.

Une fausse information bien construite fonctionne comme un hameçon. Elle attrape d’abord l’émotion, puis elle tire le raisonnement derrière elle.

La stratégie prévoit aussi une filière académique dédiée avec des cursus qui intégreront ces enjeux.

Deuxième pilier : encadrer les plateformes et l’IA générative

La désinformation d’aujourd’hui ne passe plus uniquement par des tracts distribués sur une place publique et circule via les grandes plateformes numériques.

Le deuxième pilier vise à responsabiliser les acteurs de l’environnement informationnel : plateformes, moteurs de recherche, fournisseurs de services d’intelligence artificielle.

Le règlement européen sur les services numériques va être approfondi. Les sanctions en cas de manquement seront renforcées.

Il faut comprendre un point technique important : les algorithmes fonctionnent comme des amplificateurs. Ils détectent ce qui provoque des réactions et le mettent en avant. Or, la manipulation informationnelle est conçue pour provoquer des réactions. Elle bénéficie donc mécaniquement de cette dynamique.

Ajoutez à cela les systèmes d’IA générative capables de produire des textes, des images ou des vidéos en quelques secondes. On peut désormais fabriquer un faux discours, un faux témoignage, un faux document en quelques minutes et les conséquences peuvent aller loin !

La France annonce le renforcement d’un plateau opérationnel interdisciplinaire chargé de détecter, qualifier et anticiper les effets de ces technologies sur l’espace public.

Un autre angle souvent oublié concerne le financement. Derrière une campagne de manipulation, il y a de l’argent. La stratégie prévoit d’agir aussi sur ces circuits financiers pour couper le financement de groupes qui procéderaient à ces manipulations de masse.

Troisième pilier : détecter les ingérences numériques étrangères

Sous l’autorité du SGDSN et du Quai d’Orsay, le Comité opérationnel de lutte contre les manipulations de l’information (COLMI) va évoluer vers une plateforme de coordination technique et stratégique. Sous l’autorité du SGDSN et du ministère des Affaires étrangères, il pourra combiner différents leviers :

  • Techniques
  • Diplomatiques
  • Judiciaires
  • Économiques
  • Communicationnels

Le principe est simple : lorsqu’une ingérence étrangère est identifiée, la réponse ne se limitera plus à un simple communiqué et comprendra des mesures judiciaires, des sanctions économiques voire une action diplomatique.

C’est une forme de dissuasion informationnelle :  restaurer la confiance publique, imposer un coût à l’agresseur et prévenir la récidive.

Le dispositif prévoit aussi une montée en compétence des juridictions territoriales. Les magistrats devront comprendre les mécanismes numériques et les administrations devront mieux coordonner leurs actions.

La France soutient également la création d’une filière souveraine d’OSINT. Cette discipline consiste à analyser des données accessibles publiquement : réseaux sociaux, images satellites, publications en ligne.

Un analyste OSINT travaille un peu comme un archéologue numérique et assemble des fragments d’informations pour reconstituer un scénario.

Stratégie nationale contre la désinformation

Quatrième pilier : une réponse internationale

Une manipulation informationnelle ne connaît pas de frontières. Elle peut être conçue à des milliers de kilomètres, diffusée sur plusieurs continents en quelques secondes.

Le quatrième pilier vise donc à structurer une réponse internationale.

Au niveau européen, la France souhaite promouvoir une communauté de lutte contre la désinformation avec à la clé : partage de bonnes pratiques, soutien aux États membres et coordination opérationnelle.

Au G7, la France défend une meilleure articulation des dispositifs nationaux. Cela s’inscrit dans le cadre du Code de conduite pour l’intégrité de l’information.

Au sein de l’Otan, l’objectif est d’intégrer les manipulations informationnelles dans la doctrine de l’Alliance. À l’ONU, la France participe au Global Digital Compact.

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Ce que cela change pour vous

Vous pourriez vous dire que tout cela concerne surtout les institutions. En réalité, le premier maillon de la chaîne, c’est vous !

Lorsque vous voyez passer une information spectaculaire, posez-vous une question simple : qui a intérêt à ce que je la croie ?

La manipulation fonctionne souvent sur l’urgence : partager, réagir et s’indigner vite.

Prendre quelques minutes pour vérifier la source, c’est déjà un acte de défense démocratique !

La stratégie nationale formalise une réponse à grande échelle. Elle structure des moyens techniques, mobilise des juristes, des diplomates et des analystes mais elle rappelle surtout une chose essentielle : la confiance n’est pas un acquis permanent. Elle se construit, se protège, se défend et chaque citoyen doit en être conscient et participer à la défense de cet espace de liberté formidable qui permet aux opinions contradictoires d’exister : la démocratie.

Sources :

  • Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), Stratégie nationale de lutte contre les manipulations de l’information 2026-2030,  janvier 2026
  • Ouest-France, Municipales 2026 : attention aux rumeurs et fausses infos qui diffament des candidats » 14 février 2026
  • Ministère des Armées, Stratégie nationale pour contrer les manipulations étrangères, 20 février 2020

Image de mise en avant : Le Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) est un service rattaché au Premier ministre chargé de coordonner la politique française de défense et de sécurité nationale.
Il pilote notamment la planification de crise, la cybersécurité, la protection des infrastructures sensibles et la continuité de l’État.

À propos de l'auteur, Guillaume Aigron