Séoul accélère dans la course hypersonique maritime.
Hyundai Rotem a publié hier une vidéo montrant leur nouveau projet de missile antinavire hypersonique lancé depuis les airs et dérivé du programme terrestre Hycore.
Séoul affirme par ce biais qu’elle maîtrise désormais les briques technologiques nécessaires pour entrer dans le cercle restreint des nations capables de développer des systèmes à statoréacteur à combustion interne (scramjet en anglais).
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La Corée du Sud se lance dans la course aux missiles hypersoniques maritimes
Le programme Hycore constitue le socle de cette famille de missiles. Son lancement terrestre récent a validé les paramètres essentiels : stabilité de combustion, transition vers le régime hypersonique, protection thermique et guidage en environnement extrême.
À Mach 5 et au-delà, soit plus de 6 000 kilomètres par heure, l’air devient un obstacle compressé, chauffé, turbulent. Les surfaces subissent des températures capables de fragiliser l’acier classique et la moindre instabilité peut provoquer la perte de contrôle.
Hycore a démontré que la Corée du Sud peut maintenir un vol stable dans ces conditions.
Impressive. Hyundai Rotem has released introducing its air-launched hypersonic anti-ship cruise missile as part of the successful launch of its land-based Hycore hypersonic cruise vehicle. They hitting their own Aegis ship? Anyway, They are said to be accelerating the development… pic.twitter.com/NPPYirJYww
— Mason ヨンハク (@mason_8718) February 19, 2026
Une version aérienne pensée pour l’efficacité
La variante aéroportée supprime l’étage intermédiaire utilisé pour le lancement terrestre et adopte un booster unique optimisé pour un largage depuis un avion de combat. Les ailes apparaissent plus grandes, conçues pour soutenir une phase de croisière prolongée à vitesse hypersonique.
Cette modification est logique. Depuis les airs, le missile démarre déjà à haute altitude et à grande vitesse. Il a besoin de moins d’énergie initiale pour atteindre son régime optimal. Le gain en masse se transforme en portée supplémentaire.
Le cœur du système : le statoréacteur à combustion interne
Le statoréacteur à combustion interne ou scramjet fonctionne sans compresseur mécanique. L’air entrant à vitesse supersonique est comprimé naturellement par la géométrie du conduit. La combustion se produit dans un flux supersonique continu.
Cela permet un vol atmosphérique prolongé, contrairement à un missile balistique qui grimpe haut avant de redescendre selon une trajectoire plus prévisible.
L’avantage majeur réside dans la manœuvrabilité. Un missile de croisière hypersonique peut modifier sa trajectoire en cours de vol, rendant l’interception bien plus complexe pour les systèmes navals modernes.
Une coopération industrielle structurée
Le programme mobilise plusieurs acteurs coréens majeurs :
- Agency for Defense Development (équivalent de la DGA française) dirige la recherche avancée,
- Hanwha Aerospace apporte son expertise en propulsion,
- Hyundai Rotem assure l’intégration système.
La Corée du Sud entend de cette façon ne plus dépendre d’un fournisseur étranger pour ses composants critiques et bâtit un écosystème complet atour de cette idée.
Une capacité adaptée aux tensions indo-pacifiques
Dans le contexte régional, l’apparition d’un missile antinavire hypersonique lancé depuis avion renforce la posture de dissuasion sud-coréenne. Un chasseur comme le KF-21 Boramae ou le F-15K pourrait servir de plateforme de lancement.
Cela offre une flexibilité stratégique majeure. L’avion peut décoller d’une base intérieure, atteindre une zone maritime disputée, tirer à distance, puis repartir.
La vitesse réduit les temps de réaction adverses à quelques secondes. La manœuvrabilité complique l’interception. L’effet combiné est redoutable.
Une course mondiale aux missiles antinavires hypersoniques
Les missiles antinavires hypersoniques, souvent désignés par l’acronyme MANH, voyagent à plus de Mach 5, soit au-delà de 6 000 kilomètres par heure, tout en conservant une capacité de manœuvre élevée. Cette combinaison transforme profondément la guerre navale moderne.
L’objectif est de neutraliser des cibles de haute valeur comme des porte-avions ou des destroyers, en contournant les boucliers antimissiles traditionnels conçus pour des trajectoires plus prévisibles.
La Russie, la Chine et les États-Unis occupent le devant de la scène. D’autres puissances régionales avancent également, parfois avec des approches hybrides combinant planeurs hypersoniques HGV (en français « véhicule planant hypersonique ») et moteurs scramjet.
Cette dynamique ne relève pas d’un simple progrès technique et correspond à une transformation stratégique. La vitesse réduit la fenêtre de réaction à quelques secondes. La manœuvrabilité casse les calculs prédictifs des radars et intercepteurs des navires visés.
Le coût constitue néanmoins une contrainte majeure puis que certains systèmes américains dépasseraient l’équivalent de 38 millions d’euros l’unité ! La gestion thermique, la stabilité de combustion, les perturbations plasma autour du missile restent également des défis complexes et autant de freins techniques au déploiement des MANH.
La Chine et la Russie ont déjà déployé des capacités opérationnelles. Les États-Unis accélèrent avec des programmes navals destinés à des plateformes comme les destroyers de classe Zumwalt. L’Inde, le Japon, la Corée du Sud, la France développent chacun des solutions adaptées à leur doctrine.
Principaux programmes MANH en 2026 :
| Pays | Projet Principal | Vitesse / Portée estimée | Statut | Plateformes |
| Russie | 3M22 Zircon | Mach 8 à 9 / environ 1 000 km | En service opérationnel | Navires, sous-marins |
| Chine | YJ-21, YJ-19, YJ-17, YJ-20 | Mach 6 à 10 / 800 à 1 500 km | En service sur unités majeures | Destroyers Type 055, sous-marins AIP |
| États-Unis | CPS (Conventional Prompt Strike), LRHW / IR-CPS | Mach 5+ / plus de 2 700 km (CPS) | Tests avancés, déploiement naval imminent | Destroyers, sous-marins, plateformes terrestres |
| Inde | LR-ASHM (DRDO) | Mach 5 à 10 / 700 à 1 500 km | Production en série 2025-2026 | Batteries côtières, marine |
| Japon | HVGP (Hyper Velocity Gliding Projectile) | Mach 5+ / 500 à 900 km (Bloc 1) | Production initiale | Lanceurs mobiles terrestres |
| Corée du Sud | Hycore et variante aérienne | Mach 5+ / environ 1 000 km | Développement avancé | Terre, air, mer |
| France | V-MAX, ASN4G (quasi-hypersonique) | Mach 5+ / données non publiques | Essais réussis pour V-MAX | Plateformes à définir |
Source :
- Vidéo de présentation de Hyundai Rotem