La Corée du Sud a beau avoir l’offre supérieure, le facteur OTAN pourrait la priver du contrat sous-marin record du Canada face à l’Allemagne

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Said LARIBI

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La Corée du Sud a beau avoir l'offre supérieure, le facteur OTAN pourrait la priver du contrat sous-marin record du Canada face à l'Allemagne

Le Canada s’apprête à signer le contrat le plus cher de son histoire pour remplacer ses sous-marins vieillissants. Deux géants, l’allemand TKMS et le coréen Hanwha, se livrent une bataille féroce, au point que Berlin et Oslo proposent de céder leurs propres navires pour décrocher l’affaire.

L’Arctique se réchauffe, et avec lui les convoitises. Le Canada doit surveiller trois océans, mais sa flotte sous-marine est à bout de souffle. Deux pays se disputent un marché colossal, prêts à tout pour l’emporter. Avec la Russie et la Chine qui rôdent dans le Grand Nord, l’enjeu dépasse largement le prix.

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Un contrat record qui aiguise tous les appétits

Dans quelques semaines, Ottawa tranchera. Le pays doit choisir la prochaine classe de sous-marins pour sa marine, et la décision est lourde. Pour le Canada, il pourrait s’agir du programme d’armement le plus coûteux jamais lancé dans son histoire. Deux constructeurs de classe mondiale se disputent ce contrat géant : le coréen Hanwha Ocean et l’allemand TKMS. Les deux entreprises ont une longue expérience dans la fabrication de bâtiments réputés, et chacune déploie des trésors d’arguments pour convaincre les Canadiens. Fin mai, le chef de la marine sud-coréenne s’est même déplacé en personne au Canada pour défendre l’offre de son pays. La pression est à son comble.

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Une flotte vieillissante et trop maigre

Pour comprendre l’urgence, il faut regarder l’état actuel de la flotte. Le Canada ne compte aujourd’hui que quatre sous-marins de la classe Victoria, achetés à la marine britannique en 1998. Autant dire des navires d’un autre temps. Et quatre unités, c’est bien trop peu pour couvrir les immenses besoins maritimes du pays. Pire, cette classe traîne une mauvaise réputation. Disponibilité opérationnelle limitée, périodes d’entretien interminables, problèmes de fiabilité à répétition : les officiers supérieurs de la marine ont multiplié les alertes. Depuis des années, Ottawa cherchait désespérément un remplaçant, sans parvenir à se décider.

La ruée vers le Grand Nord

Pourquoi un tel investissement maintenant ? À cause de l’Arctique. Le réchauffement climatique ouvre de nouvelles routes et rend accessibles des ressources naturelles jusque-là gelées. Résultat, une véritable course au Grand Nord se dessine. Les pays nordiques lorgnent la zone, mais surtout la Russie et, malgré son éloignement, la Chine. Le Canada doit donc pouvoir patrouiller dans l’Atlantique, le Pacifique et l’Arctique à la fois. Selon Ottawa, les futurs bâtiments devront offrir une grande autonomie, une discrétion à toute épreuve et la capacité de détecter, suivre, dissuader et, si nécessaire, neutraliser un adversaire dans ses trois océans.

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L’offre allemande, compacte et taillée pour l’OTAN

Du côté allemand, TKMS propose son Type 212CD. C’est une version d’un sous-marin déjà commandé par les marines allemande et norvégienne pour patrouiller la Baltique. L’engin est relativement petit et compact, loin des gros bâtiments hauturiers de l’US Navy. Mais il est technologiquement très avancé. Il mise tout sur la discrétion acoustique pour rester invisible, offre une endurance respectable malgré l’absence de propulsion nucléaire, et surtout, il est parfaitement compatible avec les standards de l’OTAN. Un argument de poids, puisque l’Allemagne et la Norvège sont toutes deux membres de l’Alliance, comme le Canada.

L’offre coréenne, plus grande et plus ambitieuse

L’offre sud-coréenne est très différente. Le KSS-III de Hanwha est une plateforme nettement plus grande, reflet de sa mission d’origine. Conçu pour patrouiller les vastes étendues du Pacifique pendant de longues durées, il dispose d’un volume interne généreux. Cet espace lui permet non seulement de tenir des patrouilles prolongées, mais aussi d’accueillir plus facilement les technologies futures. C’est un atout pour un navire censé servir pendant des décennies. Hanwha mise par ailleurs sur la réputation de l’industrie coréenne, connue pour livrer vite et bien. Voici comment se comparent les deux offres :

Critère Type 212CD (Allemagne) KSS-III (Corée du Sud)
Constructeur TKMS Hanwha Ocean
Taille Compact Plus grand
Atout majeur Interopérabilité OTAN Volume et endurance
Propulsion Non nucléaire Non nucléaire
Argument commercial Membre de l’OTAN Livraison rapide

Quand Berlin sacrifie ses propres navires

Voilà qui montre à quel point la compétition est féroce. Pour mettre toutes les chances de son côté, l’Allemagne et la Norvège ont proposé de céder chacune un de leurs propres sous-marins Type 212. L’objectif est limpide : permettre à TKMS de livrer quatre bâtiments à la marine canadienne dès 2035, l’année où la classe Victoria doit prendre sa retraite. Un geste rare, presque inédit, qui en dit long sur l’importance stratégique du marché. Le ministre allemand de la Défense a justifié cette offre en invoquant la solidarité entre alliés et la nécessité de renforcer les capacités du Canada, particulièrement face aux menaces dans le Grand Nord et l’Atlantique Nord.

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Le facteur OTAN qui pourrait tout changer

Reste une inconnue de taille qui inquiète Séoul : la carte de l’Alliance atlantique. Un responsable de l’industrie coréenne l’admet lui-même, même s’il juge l’offre de son pays supérieure, Ottawa pourrait privilégier l’Allemagne, partenaire historique au sein de l’OTAN. La Corée du Sud a pourtant de sérieux arguments : elle a multiplié les succès en Europe ces dernières années, notamment avec la vente massive de chars K2, d’obusiers K9 et d’avions FA-50 à la Pologne. De quoi prouver sa fiabilité. Mais dans un contrat aussi sensible, la proximité politique et militaire pèse parfois plus lourd que les performances techniques. La décision d’Ottawa sera donc scrutée de près des deux côtés du globe.

Source : The Korea Times

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