Quand les drones attaquent comme des moustiques en été.
La marine de l’Armée populaire de libération s’entraîne à repousser des attaques coordonnées d’essaims de drones suicides, en mer, à très basse altitude.
Ces exercices marquent le lancement du cycle d’entraînement 2026 et mettent en scène des vagues successives de drones, programmées pour saturer les défenses d’un navire. La Chine semble avoir compris quelque chose avant tout le monde, peut-être en faisant sienne la formule attribuée à Staline : « La quantité a une qualité qui lui est propre. »
Lire aussi :
- La France veut couvrir son « angle mort » et achète en urgence 2 systèmes de lutte contre les drones
- La marine chinoise arme ses destroyers d’un missile que rien ne peut intercepter : le YJ-20 menace désormais les navires à plus de 1 000 km
« L’art de la guerre 2.0 » pour la Chine qui veut comprendre comment lutter contre les essaims de drones à basse altitude
Les drones utilisés dans ces scénarios ont un point commun. Ils volent très bas, parfois à quelques mètres au-dessus de la mer. À cette hauteur, le radar voit mal. Le bruit des vagues brouille la détection. Le temps de réaction fond comme neige au soleil.
Un missile naval classique coûte souvent plusieurs centaines de milliers d’euros. Le drone qui arrive en face peut valoir quelques milliers d’euros, parfois moins. L’équation économique devient vite inconfortable. Détruire dix drones avec dix missiles a des allures de victoire à la Pyrrhus !
Dans les images diffusées par China Central Television, la force attaquante lance plusieurs essaims successifs. L’objectif est clair. Tester la capacité des équipages à gérer la saturation, à hiérarchiser les menaces, à tirer au bon moment sans vider les soutes dès la première vague.
Le navire comme bulle à défendre
Face à cette attaque, la force défensive mise sur une défense en couches. D’abord la détection, puis l’identification et enfin l’interception. Missiles embarqués, systèmes de conduite de tir, coordination entre senseurs et armes… tout se joue en quelques secondes.
Un drone isolé est simple à neutraliser. Pour un essaim, c’est une autre histoire. Il oblige à penser en volume et en rythme, pas en cible unique. Tirer trop tôt, c’est gaspiller. Tirer trop tard, c’est accepter l’impact.
Ces exercices montrent que la marine chinoise considère désormais le drone non plus comme un gadget, mais comme une menace structurante, au même titre qu’un missile antinavire classique. La différence, c’est le nombre.
Pourquoi Taïwan regarde ces images avec attention
Si ces entraînements prennent autant de place, c’est parce qu’ils répondent directement à la stratégie de Taïwan. L’île mise sur ce que les analystes appellent souvent la défense du porc-épic. L’idée est simple à comprendre. Plutôt que rivaliser navire contre navire, rendre toute approche douloureuse et coûteuse.
Les drones suicides sont parfaits pour cela. Peu chers, produits en série, difficiles à intercepter, ils compliquent la vie d’une flotte bien équipée. Taïwan a intégré cette logique dans sa doctrine militaire depuis plusieurs années.
En 2024 notamment, où l’île a acheté environ 1 000 drones suicides aux États-Unis.
Des drones transformés en projectiles intelligents
Taïwan développe aussi ses propres solutions. En partenariat avec l’entreprise américaine Kratos Defense & Security Solutions, les ingénieurs taïwanais ont ainsi modifié le drone cible MQM-178 Firejet pour en faire une munition rôdeuse à grande vitesse baptisée Chien Feng IV.
À l’origine, le Firejet servait à entraîner les défenses antimissiles. Aujourd’hui, il devient le missile lui-même. Rapide, capable de parcourir de longues distances, il illustre une tendance lourde. Recycler des plateformes existantes pour créer des armes nouvelles, sans repartir de zéro.
La guerre navale change de forme
Ce que montrent ces exercices chinois dépasse largement le détroit de Taïwan. Ils racontent une mutation plus profonde. La guerre navale ne se résume plus à des silhouettes d’acier et à des missiles spectaculaires. Elle devient granulaire, fragmentée, presque organique.
Les drones jouent le rôle des insectes. Individuellement fragiles. Collectivement redoutables. Ils forcent les marines à repenser leurs stocks, leurs radars, leurs logiciels, et même la fatigue des équipages.
Un radar peut suivre cent cibles. Un cerveau humain, beaucoup moins. L’automatisation devient alors un outil de survie, pas un luxe technologique.
Ce que la Chine cherche vraiment à tester
Ces manœuvres ne cherchent pas seulement à montrer une capacité. Elles servent à mettre les équipages sous pression, à observer les temps de réaction, les erreurs humaines, les choix tactiques face à l’abondance.
La question n’est plus seulement de savoir si un drone peut être abattu. La vraie question est plus inconfortable. Combien de drones faut-il pour saturer un navire moderne ? Et combien de temps celui-ci peut-il tenir avant de manquer de munitions ?
À travers ces entraînements, la marine chinoise envoie un message simple. Elle prend au sérieux l’arme du pauvre, celle qui coûte peu et force l’adversaire à dépenser beaucoup. Dans les conflits modernes, le nombre compte désormais autant que la performance.
Source : SCMP
Image de mise en avant : Systèmes avancés de lutte anti-drones présentés lors du défilé militaire de Pékin le 3 septembre 2025 (source : CCTV)