Au large du cap de Bonne-Espérance, la mer comme message politique.
Le 09 janvier 2026, à Simon’s Town s’ouvrait officiellement l’exercice maritime Peace Will-2026, réunissant la Chine, la Russie et l’Afrique du Sud (3 des 4 BRIC, ne manquait que le Brésil). Ce dernier a été présenté comme un exercice « de routine » mais en réalité Simon’s Town n’est pas un port comme les autres.
Ancienne base clé de la Royal Navy, elle reste aujourd’hui un point d’appui stratégique sur l’une des routes maritimes les plus fréquentées du globe. Environ 20 000 navires marchands contournent chaque année le cap de Bonne-Espérance. Énergie, minerais, produits manufacturés, tout y passe.
Ce n’est pas donc pas « tout à fait » un hasard si la Marine chinoise a choisi ce lieu pour l’exercice avec 2 autres membres des BRICS.
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L’Afrique du Sud, la Chine et la Russie réalisent ensemble l’exercice Peace Will-2026 au large du cap de Bonne-Espérance
À quai, deux bâtiments chinois attirent l’attention. Le destroyer Tangshan, armé pour la défense aérienne et le combat de surface et son ravitailleur le Taihu, conçu pour soutenir des forces loin de leurs bases.
Le premier parle la langue de la puissance immédiate. Le second, celle de la durée. la Chine ne vient donc pas seulement montrer son pavillon mais pour montrer qu’elle serait en capacité de rester.
Ce qui se passe vraiment une fois au large
Peace Will-2026 s’est déroulé du 9 au 16 janvier, en deux temps bien distincts. D’abord, la phase au port du 09 au 13 janvier avec visites croisées, échanges professionnels et briefings techniques. C’est là que les équipages parlent métier, que les mécaniciens comparent leurs méthodes, que les officiers observent les réflexes des autres.
Puis la seconde phase.
Du 13 au 15 janvier, les navires ont quitté les quais pour s’entraîner au large de Simon’s Town. Selon les informations communiquées par la marine chinoise, les activités incluaient :
- Manœuvres en formation et communications tactiques
- Simulations de frappes antinavires
- Opérations de reprise de navires détournés
- Évacuations par hélicoptère
- Soins médicaux et gestion de blessés en mer
Ce sont des scénarios de combat naval et de sécurisation de routes commerciales. La présence d’hélicoptères embarqués et d’éléments de forces spéciales indique des hypothèses de crise bien au-delà du simple secours en mer.
Pourquoi l’Afrique est devenue centrale pour Pékin ?
Pour la Chine, l’Afrique n’est plus périphérique. Les échanges commerciaux avec le continent dépassent désormais 280 milliards de dollars par an, soit environ 260 milliards d’euros. Une part considérable de ces flux transite par voie maritime. Ports exploités par des entreprises chinoises, projets énergétiques, câbles sous-marins, infrastructures logistiques : la dépendance à la mer est totale.
Une réalité s’impose alors. Une puissance commerciale mondiale qui ne maîtrise pas ses lignes maritimes reste vulnérable.
Simon’s Town se situe à plus de 12 000 kilomètres des grandes bases navales chinoises. Venir jusque-là, y opérer, y coopérer, c’est tester en conditions réelles ce que signifie une marine à vocation mondiale… et accessoirement rappeler à l’Occident que la Chine est en train de devenir une thalassocratie (état dont la domination repose principalement sur sa suprématie maritime).
Le cadre BRICS, une alliance informelle
Chine, Russie, Afrique du Sud. Trois pays membres des BRICS, sans traité de défense commun ou de structure intégrée à la manière de l’OTAN. Juste des exercices répétés, des procédures partagées et une familiarité croissante.
Cette approche est volontaire. Pékin ne cherche pas à copier les alliances occidentales. Elle installe un autre modèle : celui de la coopération flexible, fondée sur les intérêts convergents plutôt que sur des engagements écrits.
Une présence qui dépasse l’exercice
Le 16 janvier, la cérémonie de clôture a marqué la fin officielle de Peace Will-2026. Les communiqués parlent de succès et d’amitié entre les nations.
Des marins qui ont manœuvré ensemble le feront plus facilement la prochaine fois. Des états-majors qui ont échangé des données sauront comment se parler mais de nombreux observateurs retiendront surtout une chose : les bâtiments chinois sont désormais des acteurs réguliers des mers du Sud.
Peace Will-2026 ne prépare pas à une guerre précise. Il annonce un monde dans lequel la Chine considère normal d’être présente, respectée et opérationnelle partout où ses intérêts économiques circulent… Afrique comprise !
À Simon’s Town, les coques grises dessinent déjà les contours d’un nouvel équilibre maritime mondial.
Sources:
- Prototypingchina.com, China stages a show of force off a continent that now accounts for $280 billion a year in trade: Africa, 14/01/2026
- Quotidien de l’Armée populaire de libération, couverture de la cérémonie d’ouverture et des objectifs de l’exercice, incluant les navires participants et les différentes phases, 12/01/2026.
Image : le Tangshan est un destroyer de classe Type 052 de 7 500 tonnes.