En 2026, la Chine a franchi un cap symbolique et stratégique : elle aligne désormais plus de sous-marins nucléaires opérationnels que la Russie, et transforme discrètement l’océan en nouveau terrain de bras de fer mondial.
Pendant que l’attention se focalise sur les drones et les missiles, Pékin a accéléré là où ça compte vraiment : les profondeurs. Avec une flotte nucléaire en croissance rapide, la Chine ne cherche plus seulement à “tenir” sa zone : elle veut frapper loin, durer longtemps et compliquer chaque calcul de ses rivaux. Derrière les chiffres, c’est surtout un message brutal : la Russie n’est plus la référence, et les États-Unis doivent compter avec un adversaire capable de jouer sur le temps long. Dans cette guerre froide version 2026, le silence des sous-marins parle plus fort que les discours.
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Un basculement discret mais explosif : la Chine passe devant la Russie
Ce n’est pas un défilé militaire, ni une annonce triomphale à la télévision. Mais l’impact est énorme : selon une évaluation 2026, la Chine aurait 32 sous-marins nucléaires actifs, contre 25 à 28 pour la Russie. Ce n’est pas un détail statistique : c’est un basculement de rang et de crédibilité stratégique. Pourquoi ? Parce qu’un sous-marin nucléaire, ce n’est pas juste un navire. C’est une présence permanente, capable d’opérer loin, longtemps, et surtout de rester difficile à détecter. Quand un pays gagne en volume, il gagne aussi en résilience : il peut en déployer davantage, en perdre quelques-uns sans s’effondrer, et surtout maintenir une pression continue sur plusieurs zones à la fois. Ce dépassement est aussi humiliant pour Moscou : la Russie reste une puissance sous-marine majeure, mais l’image de “seconde force du monde” prend un coup. Pékin, lui, avance sans faire de bruit, ce qui rend l’évolution encore plus inquiétante : ce n’est pas une posture, c’est une trajectoire industrielle.
Les sous-marins d’attaque : la colonne vertébrale de l’ombre chinoise
Dans la flotte nucléaire, les sous-marins d’attaque sont ceux qui pèsent le plus lourd au quotidien. Ce sont eux qui suivent les groupes aéronavals, qui chassent d’autres sous-marins, qui surveillent des zones entières et qui peuvent frapper vite. La Chine opérerait notamment une série de sous-marins d’attaque de type “Shang” (Type 093/093A), environ 9 unités qui formeraient le cœur déjà pleinement déployé de cette force. Concrètement, ces bâtiments donnent à Pékin une capacité crédible de présence et de contrôle sous-marin dans l’Indopacifique, au-delà des simples patrouilles côtières. C’est un changement de philosophie : la Chine ne veut plus juste protéger ses ports, elle veut “tenir” les routes maritimes. Et surtout, cette flotte n’est pas figée. Elle sert de marchepied vers des générations plus modernes, plus discrètes, plus efficaces. Autrement dit : même si le chiffre de 32 impressionne, ce qui devrait vraiment inquiéter, c’est ce qu’il prépare. Dans un monde où l’on parle sans cesse de supériorité aérienne, la Chine rappelle une réalité froide : sous l’eau, l’avantage se construit avec du temps, de l’acier, et une industrie capable de produire en série.
Le vrai signal : une production massive tournée vers la frappe longue portée
Là où Pékin devient franchement dangereux, c’est dans l’évolution de ses sous-marins capables de tirer des missiles de croisière. On évoque une production en série d’un modèle plus récent (Type 093B), avec environ 16 coques évaluées, dont certaines déjà en service et d’autres encore en construction ou en essais. Ça change tout, car un sous-marin qui embarque des missiles de croisière, ce n’est plus seulement un chasseur : c’est une plateforme de frappe à distance. Il peut menacer des bases, des infrastructures, des centres de commandement… sans prévenir, depuis un axe inattendu. C’est exactement le type de capacité qui complique le travail des États-majors occidentaux. Parce que vous ne défendez plus seulement une zone maritime : vous devez imaginer des attaques venant de partout, même de sous la surface. Et c’est aussi une logique industrielle : Pékin semble construire en volume. Pas “quelques unités premium”, mais une flotte qui monte rapidement, suffisamment large pour tourner, patrouiller, se relayer, et durer. Dans ce genre de compétition, la masse devient un multiplicateur d’effet.
La dissuasion nucléaire en mer : Pékin sécurise son “plan B” ultime
La composante la plus sensible reste celle des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, ceux qui portent l’arme nucléaire stratégique. La Chine aurait une flotte de 9 sous-marins dédiés à cette mission, capables de déployer des missiles balistiques mer-sol. Pourquoi c’est central ? Parce que la dissuasion repose sur une idée simple : même si vous subissez une frappe, vous devez pouvoir répondre. Or la mer est le meilleur endroit pour “survivre”, car un sous-marin stratégique est extrêmement difficile à localiser avec certitude. En clair : si Pékin renforce ce segment, il renforce sa capacité de seconde frappe, donc sa sécurité politique. Et plus un régime se sent invulnérable, plus il peut être tenté de pousser plus loin ses intérêts, sans craindre une réponse décisive. C’est aussi un marqueur diplomatique : les grandes puissances du XXIe siècle ne se contentent pas d’avoir des missiles. Elles veulent des missiles inattrapables, et la mer reste le sanctuaire le plus efficace. Autre lecture : la Chine ne construit pas cette flotte pour “faire joli”. Elle la construit parce qu’elle anticipe un monde instable, et qu’elle veut être capable de tenir dans une crise longue, même sous pression maximale.
Nouvelle génération en préparation : la Chine ne ralentit pas, elle change de vitesse
Le plus inquiétant n’est pas seulement ce qui flotte déjà, mais ce qui se prépare. Pékin avancerait sur deux programmes de nouvelle génération : un futur sous-marin d’attaque et un futur sous-marin stratégique, tous deux conçus pour être plus discrets et plus performants. C’est logique : à mesure que les capteurs progressent, le jeu se déplace vers la furtivité, l’autonomie, et la capacité à opérer loin sans se faire “accrocher”. Cette course est mondiale. Mais ce qui distingue la Chine, c’est son rythme : elle n’est plus en train de rattraper, elle est en train de bâtir un système complet, avec une montée en puissance planifiée.
À ce stade, Pékin commence à ressembler à une machine industrielle qui applique une recette simple :
- produire suffisamment,
- moderniser régulièrement,
- et verrouiller l’accès à la mer.
Cela ne signifie pas que la Chine a déjà le niveau global des États-Unis en guerre sous-marine. Mais cela signifie qu’elle s’en donne les moyens, sur le long terme, et avec une continuité politique qui manque parfois ailleurs.
Et dans la guerre navale, la continuité est une arme.
‼️🇺🇸🇨🇳China now operates the world’s second largest fleet of nuclear powered submarines, with 12 boats capable of launching ballistic missiles, cruise missiles, hypersonic missiles, as well as anti submarine and anti air weapons.
🔥 Beijing expects the PLA Navy to surpass the… pic.twitter.com/lCtzecL5rE
— Defense Intelligence (@DI313_) January 11, 2026
Les États-Unis restent loin devant… mais le match n’est plus le même
Face à la Chine et à la Russie, les États-Unis gardent une avance massive : environ 71 sous-marins nucléaires en service, dont une majorité de sous-marins d’attaque, plus des sous-marins stratégiques et des unités spécialisées capables de tirer des missiles de croisière. C’est une supériorité nette, sur le papier comme dans les faits. Mais attention au piège : ce n’est pas parce que Washington est premier que tout va bien. Parce que la Chine ne joue pas forcément au même jeu. Les États-Unis ont une flotte globale : Atlantique, Pacifique, missions partout, alliés à couvrir, déploiements à assurer. La Chine, elle, concentre son effort sur un théâtre prioritaire : sa zone, ses accès, ses lignes, ses objectifs. Résultat : localement, dans certaines zones de l’Asie-Pacifique, une montée en puissance rapide peut suffire à changer la perception du risque. Même si l’Amérique reste plus forte, chaque opération devient plus coûteuse, plus complexe, plus incertaine. C’est ça, le cœur du sujet : la Chine n’a pas besoin d’être “numéro un” pour rendre la situation plus dangereuse. Elle a juste besoin d’être suffisamment puissante pour compliquer la vie de tout le monde.
Tableau : la hiérarchie sous-marine en 2026, en un coup d’œil
Pour résumer la photo du moment, voici une lecture simple des volumes estimés :
| Pays | Sous-marins nucléaires actifs (estimation 2026) | Statut |
| États-Unis | ~71 | 1er mondial |
| Chine | ~32 | 2e mondial |
| Russie | ~25 à 28 | 3e mondial |
Ce tableau ne dit pas tout : la qualité, la discrétion, l’entraînement, la maintenance et la doctrine comptent autant que les chiffres. Mais en stratégie, les chiffres sont un langage. Et en 2026, Pékin vient d’écrire une phrase que Moscou n’avait pas envie de lire.
Ce que ça change pour la Russie : un déclassement qui pèse plus que les discours
Le point sensible, c’est l’impact sur la Russie. Car même si Moscou conserve des sous-marins très capables, le fait d’être dépassé en volume est une blessure stratégique. Dans les cercles de pouvoir, c’est ce genre de bascule qui change les rapports d’influence : qui inspire, qui inquiète, qui impose un rythme. Pour le Kremlin, la situation est doublement mauvaise. D’abord parce que la Russie voit son rôle de “grand rival naval” se déplacer vers l’Asie. Ensuite parce que ça renforce l’idée que la Chine est devenue la puissance montante… tandis que la Russie est la puissance qui doit gérer un héritage, avec des contraintes industrielles plus lourdes. Et surtout : si Pékin dépasse Moscou sous l’eau, il peut aussi lui contester une partie du leadership militaire dans la relation sino-russe. Même si les deux pays coopèrent, le rapport de force évolue. Et dans une alliance de circonstance, celui qui a le plus de moyens finit toujours par peser davantage.
Source : Defense Blog