La Belgique remet une pièce dans la machine F-35… et enterre définitivement le Rafale
En marge de la Conférence de Munich sur la sécurité, la Belgique a annoncé son intention de commander 11 F-35A supplémentaires en sus des 34 déjà commandés.
Total prévu donc pour le moment : 45 appareils.
Cette annonce fait suite à la décision du plat pays d’augmenter ses subsides militaires avec 34 milliards d’euros d’investissements en systèmes d’armes à l’horizon 2034.
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La Belgique continue de faire ses emplettes militaires aux Etats-Unis
Le ministre belge de la Défense Theo Francken a confirmé l’intention de signer en 2026 un nouveau contrat avec Lockheed Martin pour 11 F-35A supplémentaires, portant la flotte à 45 appareils.
Pour rappel, en 2018, Bruxelles avait déjà préféré le F-35 au Rafale et à l’Eurofighter, au terme d’un processus d’évaluation fondé sur sept critères. À Paris, la décision avait été perçue comme un camouflet. Le Rafale n’avait même pas été intégré pleinement dans la procédure standard, Dassault ayant proposé un partenariat stratégique global plutôt qu’une simple offre commerciale.
Huit ans plus tard, la Belgique ne corrige pas le tir. Elle l’accentue.
Un avion américain à européaniser ?
Bruxelles affirme vouloir « européaniser » autant que possible ces 11 appareils supplémentaires, en envisageant notamment un assemblage final à la Cameri, en Italie et avec déjà une liste d’acteurs locaux impliqués dans la conceptions des appareils (notamment BMT Aerospace et Safran Aero Boosters, qui travaillent avec Pratt & Whitney sur des composants pour le moteur du F-35).
Sur le papier, cela permettrait de renforcer la participation industrielle européenne et d’aligner l’achat avec les règles de financement de l’Union européenne.
Dans les faits, le F-35 reste un système d’armes américain, dépendant de Washington pour :
- les mises à jour logicielles
- la chaîne logistique globale
- certaines autorisations d’export ou d’emploi
- l’intégration d’armements spécifiques
Assembler un avion en Italie ne change donc pas « vraiment » la souveraineté stratégique du programme.
Inutile de dire qu’en France, voir un voisin direct renforcer sa dépendance à un système américain tout en invoquant l’Europe a de quoi, au mieux, légèrement faire sourire, au pire fortement agacer.
Le Rafale « injustement » boudé en Europe
Le Rafale de Dassault a beau être acclamé tout autour du monde et avoir prouvé plusieurs fois ses qualités, en Europe il semble toujours aussi injustement boudé. Si le cas de la Belgique semblait plié (une armée de l’air de cette taille ne pouvant avoir 2 avions de chasse différents), d’autres contrats ont récemment filé sous le nez de l’avionneur français et on continue dans l’Hexagone de s’agacer de voir les voisins européens acheter américains, voici quelques exemples récents :
- Belgique (2018) : Choix de 34 F-35A au lieu de Rafale ou Typhoon, pour interopérabilité OTAN.
- Finlande (2021) : Sélection de 64 F-35A, Rafale finaliste écarté malgré performances comparables.
- Pologne (2020) : 32 F-35A commandés (livraisons 2026+), Rafale perd la compétition HX malgré une offre française attractive.
- République tchèque (2024) : Contrat pour 24 F-35A signé, Rafale en lice mais battu par l’argument furtivité OTAN.
- Roumanie (2024) : 32 F-35 commandés, Rafale candidat écarté dans la modernisation rapide de la flotte.
- Suisse (2022) : 36 F-35A choisis (livraisons dès 2027), Rafale perd de justesse face à l’interopérabilité et au soutien américain.
- Portugal (2025-2026) : Opté pour F-35A malgré hésitations initiales, Rafale écarté pour des raisons budgétaires et OTAN (même si dans ce dernier cas il pourrait y avoir du changement).
Précisons tout de même par honnêteté intellectuelle que le Rafale n’a pas connu « que » des déconvenues en Europe avec un contrat en Croatie (12 Rafale d’occasion) et en Grèce (12 neufs + 12 d’occasion). La commande de 100 Rafale de l’Ukraine étant bien entendu la plus importante (si jamais elle va au bout…).
Une transition coûteuse
La Belgique a accompagné l’achat de ses F-35 d’un investissement d’environ 275 millions d’euros pour moderniser les bases de Florennes et de Kleine Brogel .
Le programme initial des 34 appareils était estimé entre 3,6 et 4 milliards d’euros, avec un coût de cycle de vie pouvant atteindre 6,5 milliards. Les nouveaux avions viendront alourdir la facture, d’un tiers du contrat initial donc probablement 1 milliard à l’achat + coût caché. Un sacré investissement pour un « petit » pays comme la Belgique mais qui mise tout sur les atouts technologiques du F-35.
Le Rafale semble pourtant être une référence à l’internationale jusqu’en Chine (à en croire leur entrainement) :
Un creux capacitaire
Pour finir, ajoutons que Bruxelles prévoit de transférer 30 F-16 à l’Ukraine. Le général Harold Van Pee a reconnu qu’un creux capacitaire pourrait apparaître entre la retraite des F-16 et la pleine capacité F-35.
Autrement dit, la Belgique mise sur une montée en puissance progressive d’un appareil technologiquement très avancé mais dont la disponibilité et les coûts d’achat et de maintien en condition opérationnelle restent très débattus, y compris aux États-Unis.
Seul l’avenir dira si ce choix s’est avéré judicieux, en attendant la France « boude » !
Sources :
- La Libre Belgique, « Theo Francken espère pouvoir commander onze F-35 supplémentaires cette année : ils devraient être aussi européens que possible », 15 février 2026,
- Breaking Defense, « Belgium wants additional F-35 jets to be as European as possible, says defense minister », février 2026,
- RTBF, « Theo Francken plaide auprès de Lockheed Martin pour un F-35 aussi européen que possible », février 2026,