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La Turquie fait « jeu égal » avec la France en dévoilant le partenaire idéal pour son futur bijou high-tech et avion de génération V : le Kaan

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

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Une escadrille à trois cerveaux : Quand Kaan commande, les Anka III frappent À Riyad, Turkish Aerospace Industries (TAI), a dévoilé sa propre vision du concept de l’Autonomous Wingman (en …

La Turquie fait « jeu égal » avec la France en dévoilant le partenaire idéal pour son futur bijou high-tech et avion de génération V : le Kaan

Une escadrille à trois cerveaux : Quand Kaan commande, les Anka III frappent

À Riyad, Turkish Aerospace Industries (TAI), a dévoilé sa propre vision du concept de l’Autonomous Wingman (en français « ailier autonome ») avec l’Anka III qui accompagnera le futur fleuron de la flotte aérienne turc : le Kaan. La Turquie continue ainsi  de prouver au monde son expertise acquise dans le domaine des drones, terrain de jeu stratégique et commerciale qui ne cesse de prendre de l’ampleur.

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Avec ses 20,3 mètres de long, une envergure de 13,4 mètres et une masse maximale au décollage de 34 750 kilogrammes., le Kaan est le futur chasseur de cinquième génération développé par Turkish Aerospace Industries (catégorie à laquelle appartient notamment le F-35 américain). En théorie, il devrait atteindre Mach 1,8 (environ 2 200 kilomètres par heure), avec un plafond opérationnel dépasse 16 700 mètres.

Pour accompagner un tel engin, les ingénieurs turcs se sont surpassés et viennent de dévoiler  l’Anka III. Il s’agit d’un UCAV, pour unmanned combat aerial vehicle (en français « drone de combat sans pilote »). Sa configuration sans dérive verticale réduit sa signature radar. Il est conçu pour pénétrer des espaces aériens défendus, transporter des munitions et exécuter des missions à haut risque. Le principe repose sur ce que les ingénieurs appellent le MUM-T, pour manned-unmanned teaming (en français « coopération homme-machine »), le Kaan agit comme un chef de mission : les deux Anka III volent en flanc-garde, le pilote du chasseur supervise les communications, valide les cibles et autorise les tirs.

Cette architecture permet d’envoyer les appareils sans pilote en première ligne, tout en gardant un humain dans la boucle décisionnelle.

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Comment un pilote peut-il contrôler deux drones en plein combat ?

Le Kaan embarque un radar AESA, pour active electronically scanned array (en français « radar à balayage électronique actif »). Contrairement aux radars mécaniques classiques, ce système oriente électroniquement ses faisceaux, qui permet de détecter plusieurs cibles simultanément, tout en résistant mieux au brouillage.

À bord, un système radiofréquence intégré assure la guerre électronique. On parle aussi d’IRST, pour infrared search and track (en français « recherche et poursuite infrarouge »). Ce dispositif repère la chaleur des appareils ennemis sans émettre de signal radar.

Les informations collectées sont centralisées par un ordinateur de mission. Le pilote visualise l’ensemble sur un large écran tactile et un casque à affichage intégré. Il peut attribuer une cible à un drone, programmer une séquence d’attaque coordonnée, ou demander à un Anka III d’effectuer une reconnaissance pendant que l’autre se positionne pour un tir.

Plus tard, TAI prévoit d’intégrer des fonctions d’intelligence artificielle, ce qui permettra d’automatiser certaines tâches. Un drone pourrait par exemple ajuster sa trajectoire face à une menace détectée, sans attendre un ordre humain.

L'Anka III en vol.
L’Anka III en vol.

Le regard tourné vers l’Arabie saoudite

Le modèle présenté à Riyad arborait un drapeau saoudien sur la dérive, message « on-ne-peut-plus-clair ».

Le président Recep Tayyip Erdoğan a évoqué la possibilité d’un investissement conjoint avec l’Arabie saoudite. Les discussions portent sur plusieurs scénarios : achat direct, production conjointe, assemblage final sur place, ou formule hybride.

Les volumes évoqués varient de 20 à 100 appareils. Les industriels turcs expliquent qu’une chaîne d’assemblage locale n’a de sens économique qu’à partir d’environ 50 Kaan, voire 100 unités pour rentabiliser les infrastructures (plus de 10 milliards d’euros selon la configuration et le niveau de transfert technologique).

L’Indonésie a déjà signé un accord-cadre estimé à 15 milliards d’euros pour 48 appareils, structuré par phases. D’autres pays observent.

Un des prototype du KAAN.
Un des prototypes du KAAN.

Le Kaan est encore en développement mais le calendrier est connu

Le premier vol du Kaan a eu lieu le 21 février 2024. Treize minutes en l’air pour une altitude de 8 000 pieds, soit environ 2 400 mètres. et 425 kilomètres par heure.

Un second vol en mai 2024 a permis de monter à 3 000 mètres supplémentaires. Ces essais ont validé les bases aérodynamiques et trois prototypes de vol sont désormais dédiés à l’expansion de l’enveloppe de vol.

La production en série est visée pour 2029. Les premiers appareils utiliseront le moteur américain General Electric F110, développant entre 130 à 135 kilonewtons. Un moteur turc, le TF35000, est en développement avec un objectif d’environ 155 kilonewtons. Son intégration est envisagée autour de 2032.

Côté armement, le Kaan pourra emporter huit points d’emport internes et six externes, ainsi qu’un canon de 30 millimètres. Missiles air-air Gökdoğan et Bozdoğan, missiles de croisière SOM, bombes guidées SARB-83 ou NEB-84. L’éventail est large.

La maitrise turque des drones confirmée

Il y a quelques mois, les ingénieurs turc avait déjà fait parlé d’elle avec une grande première mondiale :le Bayraktar KIZILELM, drone-chasseur autonome à réaction 100% turc est devenu le premier drone à abattre un avion à réaction avec un missile air-air, sans qu’aucun humain ne tienne le manche.

L’Anka III semble s’inscrire dans cette continuité et vient prouver que la Turquie n’entend pas jouer les seconds couteaux dans le domaine des drones d’aériens où elle semble avoir pris une petite avance sur le monde entier !

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La France et les autres puissances ne restent pas spectatrices

La Turquie n’est cependant pas seule à explorer le concept d’Autonomous Wingman. En France par exemple, l’industriel Dassault Aviation travaille depuis plusieurs années sur la coopération entre le Rafale et des drones de combat. Le démonstrateur nEUROn, développé avec plusieurs partenaires européens, a servi de laboratoire volant pour tester la furtivité, les liaisons de données sécurisées et la coordination tactique entre plateformes.

Les États-Unis développent de leur côté les Collaborative Combat Aircraft (en français « aéronefs de combat collaboratifs ») destinés à épauler les F-35 et F-22. L’Australie, avec le MQ-28 Ghost Bat de Boeing, a déjà fait voler un drone pensé pour agir en équipe avec un chasseur habité. La logique est identique partout : multiplier les capteurs, répartir le risque et saturer l’adversaire. Le pilote devient ainsi gestionnaire d’une petite flotte volante.

Sources :

  • Türkiye Today, « TAI debuts next-gen KAAN presentation at World Defense Show with MUM-T concept »,
    article présentant la mise en avant du programme KAAN de Turkish Aerospace Industries lors d’un salon international, avec un focus sur le concept MUM-T (Manned-Unmanned Teaming) et l’intégration future entre avion de combat piloté et drones de nouvelle génération.
  • TurDef, « ANKA-III UCAV completes critical autopilot flight test »,
    article spécialisé défense détaillant les essais en vol du drone de combat ANKA-III, notamment la validation d’étapes techniques majeures comme les tests d’autopilote, et leur portée pour l’autonomie stratégique de l’industrie aéronautique turque.

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