Deux monstres d’un autre âge qui refusent de couler.
Il existe encore, en 2026, deux navires de guerre de surface propulsés par énergie nucléaire, hors porte-avions. Deux silhouettes héritées d’un autre temps, longues de 252 mètres, larges de 28,5 mètres, déplaçant près de 28 000 tonnes à pleine charge : les croiseurs russes Pierre le Grand et Amiral Nakhimov.
Ces croiseurs de la classe Kirov, projet 1144 Orlan, ne sont pas (encore) des reliques exposées dans un musée naval : ils continuent d’arpenter les mers et de fasciner les amoureux de bizarreries soviétiques ! Conçus en effet à la fin de la guerre froide pour survivre à une frappe nucléaire et frapper des groupes aéronavals américains, ils incarnent encore aujourd’hui la vision que se faisait l’URSS de la mer.
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Pierre le Grand et Amiral Nakhimov, les deux forteresses nucléaires oubliées de l’ère soviétique
Pierre le Grand, le « survivant »
Mis en service en 1998, Pierre le Grand, (encore appelé Iouri Andropov avant la chute de l’URSS) est basé à Severomorsk, au cœur de la flotte du Nord. Deux réacteurs nucléaires KN-3, alimentés par de l’uranium fortement enrichi, fournissent environ 300 MW thermiques. Couplés à des turbines à vapeur, ils sot capables de propulser ce géant et ses 727 marins à 55 km/h pendant des mois.
Fiche technique du croiseur nucléaire Pierre le Grand (projet 1144 Orlan) :
| Nom | Pierre le Grand (ex-Iouri Andropov) |
|---|---|
| Type | Croiseur de bataille nucléaire lance-missiles |
| Classe / projet | Kirov – Projet 1144 Orlan |
| Marine | Marine russe – Flotte du Nord |
| Port d’attache | Severomorsk |
| Entrée en service | 1998 |
| Déplacement standard | ≈ 24 300 tonnes |
| Déplacement à pleine charge | ≈ 28 000 tonnes |
| Longueur | 252 mètres |
| Largeur | 28,5 mètres |
| Tirant d’eau | ≈ 9,1 mètres |
| Équipage | ≈ 727 marins |
| Propulsion | Nucléaire + turbines à vapeur |
| Réacteurs | 2 × KN-3 (uranium fortement enrichi) |
| Puissance thermique | ≈ 300 MW |
| Puissance aux arbres | ≈ 104 000 kW (≈ 140 000 ch) |
| Vitesse maximale | ≈ 55 km/h |
| Autonomie | Quasi illimitée |
| Missiles antinavires | 20 × P-700 Granit (jusqu’à 700 km, Mach 1,6 à 2,5) |
| Défense aérienne longue portée | S-300F / S-300FM (portée jusqu’à 150 km) |
| Défense aérienne rapprochée | Pantsir-M |
| Artillerie principale | 1 × canon de 130 mm |
| Lutte anti-sous-marine | 12 × tubes lance-torpilles de 533 mm |
| Aviation embarquée | 2 hélicoptères Ka-27 / Ka-29 / Ka-31 |
| Rôle principal | Déni d’accès maritime, escorte stratégique, frappe antinavire |
| Statut en 2026 | En service actif |
Pierre le Grand n’a jamais connu de longue immobilisation. Méditerranée, Atlantique, Arctique. En 2024 et 2025, il escorte des convois dans les eaux polaires, là où le froid, la glace et l’isolement font partie de l’arsenal. À 28 ans, il reste le navire de surface le plus puissant de la marine russe.
Amiral Nakhimov, 25 ans de silence
L’histoire de l’Amiral Nakhimov est plus chaotique. Entré en service en 1988, il a été immobilisé dès 1999 pour une modernisation qui aura duré plus de 25 ans, un véritable coma technique au chantier Sevmash.
Cependant, à force de patience, il a fini par effectué sa première (re)sortie en mer pour essais le 19 août 2025. Son retour opérationnel est attendu fin 2026. Mme gabarit que Pierre le Grand, mais un cerveau et des muscles entièrement neufs.
Fiche technique – croiseur nucléaire Amiral Nakhimov (projet 1144.2M Orlan)
Fiche technique du croiseur Amiral Nakhimov (projet 1144.2M Orlan) :
| Nom | Amiral Nakhimov (ex-Kalinin) |
|---|---|
| Type | Croiseur de bataille nucléaire lance-missiles |
| Classe / projet | Kirov – Projet 1144.2M Orlan |
| Marine | Marine russe – Flotte du Nord |
| Chantier de modernisation | Sevmash (Severodvinsk) |
| Entrée en service initiale | 1988 |
| Retour en essais en mer | 19 août 2025 |
| Entrée en service opérationnel | Prévue fin 2026 |
| Déplacement standard | ≈ 24 300 tonnes |
| Déplacement à pleine charge | ≈ 28 000 tonnes |
| Longueur | 252 mètres |
| Largeur | 28,5 mètres |
| Tirant d’eau | ≈ 9,1 mètres |
| Équipage | ≈ 700 marins |
| Propulsion | Nucléaire + turbines à vapeur |
| Réacteurs | 2 × KN-3 (uranium fortement enrichi) |
| Puissance thermique | ≈ 300 MW |
| Puissance aux arbres | ≈ 104 400 kW (≈ 140 000 ch) |
| Vitesse maximale | ≈ 55 km/h |
| Autonomie | Quasi illimitée |
| Lanceurs verticaux | 80 cellules UKSK 3S14 (jusqu’à 96 possibles) |
| Missiles compatibles | Kalibr (jusqu’à 2 500 km) Oniks (≈ 600 km) Zircon hypersonique (≈ Mach 9, portée estimée 1 000 km) |
| Défense aérienne longue portée | S-400F naval (portée estimée jusqu’à 200 km) |
| Défense aérienne intermédiaire | Poliment-Redut |
| Défense rapprochée | 6 × Pantsir-M |
| Artillerie principale | 2 × canons AK-192M de 130 mm |
| Lutte anti-sous-marine | Système Paket-NK |
| Sonar | MGK-335EM Bronza |
| Aviation embarquée | 2 hélicoptères Ka-27 / Ka-29 / Ka-31 |
| Rôle principal | Frappe longue portée, défense aérienne de zone, commandement de groupe naval |
| Statut en 2026 | En fin de modernisation, entrée en service imminente |
Une doctrine navale gravée dans l’acier
Ces navires incarnent encore aujourd’hui la doctrine russe de déni d’accès et de zone. Leur propulsion nucléaire leur permet de rester longtemps en mer, loin des ports, loin des chaînes logistiques. Leurs missiles, en particulier Zircon, sont pensés pour saturer, contourner, submerger les défenses occidentales.
Le coût de modernisation de l’Amiral Nakhimov est estimé à environ 1 milliard d’euros (même si certaines sources parlent de bien davantage), financé malgré les sanctions par des filières industrielles russes. Sur les quatre Kirov initialement prévus, deux ont été sacrifiés. L’Admiral Ushakov et l’Admiral Lazarev ont servi de réservoirs de pièces et le projet de successeur Lider est gelé depuis 2020.
Pierre le Grand approche les 30 ans. L’Amiral Nakhimov frôle les 40 ans de coque. Malgré leur mise à jour, la maintenance nucléaire est lourde, les équipages qualifiés sont rares et chaque arrêt technique est un chantier colossal.
La Russie ne prévoit donc pas en conséquence de relève immédiate pour ses deux colosses. Ces deux navires sont les derniers de leur espèce. Des dinosaures d’un autre temps…
L’OTAN face à un objet stratégique non identifié
En novembre 2025, les essais de l’Amiral Nakhimov ont été suivis de près par l’OTAN. Un croiseur capable de lancer des missiles hypersoniques depuis l’Atlantique ou la Méditerranée change la géométrie des plans navals occidentaux.
Les États-Unis ont renoncé depuis longtemps aux croiseurs nucléaires de surface., les Long Beach, Bainbridge, Truxtun et consorts appartiennent à l’histoire. La marine américaine mise sur des destroyers conventionnels Arleigh Burke. La Chine et l’Inde investissent dans les porte-avions nucléaires, pas dans ce type de plateforme intermédiaire.
La Russie semble ainsi marquer sa différence avec une classe de navires qui n’existe nulle part ailleurs.
Sources :
- Opex360 – Modernisé, le croiseur nucléaire russe Amiral Nakhimov a repris la mer après 28 ans d’inactivité (août 2025)
- Wikipédia – « Pierre le Grand (croiseur) » (mise à jour 2026)
- Militarnyi – « Russian Nuclear Cruiser Admiral Nakhimov Sets Sail » (septembre 2025)
- The Barents Observer – « Nuclear powered battle cruiser sails again » (août 2025)
Image : Le croiseur nucléaire Admiral Nakhimov au chantier naval de Sevmash. Photo : Sevmash.