Actualité

Marines militaires

Il aura fallu plus de 25 ans pour que ce colosse nucléaire de 28 000 tonnes finisse son interminable chantier pour redevenir une des plus grandes terreurs des mers

Publié le

Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

• Temps de lecture

placeholder

Deux monstres d’un autre âge qui refusent de couler. Il existe encore, en 2026, deux navires de guerre de surface propulsés par énergie nucléaire, hors porte-avions. Deux silhouettes héritées d’un …

Il aura fallu plus de 25 ans pour que ce colosse nucléaire de 28 000 tonnes finisse son interminable chantier pour redevenir une des plus grandes terreurs des mers

Deux monstres d’un autre âge qui refusent de couler.

Il existe encore, en 2026, deux navires de guerre de surface propulsés par énergie nucléaire, hors porte-avions. Deux silhouettes héritées d’un autre temps, longues de 252 mètres, larges de 28,5 mètres, déplaçant près de 28 000 tonnes à pleine charge : les croiseurs russes Pierre le Grand et Amiral Nakhimov.

Ces croiseurs de la classe Kirov, projet 1144 Orlan, ne sont pas (encore) des reliques exposées dans un musée naval : ils continuent d’arpenter les mers et de fasciner les amoureux de bizarreries soviétiques !  Conçus en effet à la fin de la guerre froide pour survivre à une frappe nucléaire et frapper des groupes aéronavals américains, ils incarnent encore aujourd’hui la vision que se faisait l’URSS de la mer.

Lire aussi :

Pierre le Grand et Amiral Nakhimov, les deux forteresses nucléaires oubliées de l’ère soviétique

Pierre le Grand, le « survivant »

Mis en service en 1998, Pierre le Grand, (encore appelé Iouri Andropov avant la chute de l’URSS) est basé à Severomorsk, au cœur de la flotte du Nord. Deux réacteurs nucléaires KN-3, alimentés par de l’uranium fortement enrichi, fournissent environ 300 MW thermiques. Couplés à des turbines à vapeur, ils sot capables de propulser ce géant et ses 727 marins à 55 km/h pendant des mois.

La France va mobiliser une armée de 12 500 militaires dans son plus important exercice depuis plus de 30 ans avec ORION 26

Fiche technique du croiseur nucléaire Pierre le Grand (projet 1144 Orlan) :

Nom Pierre le Grand (ex-Iouri Andropov)
Type Croiseur de bataille nucléaire lance-missiles
Classe / projet Kirov – Projet 1144 Orlan
Marine Marine russe – Flotte du Nord
Port d’attache Severomorsk
Entrée en service 1998
Déplacement standard ≈ 24 300 tonnes
Déplacement à pleine charge ≈ 28 000 tonnes
Longueur 252 mètres
Largeur 28,5 mètres
Tirant d’eau ≈ 9,1 mètres
Équipage ≈ 727 marins
Propulsion Nucléaire + turbines à vapeur
Réacteurs 2 × KN-3 (uranium fortement enrichi)
Puissance thermique ≈ 300 MW
Puissance aux arbres ≈ 104 000 kW (≈ 140 000 ch)
Vitesse maximale ≈ 55 km/h
Autonomie Quasi illimitée
Missiles antinavires 20 × P-700 Granit (jusqu’à 700 km, Mach 1,6 à 2,5)
Défense aérienne longue portée S-300F / S-300FM (portée jusqu’à 150 km)
Défense aérienne rapprochée Pantsir-M
Artillerie principale 1 × canon de 130 mm
Lutte anti-sous-marine 12 × tubes lance-torpilles de 533 mm
Aviation embarquée 2 hélicoptères Ka-27 / Ka-29 / Ka-31
Rôle principal Déni d’accès maritime, escorte stratégique, frappe antinavire
Statut en 2026 En service actif

 

Pierre le Grand n’a jamais connu de longue immobilisation. Méditerranée, Atlantique, Arctique. En 2024 et 2025, il escorte des convois dans les eaux polaires, là où le froid, la glace et l’isolement font partie de l’arsenal. À 28 ans, il reste le navire de surface le plus puissant de la marine russe.

Le HMS Dragon à coté du Pyotr Velikiy (Pierre le Grand en russe) en mai 2014 dans la Manche.
Le HMS Dragon à coté du Pyotr Velikiy (Pierre le Grand en russe) en mai 2014 dans la Manche.

Amiral Nakhimov, 25 ans de silence

L’histoire de l’Amiral Nakhimov est plus chaotique. Entré en service en 1988, il a été immobilisé dès 1999 pour une modernisation qui aura duré plus de 25 ans, un véritable coma technique au chantier Sevmash.

Cependant, à force de patience, il a fini par effectué sa première (re)sortie en mer pour essais le 19 août 2025. Son retour opérationnel est attendu fin 2026. Mme gabarit que Pierre le Grand, mais un cerveau et des muscles entièrement neufs.
Fiche technique – croiseur nucléaire Amiral Nakhimov (projet 1144.2M Orlan)

Fiche technique du croiseur Amiral Nakhimov (projet 1144.2M Orlan) :

Nom Amiral Nakhimov (ex-Kalinin)
Type Croiseur de bataille nucléaire lance-missiles
Classe / projet Kirov – Projet 1144.2M Orlan
Marine Marine russe – Flotte du Nord
Chantier de modernisation Sevmash (Severodvinsk)
Entrée en service initiale 1988
Retour en essais en mer 19 août 2025
Entrée en service opérationnel Prévue fin 2026
Déplacement standard ≈ 24 300 tonnes
Déplacement à pleine charge ≈ 28 000 tonnes
Longueur 252 mètres
Largeur 28,5 mètres
Tirant d’eau ≈ 9,1 mètres
Équipage ≈ 700 marins
Propulsion Nucléaire + turbines à vapeur
Réacteurs 2 × KN-3 (uranium fortement enrichi)
Puissance thermique ≈ 300 MW
Puissance aux arbres ≈ 104 400 kW (≈ 140 000 ch)
Vitesse maximale ≈ 55 km/h
Autonomie Quasi illimitée
Lanceurs verticaux 80 cellules UKSK 3S14 (jusqu’à 96 possibles)
Missiles compatibles Kalibr (jusqu’à 2 500 km)
Oniks (≈ 600 km)
Zircon hypersonique (≈ Mach 9, portée estimée 1 000 km)
Défense aérienne longue portée S-400F naval (portée estimée jusqu’à 200 km)
Défense aérienne intermédiaire Poliment-Redut
Défense rapprochée 6 × Pantsir-M
Artillerie principale 2 × canons AK-192M de 130 mm
Lutte anti-sous-marine Système Paket-NK
Sonar MGK-335EM Bronza
Aviation embarquée 2 hélicoptères Ka-27 / Ka-29 / Ka-31
Rôle principal Frappe longue portée, défense aérienne de zone, commandement de groupe naval
Statut en 2026 En fin de modernisation, entrée en service imminente

 

Une doctrine navale gravée dans l’acier

Ces navires incarnent encore aujourd’hui la doctrine russe de déni d’accès et de zone. Leur propulsion nucléaire leur permet de rester longtemps en mer, loin des ports, loin des chaînes logistiques. Leurs missiles, en particulier Zircon, sont pensés pour saturer, contourner, submerger les défenses occidentales.

Le coût de modernisation de l’Amiral Nakhimov est estimé à environ 1 milliard d’euros (même si certaines sources parlent de bien davantage), financé malgré les sanctions par des filières industrielles russes. Sur les quatre Kirov initialement prévus, deux ont été sacrifiés. L’Admiral Ushakov et  l’Admiral Lazarev ont servi de réservoirs de pièces et le projet de successeur Lider est gelé depuis 2020.

Pierre le Grand approche les 30 ans. L’Amiral Nakhimov frôle les 40 ans de coque. Malgré leur mise à jour, la maintenance nucléaire est lourde, les équipages qualifiés sont rares et chaque arrêt technique est un chantier colossal.

La Russie ne prévoit donc pas en conséquence de relève immédiate pour ses deux colosses. Ces deux navires sont les derniers de leur espèce. Des dinosaures d’un autre temps…

La France invente une munition téléopérée capable de résister aux brouillages, viser de nuit et frapper avec une précision chirurgicale

L’OTAN face à un objet stratégique non identifié

En novembre 2025, les essais de l’Amiral Nakhimov ont été suivis de près par l’OTAN. Un croiseur capable de lancer des missiles hypersoniques depuis l’Atlantique ou la Méditerranée change la géométrie des plans navals occidentaux.

Les États-Unis ont renoncé depuis longtemps aux croiseurs nucléaires de surface., les Long Beach, Bainbridge, Truxtun et consorts appartiennent à l’histoire. La marine américaine mise sur des destroyers conventionnels Arleigh Burke. La Chine et l’Inde investissent dans les porte-avions nucléaires, pas dans ce type de plateforme intermédiaire.

La Russie semble ainsi marquer sa différence avec une classe de navires qui n’existe nulle part ailleurs.

Sources :

  • Opex360 – Modernisé, le croiseur nucléaire russe Amiral Nakhimov a repris la mer après 28 ans d’inactivité (août 2025)
  • Wikipédia« Pierre le Grand (croiseur) » (mise à jour 2026)
  • Militarnyi« Russian Nuclear Cruiser Admiral Nakhimov Sets Sail » (septembre 2025)
  • The Barents Observer« Nuclear powered battle cruiser sails again » (août 2025)

Image : Le croiseur nucléaire Admiral Nakhimov au chantier naval de Sevmash. Photo : Sevmash.

Tags

navire

À propos de l'auteur, Guillaume Aigron