Le Royaume-Uni tente un sauvetage technologique de ses Eurofighter avec un radar de dernière génération, espérant ainsi combler des décennies de retard face aux avions furtifs américains.
Alors que la menace perçue sur le flanc Est de l’Europe pousse Londres à réagir, un contrat massif vient d’être signé pour équiper une quarantaine de chasseurs Typhoon d’un radar AESA, plus performant, mais toujours en retard sur les standards américains. Une modernisation qui pourrait ne pas suffire à redonner du crédit à l’avion européen.
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Une modernisation sous pression géopolitique
La commande passée par le Royaume-Uni s’élève à 525 millions d’euros pour 40 radars ECRS Mk2. Ces capteurs à balayage électronique actif (AESA) doivent équiper une partie des Eurofighter Typhoon encore en service. Cette décision, présentée comme urgente par le ministère britannique de la Défense, intervient dans un contexte de tensions accrues autour du flanc oriental de l’OTAN, avec des incursions russes répétées.
Des performances longtemps dépassées
Jusqu’à présent, les Typhoon britanniques opéraient avec des radars à balayage mécanique Captor, une technologie jugée obsolète depuis plus de 20 ans. À titre de comparaison, les Su-30 russes volent avec des radars à balayage électronique depuis 2002, tandis que le Rafale français est passé à l’AESA dès 2013. Ce retard a entraîné une sous-performance chronique du Typhoon dans tous les appels d’offres internationaux.
Une technologie encore en retrait du F-35
Même si l’ECRS Mk2 améliore grandement la portée de détection, la résilience au brouillage et la polyvalence du Typhoon, il reste en retrait par rapport au radar AN/APG-85 du F-35 américain, un standard de cinquième génération. Le Typhoon modernisé reste un appareil 4e génération+, face à des concurrents furtifs mieux intégrés dans les systèmes de combat modernes.

Une mise en service étalée jusqu’en 2030
Selon le calendrier dévoilé par Londres, les premiers radars seront installés sur les Typhoon à partir de 2027, avec une finalisation des 40 installations prévue en 2030. Cela signifie que l’appareil restera inférieur technologiquement pendant encore plusieurs années. Pendant ce temps, le Royaume-Uni continue de retirer certains Typhoon et d’acheter des F-35A.
| Événement | Date prévue |
| Signature du contrat | 2026 |
| Début des installations | 2027 |
| Fin des livraisons | 2030 |
Une crédibilité à l’export en ruine
Le Typhoon a perdu tous les marchés majeurs face aux F-35 et F-15 ces 15 dernières années : Corée du Sud, Belgique, Finlande, etc. Le manque de radar AESA n’était qu’un des nombreux points faibles. Le coût d’exploitation, le manque de furtivité et l’obsolescence des systèmes embarqués ont aussi pesé lourd. Cette mise à jour tardive pourrait n’être qu’un chant du cygne.

L’Allemagne et la France, deux trajectoires opposées
Si le Royaume-Uni a abandonné tout nouvel achat de Typhoon, l’Allemagne continue de ménager l’industrie locale en commandant quelques unités supplémentaires. De son côté, la France s’est exclusivement concentrée sur le Rafale, évitant toute dépendance au programme Eurofighter. Le Rafale bénéficie déjà d’un radar RBE2 AESA depuis plus de 10 ans.
L’industrie européenne face à ses contradictions
Les gouvernements européens sont pris entre deux logiques : soutenir leur industrie nationale ou acheter des appareils plus efficaces aux États-Unis. Résultat, on assiste à des stratégies divergentes. L’Italie et l’Espagne restent dans le programme Typhoon, l’Allemagne navigue à vue, et le Royaume-Uni parie désormais sur le F-35 et son propre projet de chasseur de 6e génération, Tempest.
Source : Ministère de la Défense du Royaume-Uni