Un navire de 80 000 tonnes, des catapultes électromagnétiques et une ambition assumée : rivaliser avec les États-Unis sur leur propre terrain.
Le 5 novembre 2025, la marine de la Chine a officiellement admis au service actif son troisième porte-avions : le Type 003 Fujian.
Construit à Shanghai, dans le chantier de Jiangnan, ce navire marque un tournant majeur.
Avec ses 80 000 tonnes, ses 315 mètres de long et son pont entièrement redessiné, le Fujian n’est plus un simple copier-coller de technologies soviétiques, c’est le premier porte-avions chinois conçu entièrement en interne, et surtout, le premier à intégrer des catapultes modernes.
Petit record en passant puisqu’il s’agit tout simplement du plus grand bâtiment de guerre à propulsion non nucléaire du monde !
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Une montée en gamme spectaculaire de la marine chinoise
Jusqu’ici, la flotte chinoise reposait sur deux bâtiments :
- le Liaoning (2012), ex-navire soviétique
- le Shandong (2019), version améliorée
Ces deux navires utilisaient un tremplin (“ski-jump”), limitant le poids des avions au décollage.
Avec le Fujian, la Chine change complètement de dimension.
EMALS : la technologie qui rapproche Pékin de Washington
Le cœur de cette révolution tient en trois lettres : EMALS.
Le Fujian utilise un système de lancement électromagnétique comparable à celui des porte-avions américains de classe Gerald R. Ford class.
Avec ce genre de catapultes, un porte-avions peut :
- lancer des avions plus lourds
- embarquer plus de carburant et d’armement
- déployer des appareils spécialisés (radar, guerre électronique)
- augmenter le rythme des opérations aériennes
Le Fujian dispose de trois catapultes, deux à l’avant et une sur le pont oblique.
C’est moins que les quatre catapultes des porte-avions américains, mais c’est un saut technologique majeur pour la Chine, seul pays dans le monde avec l’Oncle Sam à maitriser cette technologie.
Un groupe aérien bien plus complet
Grâce à ces nouvelles capacités, le Fujian peut embarquer un groupe aérien beaucoup plus varié et performant.
Estimations actuelles : 50 à 60 aéronefs.
Composition probable du groupe aérien :
- J-15T : chasseur embarqué amélioré
- J-15D : guerre électronique
- J-35 : futur chasseur furtif naval
- KJ-600 : avion radar équivalent au Hawkeye américain
- Z-20 : hélicoptères multi-rôles
- drones embarqués
C’est un point clé.
Les anciens porte-avions chinois ne pouvaient pas opérer d’avions radar à voilure fixe.
Avec le KJ-600, la Chine se dote d’un véritable système de surveillance aérienne embarqué, indispensable pour la guerre moderne.
Des limites encore bien réelles
Malgré ses avancées, le Fujian reste en retrait sur plusieurs aspects face aux standards américains.
Principales contraintes identifiées :
- seulement 2 ascenseurs d’avions (contre 3 ou 4 aux États-Unis)
- angle de pont plus étroit
- capacité limitée de décollage et d’atterrissage simultanés
- propulsion conventionnelle (non nucléaire)
Sa propulsion repose sur :
- 8 chaudières
- 4 turbines à vapeur
- vitesse maximale d’environ 55 km/h (30 nœuds)
- autonomie de 15 000 à 18 500 km sans ravitaillement
Autrement dit, le Fujian est puissant… mais encore optimisé pour un usage régional plutôt que mondial.
Un saut stratégique pour la PLAN
Malgré ces limites, le Fujian représente une rupture.
Il transforme la marine chinoise en une force capable de :
- projeter de la puissance aérienne en mer
- accompagner des groupes aéronavals
- soutenir des opérations loin des côtes
Avec ce navire, la People’s Liberation Army Navy franchit un cap : celui d’une marine capable de rivaliser technologiquement, au moins en partie, avec l’US Navy.
Et surtout, la dynamique ne s’arrête pas là.
Une ambition à long terme : jusqu’à 9 porte-avions
Selon le Département de la Défense américain, la Chine prévoit une montée en puissance rapide.
Objectif : jusqu’à 9 porte-avions d’ici 2035.
Trajectoire estimée de la flotte chinoise :
| Année | Porte-avions | Capacité |
| 2012 | Liaoning | formation / expérimental |
| 2019 | Shandong | opérationnel régional |
| 2025 | Fujian | projection avancée |
| 2030+ | Type 004 (nucléaire ?) | projection globale |
| 2035 | ~9 unités | puissance océanique complète |
Et déjà, la suite se prépare : le Type 004 et la course aux super porte-avions
Si le Fujian marque une rupture technologique, il n’est en réalité qu’une étape dans une trajectoire bien plus ambitieuse.
D’après plusieurs analyses et observations satellitaires, la Chine travaille déjà sur un nouveau porte-avions encore plus impressionnant : le Type 004, actuellement en développement à Dalian. Cette fois, le saut serait double. D’abord, une propulsion nucléaire, permettant au navire d’opérer pendant des mois sans ravitaillement, à l’image des porte-avions américains et du Charles de Gaulle. Ensuite, une montée en puissance spectaculaire avec un déplacement estimé entre 110 000 et 120 000 tonnes, soit potentiellement plus que les porte-avions de classe Gerald R. Ford class (‘plus gros bâtiment de guerre du monde).
Ce futur bâtiment pourrait embarquer plus de 90 aéronefs, incluant chasseurs furtifs J-35, avions radar KJ-600 et drones de combat, tout en intégrant quatre catapultes électromagnétiques (EMALS). Autrement dit, la Chine ne cherche plus seulement à rattraper son retard : elle vise clairement à rivaliser, voire dépasser, les standards américains.
Le Fujian représente donc un jalon. Le Type 004, lui, pourrait marquer l’entrée définitive de la Chine dans le club très fermé des marines capables de projeter une puissance aéronavale globale.
Chine vs États-Unis : deux visions de la puissance navale
La Chine dispose aujourd’hui de la plus grande flotte du monde en nombre de navires, avec plus de 1 000 unités si l’on inclut l’ensemble des bâtiments (combat, soutien, patrouilleurs).
En face, les États-Unis alignent environ 243 navires de combat actifs.
Mais attention : comparer uniquement les volumes serait trompeur.
Deux modèles radicalement différents :
La marine chinoise est conçue avant tout pour :
- contrôler ses eaux régionales
- sécuriser ses approches maritimes
- préparer un scénario autour de Taïwan
À l’inverse, la marine américaine est pensée pour :
- intervenir partout dans le monde
- projeter de la puissance à très longue distance
- soutenir des opérations interarmées globales
Autrement dit, la Chine mise sur la masse. Les États-Unis misent sur la projection et la technologie.
Comparaison des principales composantes :
| Catégorie | États-Unis | Chine |
| Porte-avions | 11 (nucléaires) | 3 |
| Croiseurs | 18–22 | 0 |
| Destroyers | 78 | 58 |
| Frégates | 1 | 47 |
| Corvettes | 33 | 50 |
| Sous-marins | 71 | 73 |
| Navires amphibies | 58 | 107 |
| Chasseurs de mines | 4 | 58 |
Sources :
- The War Zone (TWZ), Structure at Chinese Shipyard May Point to China’s Next Aircraft Carrier Capabilities (5 mars 2026),
https://www.twz.com/sea/structure-at-chinese-shipyard-may-point-to-chinas-next-aircraft-carrier-capabilities
article d’analyse examinant l’apparition de nouvelles structures dans un chantier naval chinois, susceptibles de révéler les caractéristiques et capacités du futur porte-avions de nouvelle génération de la marine chinoise. - U.S. Naval Institute – Proceedings, China’s First Supercarrier (mars 2026),
https://www.usni.org/magazines/proceedings/2026/march/chinas-first-supercarrier
article stratégique analysant le développement du premier superporte-avions chinois, ses capacités potentielles, son rôle dans la projection de puissance navale et les implications pour l’équilibre militaire en Indo-Pacifique.