Le destroyer le plus rapide de l’histoire a 90 ans.
En 1935, la Marine nationale met à l’eau un contre-torpilleur au nom parfaitement adéquat ici : Le Terrible. Lors de ses essais, ce navire atteint 45,029 nœuds, soit environ 83 km/h.
Et depuis ce jour-là,… c’est simple, aucun destroyer dans le monde n’a réussi à faire mieux !
Près de 90 ans plus tard, les destroyers modernes sont plus grands, plus puissants, bourrés de radars et de missiles… mais ils sont plus lents. Retour sur l’histoire méconnu de cet ex-fleuron si méconnu de la Royale.
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Dans les années 1930, la France a battu un record avec le contre-torpilleur le Terrible qui tient toujours
Dans les années 1930, la guerre navale évolue rapidement.
Les cuirassés dominent toujours les océans, les porte-avions commencent à apparaître et les destroyers deviennent un élément central des flottes modernes.
Chaque pays cherche sa solution.
Les Britanniques misent sur l’équilibre, les Américains sur l’endurance et les Japonais sur la puissance de leurs torpilles.
La France choisit une autre voie : la vitesse pure.
L’idée est simple : construire des navires capables de rattraper n’importe quel destroyer, de lancer leurs torpilles et de disparaître avant que l’ennemi ait le temps de comprendre ce qui se passe.
C’est dans cette logique qu’apparaît la classe Le Fantasque, une série de six contre-torpilleurs dont fait partie Le Terrible.
Ces navires sont impressionnants pour l’époque :
| Caractéristiques | Le Terrible |
|---|---|
| Longueur | 132,40 mètres |
| Largeur | 11,98 mètres |
| Déplacement | 3 750 tonnes à pleine charge |
| Équipage | 220 marins et 10 officiers |
Mais la véritable particularité de ces navires n’est pas visible depuis le pont.
Elle se trouve dans la salle des machines.
100 000 chevaux pour un destroyer
Sous le pont, Le Terrible est équipé de quatre chaudières Penhoët qui alimentent deux turbines Rateau-Bretagne.
En fonctionnement normal, la propulsion développe 74 000 chevaux.
En poussant les machines au maximum, la puissance grimpe à environ 100 000 chevaux.
Pour un navire de cette taille dans les années 1930, c’est absolument énorme !
Les ingénieurs savent que la coque est rapide et veulent savoir jusqu’où elle peut aller. Le 30 juillet 1935, au large des Glénans, les essais commencent.
Les turbines montent en puissance. Le navire accélère.
40 nœuds.
Puis 42.
Puis 44.
Et finalement 45,029 nœuds.
| Record de vitesse | Valeur |
|---|---|
| Date | 30 juillet 1935 |
| Lieu | Archipel des Glénans |
| Vitesse | 45,029 nœuds |
| Équivalent | 83 km/h |
Pour un navire militaire de près de 4 000 tonnes, c’est une performance presque absurde.
Et surtout… personne n’a fait mieux depuis !
Célèbre pour sa vitesse exceptionnelle, il détient le record de plus de 45 nœuds (environ 83 km/h) lors d’essais en mer, l’un des plus rapides jamais atteints par un navire de guerre.
Un navire pensé pour attaquer très vite
Le Terrible n’était par ailleurs pas seulement rapide. Il était aussi lourdement armé pour son époque.
À l’origine, son armement comprenait :
- 5 canons de 138 mm
- 9 tubes lance-torpilles de 550 mm
- 4 canons antiaériens de 37 mm
- plusieurs mitrailleuses antiaériennes
Ces navires avaient été pensés pour des raids rapides, souvent de nuit, l’idée étant d’attaquer les convois ennemis avant qu’ils ne puissent réagir.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate en septembre 1939, Le Terrible rejoint la Force de Raid, qui regroupe les navires les plus modernes de la Marine française.
Quelques semaines plus tard, il intercepte un cargo allemand dans l’Atlantique, le Santa Fé, qui sera capturé et escorté jusqu’à Dakar.
De Mers-el-Kébir aux raids de l’Adriatique
Le Terrible se retrouve ensuite au cœur de plusieurs épisodes importants de la guerre.
Le 3 juillet 1940, il se trouve à Mers-el-Kébir lorsque la flotte britannique ouvre le feu sur les navires français.
Le contre-torpilleur réussit à sortir du port et escorte le cuirassé Strasbourg vers Toulon.
En 1943, il est modernisé aux États-Unis.
On lui installe :
- un radar de veille aérienne
- un sonar
- une défense antiaérienne renforcée
Après cette modernisation, Le Terrible rejoint les forces alliées en Méditerranée.
Il participe notamment au débarquement de Salerne en septembre 1943 et mène plusieurs raids contre les convois allemands en mer Adriatique.
Ces missions se déroulent souvent à grande vitesse, autour de 30 nœuds, exactement le type d’opérations pour lesquelles ces navires avaient été conçus.
Fin de carrière du Terrible
Après la guerre, Le Terrible poursuit sa carrière pendant encore plusieurs années.
Il escorte des porte-avions français vers l’Indochine, participe à des missions d’entraînement et finit par servir de navire école pour les mécaniciens de la Marine.
En 1962, le bâtiment est retiré du service et est (malheureusement) démoli l’année suivante à Brest.
Le record, lui, n’a jamais disparu.
Depuis 1935, aucun destroyer au monde n’a réussi à dépasser les 45 nœuds atteints par ce navire français.
Ce qui fait du Terrible une sorte d’anomalie dans l’histoire navale.
Un navire construit dans les années 1930 qui reste, encore aujourd’hui, le destroyer le plus rapide jamais construit. Qu’est-ce qui justifie une telle attente ?
Pourquoi le record du Terrible tient toujours
À première vue, cela n’a en effet aucun sens.
Les destroyers modernes sont bien plus avancés technologiquement, les turbines plus performantes et les matériaux à disposition permettent de faire des choses impossible à imaginer en 1935.
Alors pourquoi ce record tient-il toujours de nos jours ?
La réponse tient au rôle des destroyers aujourd’hui.
Dans les années 1930, un destroyer est essentiellement un chasseur rapide alors que nos jours c’est une plateforme militaire extrêmement complexe.
Un destroyer moderne doit transporter :
- des radars gigantesques
- des systèmes antimissiles
- des dizaines de missiles de croisière
- des équipements anti-sous-marins
Tout cela pèse lourd.
Très lourd.
Vitesse maximale des destroyers modernes en comparaison du Terrible :
| Destroyer | Pays | Vitesse maximale |
|---|---|---|
| Le Terrible | France | 45 nœuds |
| Arleigh Burke | États-Unis | 31 nœuds |
| Type 45 | Royaume-Uni | 30 nœuds |
| Type 055 | Chine | environ 30 à 32 nœuds |
Les destroyers modernes dépassent souvent 9 000 tonnes, parfois plus de 12 000 tonnes.
La priorité n’est plus la vitesse maximale mais la détection, la puissance de feu et l’endurance; ce qui explique la longévité incroyable du record du Terrible.
Ha on savait construire à l’époque en France !
Sources :
- Poste Navale Militaire, Le Terrible (1935–1962) (consulté en 2026),
- World War Two – Free.fr, Classe Le Fantasque (consulté en 2026),
- Uboat.net, Le Terrible (ship) (consulté en 2026),
L’image de mise en avant de cet article a été réalisée à l’aide d’images d’archive et d’une IA pour retranscrire le plus fidèlement possible l’allure du Terrible.