Le Brésil tourne la page indienne et choisit l’Europe : EMADS s’impose comme le nouveau bouclier aérien
Après des mois de discussions, d’hésitations et de comparaisons techniques, l’armée brésilienne a tranché. Pour protéger son ciel à moyenne portée, elle ne misera finalement pas sur l’Inde mais sur un système européen éprouvé : l’EMADS ( pour Enhanced Modular Air Defense Solutions) de MBDA (entreprise européenne dont le siège social est en France à Paris). Le programme est évalué à environ 624 millions de dollars soit 535 millions d’euros.
Lire aussi :
- L’Allemagne complète son bouclier anti-drone avec l’achat du dernier bijou high-tech de MBDA : le missile DefendAir
- L’Allemagne active l’arme qui pourrait changer la donne face à la Russie : le missile TAURUS NEO entre en production et inquiète jusqu’au Kremlin
Brasilia va investir plus de 500 millions d’euros dans un nouveau bouclier aérien signé MBDA
Pendant près de deux ans, le Brésil avait initialement négocié avec New Delhi autour du système Akash. Les discussions ont été longues, parfois tendues, et se sont finalement enlisées à l’été 2025. En cause, selon plusieurs sources militaires, une proposition jugée insuffisante : l’Inde n’aurait mis sur la table que la version ancienne d’Akash, sans ouvrir l’accès à la variante plus récente Akash-NG.
À partir de là, le calendrier s’est accéléré. Sitôt les discussions gelées, les autorités brésiliennes ont relancé des échanges avec des industriels européens. L’option EMADS, déjà étudiée en parallèle, s’est alors imposée comme la solution la plus cohérente à court et moyen terme.
L’architecture ouverte, cœur du choix brésilien
Le principal argument en faveur de l’EMADS réside dans sa conception même. Le système repose sur une architecture ouverte, pensée pour intégrer différents capteurs et radars sans dépendance rigide à un fournisseur unique. Pour l’armée brésilienne, cette souplesse est déterminante.
Ce modèle a déjà fait ses preuves ailleurs. Au Royaume-Uni, l’EMADS est déployé sous le nom de Sky Sabre avec des radars Saab. En Italie, il fonctionne avec le radar Kronos Land de Leonardo. En Allemagne, il s’interface avec le radar 3D X-TAR de Rheinmetall. Cette diversité d’intégrations concrètes a pesé lourd dans la balance, car elle ouvre la voie à une ambition clairement affichée par Brasilia : intégrer à terme des radars de conception nationale.
Pour les responsables militaires brésiliens, cette capacité à évoluer sans remise à plat du système garantit une indépendance technologique progressive, là où des solutions plus fermées auraient figé le choix pour des décennies.
Fiche technique – EMADS (Enhanced Modular Air Defence Solutions) :
| Élément | Caractéristiques |
|---|---|
| Maître d’œuvre | :contentReference[oaicite:0]{index=0} |
| Type de système | Défense aérienne sol-air à moyenne portée, modulaire |
| Architecture | Ouverte, multi-capteurs, interopérable OTAN |
| Missile principal | CAMM-ER (Common Anti-air Modular Missile – Extended Range) |
| Portée d’interception | Jusqu’à 45 km |
| Altitude d’engagement | Jusqu’à 20 km |
| Type de guidage missile | Guidage inertiel + liaison de données + autodirecteur radar actif |
| Lanceur | Vertical, 8 missiles par lanceur |
| Temps de réaction | Très court, tir à 360° sans rotation du lanceur |
| Radars compatibles | Saab (Giraffe), Leonardo Kronos Land, Rheinmetall X-TAR 3D, autres radars nationaux |
| Capteurs intégrables | Radars 2D/3D, capteurs électro-optiques, données externes |
| Système de commandement | C2 modulaire, compatible réseaux nationaux et OTAN |
| Liaisons de données | Link-16, réseaux nationaux (ex. Link-BR2 pour le Brésil) |
| Cibles traitées | Avions, hélicoptères, missiles de croisière, drones, menaces saturantes |
| Mobilité | Monté sur véhicules tactiques, déploiement rapide |
| Interopérabilité interarmées | Compatible forces terrestres, aériennes et navales |
| Versions connues | Sky Sabre (Royaume-Uni), SAMP/T dérivés, versions export EMADS |
| Concept clé | Défense aérienne réseau-centrée, évolutive et souveraine |
Une défense pensée dès l’origine pour le combat interarmées
Autre point clé du dossier : la compatibilité avec la Marine. Le Brésil a fait le choix d’une défense aérienne qui ne se limite pas à l’armée de terre. L’EMADS sera équipé de missiles CAMM-ER, missile qui doit également armer les futurs destroyers de classe Tamandaré de la marine brésilienne.
En optant pour un missile commun, les forces armées simplifient leur logistique, réduisent les coûts de formation et améliorent l’interopérabilité entre les milieux terrestre et naval. Dans un pays aux dimensions continentales et doté d’un vaste littoral, cette cohérence interarmées est devenue une priorité stratégique.
Un format calibré pour trois batteries complètes
Le plan d’acquisition actuellement retenu est précis. Le Brésil prévoit l’achat de quatre radars Kronos, de six lanceurs EMADS, chacun capable d’emporter huit missiles, ainsi que de l’ensemble des véhicules de soutien associés. L’architecture retenue permettra de constituer trois batteries complètes, chacune articulée autour d’une unité de commandement et de deux unités de tir.
L’ensemble sera interconnecté via le protocole national Link-BR2, garantissant une intégration fluide dans les réseaux de commandement brésiliens existants. Ce choix illustre une volonté claire : disposer d’un système moderne, mais parfaitement maîtrisé sur le plan national, sans dépendre de solutions de communication étrangères.
Pourquoi l’Akash n’a pas convaincu jusqu’au bout
Le rejet du système indien ne relève pas d’un défaut majeur de performance, mais d’un décalage stratégique. Selon plusieurs experts, la version proposée par l’Inde ne répondait plus pleinement aux attentes brésiliennes, tant en matière d’évolution que de compatibilité future.
L’absence d’accès à la version Akash-NG, développée avec des apports technologiques israéliens, a renforcé les doutes. À cela se sont ajoutées des interrogations sur les conditions de financement, de maintenance et de soutien à long terme. Sur ces points, l’offre européenne, adossée à un accord intergouvernemental, a offert des garanties jugées plus robustes qu’un contrat strictement commercial.
Un choix qui dépasse la seule défense aérienne
En choisissant l’EMADS, le Brésil ne se contente pas d’acheter un système de missiles. Il opte pour une philosophie de défense aérienne alignée sur les standards occidentaux, modulaire, interopérable et évolutive. Ce choix renforce aussi les liens industriels et militaires avec l’Europe, à un moment où Brasilia cherche à diversifier ses partenariats stratégiques sans dépendre d’un seul pôle.
À terme, l’intégration de capteurs nationaux, la mutualisation des missiles entre armées et la montée en compétence des industriels locaux pourraient faire de ce programme bien plus qu’un simple remplacement. Pour le Brésil, l’EMADS devient le socle d’un réseau de défense aérienne pensé pour durer, s’adapter et évoluer avec les menaces de demain.
Sources :
- CNN Brasil, Força avança em compra de defesa antiaérea; Itália deve fornecer sistema, 25/12/2025
- EDR, The Brazilian Army has selected the MBDA EMADS GBAD with CAMM ER missiles, 12/01/2026
Image :