Quand un navire-hôpital quitte le chantier et déclenche une tempête politique.
Il avance à 10,5 nœuds (env 19,4 km/h), cap au sud dans le golfe du Mexique avec sa coque blanche, sa croix rouges géantes sur les flancs et sa silhouette massive héritée d’un pétrolier des années 1970.
Le USNS Mercy vient de quitter le chantier naval d’Alabama après plusieurs mois en cale sèche. Jusque là, des navires comme celui-ci, ils en existent des centaines sur Terre, pas de quoi fouetter un chat… sauf que ce navire est au centre d’une (nouvelle) polémique entre États-Unis et Groenland.
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Le président américain sous-entend l’arrivée prochaine au Groenland de l’USNS Mercy qui ne semble pas au courant
Le USNS Mercy a quitté le chantier naval de l’Alabama à Mobile après des travaux urgents liés à une défaillance d’un ballast. Rien d’exceptionnel pour un bâtiment de cette taille, long de plus de 270 mètres et capable d’embarquer jusqu’à 1 000 lits.
Selon la marine américaine, cette période en cale sèche était indépendante du grand chantier de maintenance réglementaire prévu sur la côte Ouest, chez Vigor Industrial à Portland, à partir de mars, pour environ 90 millions de dollars.
Autrement dit, Mercy devait rentrer vers le Pacifique pour poursuivre un calendrier technique déjà planifié jusqu’en septembre 2026. Ça, c’est ce qui était prévu.
Un étrange post présidentiel
Quelques jours avant son départ, le président Donald Trump (toujours lui) publie sur les réseaux sociaux que les États-Unis vont envoyer un navire-hôpital au Groenland, ajoutant « it’s on the way!!! » (en français : « il arrive ! »).
Le message fait immédiatement réagir à Nuuk (capitale du Groenland). Le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen a répondu avec courtoisie mais fermeté : le Groenland dispose déjà d’un système de santé universel.
Dans la foulée, le The Wall Street Journal rapporte qu’aucun ordre officiel n’a été donné à la marine pour déployer un navire-hôpital vers l’Arctique.
Résultat : le Mercy quitte Mobile dans un climat d’incertitude totale.

Un navire-hôpital n’est pas prêt à partir du jour au lendemain
Envoyer Mercy au Groenland ne consiste pas à changer un cap sur la carte. Le navire ne navigue pas en permanence avec un équipage médical complet.
Pour une mission humanitaire ou diplomatique, il faut embarquer médecins, infirmiers, techniciens, réservistes, équipements lourds, stocks pharmaceutiques, voire un détachement aérien pour les évacuations sanitaires. Cela suppose une activation logistique importante, probablement depuis Norfolk.
Des spécialistes maritimes ont d’ailleurs souligné que le bâtiment était censé reprendre sa disponibilité sur la côte Ouest. Changer de mission impliquerait donc un bouleversement du calendrier.
Le Mercy n’est pas conçu pour les eaux froides de l’Arctique
Plus fondamental encore, Mercy n’est pas un brise-glace. C’est un ancien pétrolier converti, sans renforcement de coque pour la glace.
En fin d’hiver, les eaux autour du Groenland sont régulièrement encombrées de banquise dérivante et de glaces épaisses. Pour un navire non classé glace, les risques structurels sont réels. Le port de Nuuk pose également problème. Sa profondeur avoisine 10,5 mètres. Or Mercy tire environ 10 mètres d’eau. Cela laisse une marge minimale pour les manœuvres, en particulier dans des conditions météorologiques difficiles.
Dans le pire des cas, le navire devrait mouiller au large, dans des eaux froides et instables, ce qui complique considérablement toute opération médicale à grande échelle.
USNS Mercy is on the move from Alabama Shipyard, where it had been in drydock for ballast tank repairs. The hospital ship was previously scheduled to return to the West Coast in March, but its current destination is unclear following President Trump’s post about deploying a… pic.twitter.com/TzEKPM6zMM
— Mike Schuler (@MikeSchuler) February 24, 2026
Un outil de diplomatie navale avant tout
Les navires-hôpitaux américains sont des instruments de soft power autant que des plateformes médicales.
Mercy et son sister-ship USNS Comfort, actuellement toujours au chantier naval de l’Alabama, ont été déployés en Amérique latine, en Asie du Sud-Est, dans les Caraïbes, et même à New York pendant la pandémie.
Chaque mission combine aide humanitaire, coopération médicale et signal stratégique.
Un déploiement au Groenland aurait donc une dimension symbolique forte, dans un contexte où l’Arctique devient un théâtre de compétition stratégique entre grandes puissances.
Cap vers l’inconnu ou simple retour au programme ?
Pour l’instant, les données AIS montrent Mercy avançant régulièrement dans le golfe du Mexique. Aucune annonce officielle ne confirme un changement de cap vers le nord. Si le navire poursuit vers le Pacifique via le canal de Panama, cela confirmera le respect du calendrier industriel prévu, et donc que le président américain a encore abusé de son quotas quotidien de partage sur les réseaux sociaux.
S’il ralentit, dévie vers Norfolk ou reçoit un ordre opérationnel inattendu, cela signifiera que la politique a pris le dessus sur la planification navale (et accessoirement le bon sens).
Source :
The Wall Street Journal, No U.S. Hospital Ship Has Been Ordered to Greenland Despite Trump’s Post (24 février 2026)
