Ce partenariat surprise entre Airbus et Saab pourrait bouleverser l’équilibre aérien en Europe : le FCAS prend un virage suédois inattendu, et cela pourrait bien changer la donne pour l’industrie militaire du continent.
Alors que le projet FCAS peinait à avancer avec l’Espagne et l’Allemagne, l’arrivée potentielle de Saab remet tout en question. L’expertise suédoise en prototypage rapide et guerre électronique pourrait offrir à Airbus un partenaire idéal, à condition que leurs visions techniques s’alignent. En coulisses, les négociations s’accélèrent.
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Airbus joue gros avec ce partenariat stratégique
Le constructeur européen Airbus cherche à renforcer un projet à la traîne : le FCAS, ou Future Combat Air System, destiné à concurrencer les avions de 6e génération américains. En attirant Saab, géant suédois à la pointe de la guerre électronique, Airbus tente de sortir d’une impasse technologique et politique. Les négociations entamées fin 2025 s’accélèrent, notamment autour de la co-conception d’un chasseur habité et d’un système de drones collaboratifs (CCA). Un rapprochement qui pourrait bousculer les équilibres militaires européens.
La Suède, un outsider crédible dans l’aviation de combat
La Suède ne joue peut-être pas dans la même division budgétaire que la France, l’Allemagne ou les États-Unis, mais Saab compense par une capacité d’innovation fulgurante. De la série des Gripen au T-7A Redhawk codéveloppé avec Boeing, les Suédois maîtrisent le prototypage rapide, l’ingénierie numérique et la conception modulaire. Le choix de l’Allemagne d’intégrer le système Arexis de Saab sur ses Eurofighters a renforcé les liens avec Airbus, jetant les bases d’une coopération industrielle plus large.
Deux visions du combat aérien qui s’opposent
Les ambitions d’Airbus pour le FCAS s’inscrivent dans une logique de domination aérienne massive avec un avion lourd, bimoteur, conçu pour commander un essaim de drones. Saab, à l’inverse, a toujours misé sur la manœuvrabilité, la légèreté et la résilience décentralisée, avec des chasseurs comme le Gripen capables de décoller depuis des routes nationales. Reste à savoir si ces deux philosophies peuvent se fusionner dans un même appareil, ou s’il faudra développer des variantes ou composants séparés au sein d’un même programme.

Une équation industrielle et politique complexe
Une collaboration Airbus–Saab ne sera possible que si les gouvernements concernés soutiennent pleinement le projet. C’est ce qu’a rappelé Mikael Johansson, PDG de Saab. L’avenir du FCAS dépend autant de la technique que du climat diplomatique entre Paris, Berlin, Madrid et Stockholm. Si la Suède rejoint officiellement le projet, elle pourrait aussi inciter d’autres pays neutres ou périphériques à se rallier à l’axe Airbus contre le monopole anglo-américain (F-35, Tempest).
Des bénéfices mutuels mais des lignes rouges à ne pas franchir
Saab ne veut pas devenir un sous-traitant de luxe. Airbus ne veut pas brader son leadership industriel. L’équilibre sera difficile à trouver. D’un côté, l’expertise suédoise en guerre électronique, en design numérique et en faible coût par heure de vol est précieuse. De l’autre, Airbus possède une capacité de production gigantesque en Europe, des chaînes d’assemblage éprouvées et l’appui politique de plusieurs États. Un partage équitable des responsabilités et des droits industriels sera décisif.

Un calendrier très serré pour des enjeux colossaux
La phase de développement du FCAS prévoit les premiers vols d’un démonstrateur vers 2027, une capacité opérationnelle initiale en 2035, et un remplacement progressif des Rafale et Eurofighter à partir de 2040. Mais l’intégration de Saab pourrait rebattre les cartes. Le segment des Collaborative Combat Aircraft (CCA), c’est-à-dire les drones pilotés par IA en essaim, serait le plus concerné à court terme. L’expertise suédoise pourrait accélérer certaines étapes critiques.
Une nouvelle guerre des modèles industriels en Europe ?
Au-delà du chasseur, ce partenariat pose une question de fond : quel modèle industriel européen pour les armées du futur ? Airbus incarne une vision centralisée, lourde, appuyée sur les grandes puissances. Saab, lui, symbolise une défense agile, distribuée, capable d’opérer dans des contextes asymétriques. Si l’accord se conclut, il pourrait servir de test grandeur nature pour une Europe de la défense plus souple, mais aussi plus cohérente face aux géants américain et chinois.
Calendrier prévisionnel du programme FCAS
| Phase | Date estimée | Détails techniques |
| Lancement des négociations | Octobre 2025 | Début des discussions Airbus–Saab |
| Définition commune du concept | Mi-2026 | Inclusion des drones CCA et plateforme habité |
| Premier démonstrateur | 2027 | Maquette volante à échelle réduite |
| Début du développement | 2028–2029 | Intégration des composants des partenaires |
| Capacité opérationnelle CCA | 2032 | Drones en service, pilotés depuis un chasseur FCAS |
| Capacité initiale chasseur | 2035 | Premiers exemplaires livrés |
| Remplacement Rafale/Eurofighter | 2040–2045 | Intégration dans les flottes nationales |
Source : Faz