Alors que la Chine enchaîne les exercices militaires autour de Taïwan, un véhicule lanceur inhabituel a été repéré sur les routes de l’île. Il transporte le missile secret HF-2E, rarement aperçu en public et conçu pour frapper loin en territoire chinois.
Développé depuis plus de 20 ans dans le plus grand secret, le missile de croisière taïwanais HF-2E pourrait être le seul levier de dissuasion à long rayon d’action de l’île face à une invasion chinoise. Ce système discret, mobile et précis a été réactivé alors que les tensions atteignent un niveau critique dans le détroit.
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Un engin rarement vu sur les routes
Un véhicule lanceur du système HF-2E, également appelé Hsiung Feng IIE, a été aperçu sur les routes reliant Hualien à Taitung, côte sud-est de Taïwan. Ces déplacements interviennent alors que l’armée chinoise multiplie les manœuvres militaires à feu réel autour de l’île. Le missile est très peu montré au public : seules quelques images remontent à l’été 2023, bien qu’il soit en service depuis plus de 10 ans. Cette apparition publique est donc loin d’être anodine. Le message est clair : Taïwan entend riposter en cas d’agression, et ses missiles sont prêts à être déployés. La mobilité du système complique fortement son repérage par les satellites chinois.
Une portée capable de toucher le continent
Le HF-2E est un missile de croisière terrestre pouvant atteindre des cibles entre 300 et 600 km, voire jusqu’à 1 500 kmpour la version longue portée Hsiung Sheng. Il permettrait à Taïwan de viser des centres névralgiques chinois comme des bases militaires ou des infrastructures critiques. C’est un équivalent fonctionnel du Tomahawk américain, mais produit localement. L’arme utilise un booster à poudre au décollage puis un turboréacteur pour la phase de croisière. Des ailes se déploient à l’arrière pour assurer sa portance sur longue distance.
Précision chirurgicale et difficulté d’interception
Le missile utilise une navigation inertielle assistée par GPS, couplée à un système TERCOM (reconnaissance de relief) pour raser le terrain et éviter les défenses ennemies. Certaines versions incluent un capteur infrarouge terminal pour corriger la trajectoire finale et améliorer la précision. Ce profil de vol bas rend l’interception difficile. Le missile peut frapper avec des charges explosives de 200 à 450 kg, y compris des versions perforantes ou à sous-munitions.
Oh my God, we’ve got the first ever image of the HF-2E land attack cruise missile, taken during a secret firing last night.
The missile was briefly illuminated by the still burning solid booster, which was being discarded. pic.twitter.com/LZVMpEUHxU
— Taepodong (@stoa1984) August 16, 2023
Une stratégie de dissuasion asymétrique
Taïwan ne pourra jamais égaler la puissance de feu chinoise, mais la capacité à infliger des pertes critiques à distance pourrait suffire à dissuader une attaque. Le HF-2E cible les bases arrières et les centres de commandement chinois, hors de portée des armes taïwanaises traditionnelles. Le but est de rendre un conflit trop coûteux pour Pékin, en menaçant son appareil politico-militaire.
Une force encore très limitée
Personne ne connaît le nombre exact de missiles HF-2E en service. On estime qu’il est modeste face à l’arsenal chinois, qui compte des centaines de missiles balistiques, hypersoniques et de croisière. Le HF-2E reste donc un levier symbolique, mais non décisif. Taïwan mise sur une stratégie mixte : renforcer la qualité des missiles, tout en explorant des options low-cost comme le Chien Feng IV dérivé de drones-cibles américains.

D’autres armes taïwanaises en appui
Le HF-2E n’est qu’une pièce du puzzle. Taïwan a aussi mis au point :
- Le Yun Feng, un missile supersonique capable d’atteindre Pékin
- Le Wan Chien, missile aérolargué depuis les F-CK-1 locaux
- Le Ching Tien, missile adapté d’un modèle antinavire HF-3
- Des achats de SLAM-ER américains en 2020 (non livrés)
Ces moyens visent à perturber les opérations d’envergure de l’APL, même si leur nombre reste très inférieur aux stocks chinois.
Une montée en puissance révélatrice
La dernière apparition du HF-2E en pleine réponse aux exercices chinois (nommés « Justice Mission 2025 ») montre que Taïwan compte répliquer avec ses propres capacités. On assiste à une montée en puissance progressive de systèmes jusque-là classifiés. Même si les dégâts potentiels restent limités, c’est un signal à Pékin : Taïwan n’est plus passif face à l’escalade militaire.
Source : TWZ