La marine américaine doit faire redessiner le calculateur qui gère l’armement de ses chasseurs embarqués, parce que les composants de l’original ne se fabriquent plus nulle part.
Voilà le genre d’annonce qui ne fait jamais la une et qui en dit pourtant très long. Un avis administratif publié le 9 octobre révèle qu’un boîtier électronique essentiel de la flotte de chasse embarquée américaine n’est plus réparable, faute de pièces. Le même mois, le Pentagone finance l’inventaire des outillages qui servaient à construire ces appareils. Deux nouvelles qui, mises bout à bout, racontent une situation inconfortable.
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Un boîtier dont les puces n’existent plus
Commençons par l’objet du litige. Entre le calculateur de mission de l’avion et tout ce qu’il emporte sous les ailes, missiles, bombes, réservoirs ou nacelles, il y a un intermédiaire électronique. C’est lui qui sait ce qui est accroché, qui gère la sélection de l’arme et qui transmet l’ordre de largage. Sans lui, l’appareil vole mais ne tire pas. La marine vient de reconnaître que ce boîtier n’est plus soutenable, parce que certains de ses composants clés ont disparu du marché.
Le fléau qui ronge tous les vieux matériels
Les militaires ont un nom pour ça, et il mérite d’être compris parce qu’il explique une bonne partie des galères des armées modernes. Quand un industriel arrête de produire une puce vieille de trente ans, tous les systèmes qui en dépendent se retrouvent orphelins. On ne peut pas simplement en acheter une équivalente, parce qu’un composant militaire doit être requalifié, c’est-à-dire retesté et certifié dans son environnement. C’est long, cher, et il faut recommencer à chaque génération de puces.

Quinze millions pour organiser un enterrement
Pendant ce temps, l’autre bout de la chaîne se démonte. Fin septembre, la marine a passé à l’avionneur une commande d’environ 15 millions d’euros dont l’objet est uniquement d’organiser la fermeture des lignes d’assemblage. Il s’agit de cataloguer les outillages et les équipements de production, de dire ce qu’il faut conserver, stocker ou jeter, et de livrer un inventaire complet avec un plan de disposition. Le travail court jusqu’en novembre 2030, ce qui donne une idée de l’ampleur du chantier.
Trois sites à inventorier
La répartition géographique est éloquente. Soixante pour cent de ce travail d’archivage concerne le Missouri, où l’avion était assemblé. Trente-sept pour cent visent la Californie, où le sous-traitant fabriquait les sections centrale et arrière du fuselage ainsi que les dérives. Les trois pour cent restants portent sur l’État de New York, où était intégrée l’électronique de la version de guerre électronique. Ce sous-traitant a d’ailleurs livré ses dernières structures en janvier 2026, ce qui a clos la production neuve bien avant la fermeture officielle.

Le même jour, un contrat pour l’avion d’après
Le calendrier ne manque pas de sel. Le jour même où il payait pour planifier le démontage, le Pentagone confiait au même industriel le développement du futur chasseur embarqué de sixième génération, celui qui doit à terme remplacer les deux appareils concernés. Sauf que ce successeur ne commencera à arriver que dans les années 2030. Entre les deux, il faut tenir, avec une flotte dont plus personne ne fabriquera ni la cellule ni une partie de l’électronique.
| Fin de la production | Service prévu jusqu’à | |
|---|---|---|
| Chasseur embarqué | Livraisons finales au printemps 2027 | Milieu des années 2030 au moins |
| Version guerre électronique | Fin des années 2010 | 2046 |
Six mille heures devenues dix mille
D’où un second chantier, gigantesque. Les cellules avaient été conçues pour 6 000 heures de vol. Les appareils les ont consommées plus vite que prévu, à force de catapultages et d’appontages qui fatiguent la structure bien davantage qu’un décollage ordinaire. Un programme de prolongation les pousse donc à 10 000 heures, en traitant la fatigue structurelle et en profitant du passage à l’atelier pour moderniser l’avionique. Une commande d’environ 831 millions d’euros couvre à elle seule jusqu’à soixante appareils.
Voler jusqu’en 2046 sans usine derrière
Reste le chiffre qui résume tout. La version spécialisée dans le brouillage et la guerre électronique, produite à 160 exemplaires et sortie de production à la fin des années 2010, doit rester en service jusqu’en 2046. Soit une vingtaine d’années à maintenir des appareils dont la chaîne est fermée, les outillages inventoriés pour la casse et certains calculateurs introuvables. La marine cherche d’ailleurs des candidats capables de dénicher et de requalifier des composants disparus, avec un dossier d’une page à déposer avant le 28 octobre.
Sources :
- Avis de recherche de fournisseurs publié par le bureau de programme de la marine américaine, 9 octobre 2026
- Commande de planification de fermeture des lignes d’assemblage, 29 septembre 2026
- Annonce de fin de production des structures par le sous-traitant, janvier 2026
- Contrats de prolongation de durée de vie et de modernisation avionique
