« Nous l’avons payé en 1940 » : ce général veut rendre l’armée française invisible aux drones

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Said LARIBI

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« Nous l'avons payé en 1940 » : ce général veut rendre l'armée française invisible aux drones
Des copies gonflables du canon Caesar ont été présentées en septembre à Besançon pour détourner les frappes ennemies des vraies batteries. (© U.S. Air Force / Jan K. Valle)

Sur un champ de bataille où les drones voient tout, l’armée de Terre cherche à redevenir difficile à lire, et elle commence par des canons Caesar en toile gonflable.

Le 9 septembre, à Besançon, la 7e brigade blindée a réuni quelque 500 visiteurs et une cinquantaine d’entreprises autour d’une drôle de collection. Entre les drones et les motos électriques trônaient des copies gonflables d’un canon Caesar et d’un véhicule blindé léger. Pour le général Bruno Baratz, patron du Commandement du combat futur, ces baudruches répondent à une question qui obsède toutes les armées du monde. Comment attaquer quand l’ennemi voit absolument tout ?

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Une zone de mort devant chaque ligne

Des drones qui tournent en permanence au-dessus du front, des armes toujours plus précises, et au bout du compte une zone de mort où tout ce qui s’approche de l’ennemi finit détruit. Voilà le tableau que dresse le général. Les combats récents à l’est de l’Europe l’ont démontré, aucun camp ne parvient plus à regrouper ses troupes sans se faire repérer. Baratz parle d’un blocage tactique, une situation où la défense l’emporte sur l’attaque. Il la compare à la Première Guerre mondiale, quand mitrailleuses et artillerie rendaient chaque offensive ruineuse en vies humaines.

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Des baudruches qui attirent les coups

La réponse passe d’abord par la ruse. Un leurre bien placé pousse l’adversaire à gaspiller un drone, un obus ou un missile sur une cible imaginaire. Et en tirant, il trahit souvent sa propre position. Les soldats français connaissent déjà le principe. Au camp de Mailly, ils s’entraînent depuis au moins 2025 avec des leurres gonflables fabriqués par la société tchèque Inflatech. Ces engins pèsent entre 25 et 90 kg, se manipulent à deux ou quatre, et certains se montent en moins d’une demi-heure. Imaginez un camion d’artillerie de plus de 17 tonnes qui tient dans une housse.

Réplique gonflable d'un char Sherman de la Ghost Army exposée derrière une baie vitrée à l'International Spy Museum de Washington
En 1944 déjà, une unité américaine surnommée la Ghost Army simulait des divisions entières face à l’armée allemande grâce à des chars gonflables. (© ArtemisiaGentileschiFan / Wikimedia Commons)

Tromper les yeux et les caméras thermiques

Une baudruche qui abuse l’œil humain ne suffit plus. Les drones modernes embarquent des caméras thermiques qui repèrent la chaleur d’un moteur, et les systèmes d’écoute captent les ondes émises par un état-major. Pour rester crédible, un leurre doit donc imiter plusieurs signatures à la fois. Certains modèles utilisés par l’armée intègrent déjà une ventilation interne capable de simuler une source de chaleur pendant plus de huit heures.

Ce qu’utilise l’ennemi Ce qu’il repère Ce que le leurre doit reproduire
Caméra de drone La silhouette et la couleur Une forme fidèle à l’engin réel
Caméra thermique La chaleur du moteur Une source de chaleur interne
Capteurs électromagnétiques Les émissions radio De fausses transmissions

Des postes de commandement qui n’existent pas

La ruse ne s’arrête pas aux objets qu’on gonfle. Le général évoque aussi de faux postes de commandement, qui émettent comme de vrais états-majors pour détourner l’attention des capteurs adverses. S’y ajoutent le brouillage, la guerre électronique et la guerre informatique, d’autant plus redoutables que les armées sont désormais bardées de liaisons. « Comment aveugler l’adversaire ? Comment le tromper sur nos intentions ? », interroge-t-il. L’objectif final reste de pouvoir concentrer ses forces sans qu’elles soient détruites avant même d’avoir attaqué.

Faux poste de commandement installé sous un filet de camouflage avec du matériel de récupération, dont une chaise de jardin, lors d'un exercice de l'armée américaine en Californie
L’armée américaine s’entraîne déjà à bâtir de faux postes de commandement avec du matériel de récupération pour égarer le renseignement adverse. (© U.S. Army / Britton Spencer)

Le souvenir cuisant de 1940

Le général n’hésite pas à convoquer l’histoire. Selon lui, l’armée traverse une rupture comparable à celle des années 1920, quand la mécanisation et la radio ont bouleversé le rythme de la guerre. Longtemps, la tactique s’est organisée autour du relief, de la crête qui offrait un champ de tir et de vision. Ce repère a volé en éclats. Le rappel qui suit fait mal. « À l’époque, nous, Français, ne nous sommes pas vraiment réinventés, et nous l’avons payé en 1940 », glisse l’officier.

Des capteurs qui voient sous les arbres

Planquer un blindé sous un bosquet ne suffira bientôt plus. Les techniques d’imagerie multispectrale commencent à distinguer ce qui se cache sous un feuillage ou un filet de camouflage, et l’intelligence artificielle ouvre des possibilités encore impensables il y a peu. Le général cite aussi les technologies quantiques, promises aux communications sécurisées comme à la détection. Le souci, c’est que les nouveautés arrivent parfois en quelques semaines. Côté télécommunications, l’armée accuse même un sérieux retard sur le civil en matière de débit, alors que le champ de bataille entier tourne désormais autour des données.

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150 000 euros pour bricoler au régiment

Pour tenir la cadence, le Commandement du combat futur, créé en 2023, a renversé la logique habituelle. Plutôt que d’attendre que tout descende d’en haut, il encourage les régiments à tester et à bricoler par eux-mêmes. Chacun reçoit 150 000 euros par an pour financer ses projets ou acheter du matériel civil. L’armée de Terre y consacre 20 millions d’euros pris sur son propre budget, ces fameux crédits de subsidiarité, et le Commandement du combat futur doit recevoir une rallonge de 35 millions dans le budget 2027. Toutes les brigades testent ainsi des trottinettes électriques, des motos et des quads pour gagner en vitesse et en discrétion. Revers de la médaille, l’électrique réclame beaucoup d’énergie, d’où l’intérêt du général pour une IA frugale, pensée pour consommer le moins possible. Lui-même avoue être incapable de dire à quoi ressemblera le combat dans un ou deux ans.

Sources :

  • Général Bruno Baratz, commandant du Commandement du combat futur, journée innovation de la 7e brigade blindée, Besançon, 9 septembre 2026, propos rapportés par Defense News
  • TerreMag, armée de Terre, mai 2025
  • Forces Operations Blog, septembre 2026
  • macommune.info, septembre 2026

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