Sur plus de 3 600 candidatures venues de toute l’Alliance atlantique, l’OTAN n’a retenu que quinze pépites technologiques. Une seule est française : OledComm, spécialiste d’une technologie qui fait communiquer les machines par la lumière, pour échapper au brouillage ennemi.
Le 2 septembre 2026, l’accélérateur d’innovation de défense de l’OTAN, connu sous le nom de DIANA, a dévoilé les quinze entreprises sélectionnées pour son programme le plus avancé, la « Mission Track ».
Parmi ces champions de la haute technologie militaire, venus de dix pays de l’Alliance, figure une entreprise tricolore : OledComm. Un motif de fierté pour la French Tech de défense, et l’occasion de comprendre comment l’OTAN tente de transformer l’ingéniosité de ses start-up en avantage sur le champ de bataille.
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OledComm, la lumière comme arme secrète
OledComm, une deep-tech d’environ 45 salariés, est spécialiste du LiFi, contraction de « Light Fidelity ». Le principe : transmettre des données non pas par ondes radio, comme le WiFi ou les liaisons militaires classiques, mais par la lumière, en l’occurrence des faisceaux infrarouges ou laser invisibles à l’œil nu.
L’intérêt militaire de cette approche est considérable, et il tient en un mot : la discrétion.
Sur un champ de bataille moderne, les communications radio sont devenues un talon d’Achille. Elles peuvent être interceptées, localisées, et surtout brouillées par la guerre électronique, comme l’Ukraine l’a démontré chaque jour depuis 2022. Une liaison par la lumière, elle, ne rayonne pas dans toutes les directions : elle relie deux points précis par un faisceau étroit, quasi impossible à intercepter ou à brouiller sans se placer physiquement sur son trajet. OledComm a ainsi démontré une liaison furtive entre un drone et un véhicule, lors d’une journée de démonstration organisée au Royaume-Uni.
On comprend beaucoup mieux l’intérêt de l’OTAN pour une technologie virtuellement indéchiffrable.
DIANA, la machine à innover de l’OTAN
DIANA, pour Defence Innovation Accelerator for the North Atlantic, est un organe de l’OTAN créé en 2021 et opérationnel depuis 2023, dont le siège est à Londres. Sa mission : dénicher les technologies dites duales, à la fois civiles et militaires, développées par les start-up, les universités et les laboratoires des 32 pays de l’Alliance, puis accélérer leur adoption par les armées.
Le principe répond à un constat que nous avons souvent évoqué : les innovations les plus prometteuses naissent souvent chez de petits acteurs agiles, incapables de percer les lourdeurs des marchés d’armement traditionnels. DIANA sert de pont. Avec son réseau de 16 sites accélérateurs et de plus de 200 centres d’essais répartis dans toute l’Alliance, l’organisme met les jeunes pousses en relation avec les militaires, leur ouvre des terrains d’expérimentation, et leur offre une voie rapide vers le contrat.
L’objectif affiché est de maintenir l’avance technologique de l’OTAN à l’heure où les tensions montent et où les budgets de défense explosent.
Quinze élus sur des milliers de candidats
La sélection est féroce et les quinze entreprises de la Mission Track sont issues d’une cohorte de 150 sociétés, elle-même tirée d’un appel à projets record de plus de 3 600 candidatures !
Être retenu, c’est donc figurer dans le top 4 % environ des innovateurs de défense de l’Alliance. À la clé pour chaque lauréate : 300 000 euros de financement sans prise de participation au capital, l’accès continu aux centres d’essais de l’OTAN, et un accompagnement sur mesure pour transformer leur prototype en équipement réellement utilisé par les armées.
| Entreprise | Pays | Domaine |
|---|---|---|
| OledComm | France | Communication optique (LiFi) |
| Alias Robotics | Espagne | Cybersécurité des robots |
| Vig Sec Drone | Espagne | Technologies anti-drones |
| BruhnBruhn Innovation | Suède | Communications |
| CET | États-Unis | Technologies de défense |
| Mesodyne | États-Unis | Énergie et production d’électricité |
| SkyFi | États-Unis | Renseignement par satellite |
| Cohesys | Canada | Technologies de défense |
| Deep Breathe | Canada | Biotech et santé |
| Fieldmade | Norvège | Logistique et fabrication additive |
| Hefring Marine | Islande | Défense maritime |
| Infrahex | Tchéquie | Infrastructures critiques |
| JET Connectivity | Royaume-Uni | Communications maritimes |
| Spaceflux | Royaume-Uni | Surveillance de l’espace |
| Spacedrip | Estonie | Technologies spatiales |
La France peut mieux faire
Si la sélection d’OledComm est une belle nouvelle, elle invite aussi à un constat plus nuancé. Une seule entreprise française parmi les quinze, c’est peu au regard du poids industriel et technologique de la France dans l’Alliance. Les États-Unis placent trois de leurs pépites, le Royaume-Uni, l’Espagne et le Canada deux chacun. Et si l’on regarde la grande cohorte des 150 entreprises, c’est le Canada qui domine avec 22 sélectionnées, record de l’Alliance.
Ce relatif effacement français interroge, alors que l’Hexagone dispose d’un tissu de start-up de défense reconnu et d’une agence dédiée à l’innovation militaire (la DGA).
S’il ne s’agit pas d’un mauvais résultat en soi, cela reste un signal : dans la course aux technologies de rupture, la France n’est pas leader… loin de là.
De la pépite au champ de bataille
Entrer en Mission Track n’est pas décrocher un contrat d’armement, du moins… pas encore.
C’est une étape d’accélération, dotée d’un financement certes précieux et prestigieux pour une jeune entreprise, mais modeste à l’échelle des programmes militaires. Le chemin reste long entre le prototype qui séduit un jury et l’équipement produit en série et déployé sur le terrain. Beaucoup de technologies prometteuses se perdent précisément dans cette « vallée de la mort » qui sépare l’innovation de l’adoption réelle.
C’est justement ce fossé que DIANA veut combler, en accompagnant les lauréats vers les marchés publics et en les mettant au contact direct des militaires. Pour OledComm, l’enjeu est de transformer une démonstration réussie en un système adopté par une ou plusieurs armées de l’Alliance… avec les contrats juteux qui vont avec !
Si le pari réussit, la communication par la lumière pourrait devenir un nouveau maillon précieux des réseaux militaires de demain, à l’abri des oreilles et des brouilleurs ennemis.
Sources :
NATO DIANA NATO DIANA announces full cohort of 15 innovators to move forward to Mission Track (2 septembre 2026)
https://www.diana.nato.int/connect/nato-diana-announces-full-cohort-of-15-innovators-to-move-forward-to-mission-track.html
Communiqué officiel : liste des 15 lauréats, financement, fonctionnement du programme Mission Track.
ICO Optics Oledcomm Joins NATO DIANA to Advance Optical Defense Tech (septembre 2026)
https://www.ico-optics.org/oledcomm-joins-nato-diana-to-advance-optical-defense-tech /
Détail de la technologie LiFi d’OledComm et de son intérêt en environnement électromagnétique contesté.
Image de mise en avant : Oledcomm avait présenté une démonstration de LiFi avec Dassault Aviation lors du International Paris Air Show 2025.
Cette technologie permet des communications sans ondes radio (RF), donc impossibles à brouiller, parfaitement adaptées aux environnements sensibles comme la maintenance aéronautique.

